01/10/2022

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Togo : Autopsie de l’interview de Faure Gnassingbé à Jeune Afrique (2)

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«L’arrogance précède la ruine, et l’orgueil précède la chute»
Proverbes 16:18

Après vingt d’exercice d’un pouvoir usurpé de manière sanglante (plus de 500 morts selon un rapport de l’ONU), Faure Gnassingbé livre à Jeune Afrique, un bilan de son exercice du pouvoir. Dans le fond, cette interview est un Etat de la Nation togolaise. Il faut toutefois remettre à l’endroit les propos tenus. Il importe de les rapporter aux situations concrètes et aux faits que tous les observateurs peuvent constater. Ainsi, sur la réconciliation, le ton est à l’invective, l’exclusion de certains partis alors que ceux-ci demandent des garanties et des éclaircissements.

II-DEUXIEME PARTIE DE L’INTERVIEW DE FAURE GNASSINGBE A JEUNE AFRIQUE
ET LA REPLIQUE DE LA REDACTION LETOGOLAIS.COM
(Article en 2 PARTIES: Les éléments d’analyse suivent les réponses de Faure)

FEUILLE DE ROUTE

JA : Lorsque votre père meurt, le 5 février 2005, qui décide de votre accession au pouvoir : vous-même ou l’armée ?

FEG : On ne se fait pas chef tout seul dit le proverbe. Je ne me suis pas levé au soir du samedi 5 février pour m’autoproclamer président. L’unique institution qui ce jour-là pouvait agir face au vide était l’armée. C’est elle qui m’a proposé le job. Mais cette démarche n’impliquait de ma part aucune sujétion.

LTG : Ce que révèle ainsi Faure Gnassingbé, c’est la nature désormais horizontale du pouvoir. Le Togo est dirigé par une junte avec deux pôles : civil et militaire. Faure Gnassingbé est à la tête du pôle civil qui, toutefois comprend en son sein des militaires. Parmi ceux-ci, deux hommes très influents, le lieutenant-colonel BALI WIYAO chef de corps du régiment commando de la garde présidentielle (RCGP) et le commandant Malibada Gnassingbé, Chef de la sécurité présidentielle. Kpatcha Gnassingbé assume sans complexe l’héritage du père et regroupe autour de lui toute la vielle garde de la dictature et les militaires qui ont dirigé voire commandité les violences massives avant, pendant et après les élections présidentielles. Il faut rappeler que le ministre de la Défense détient le portefeuille le plus important pour ce qui est des allocations budgétaires dans la loi de finance togolaise… Maintenant que le pot au rose à été découvert, il est difficile de retrouver la répartition des budgets par poste ministériel dans la dernière loi des finances 2007.

Il faut toutefois se garder d’opposer un pôle à l’autre. Ils s’équilibrent, mus par la conservation du pouvoir. Certes, Faure Gnassingbé a des velléités, non pas démocratiques, mais de paraître différent de son père. Cependant, il est bien vite rappelé à l’ordre par ceux qui l’ont fait roi et desquels il dépend pour se maintenir au pouvoir. C’est le sens de ses propos et du discours qu’il a prononcé lors de la clôture du congrès du RPT le 18 décembre dernier.

JA : Pourquoi avez-vous nommé votre propre frère aîné, Kpatcha Gnassingbé, au poste clé de ministre de la Défense ?

FEG : Parce qu’il est compétent et parce que l’armée togolaise ne lui est pas inconnue. Il a fréquenté un collège militaire et il s’intéresse depuis longtemps à ce secteur. Cela se passe bien.

LTG : En réalité, Faure Gnassingbé n’a aucune prééminence sur son frère. Elle n’est que de façade et correspond à une distribution des rôles dans un intérêt partagé et bien compris qui interdit qu’un pôle l’emporte sur l’autre au risque de faire s’écrouler l’édifice et de perdre l’héritage. Le Togo est un patrimoine laissé en héritage aux Gnassingbé. Faure Gnassingbé n’avait pas le choix de décider de la place de Kpatcha dans le gouvernement. Au reste, les arguments invoqués pour justifier sa nomination au poste-clé de ministre de la défense sont spécieux. « il a fréquenté un collège militaire et il s’intéresse depuis longtemps à ce secteur » (SIC !) Avec un tel curriculum, on peut trouver de nombreux togolais compétents et désireux de servir le pays.

JA : A quand la fin des sanctions ?

FEG : Nous avons défini avec l’Union européenne une feuille de route que nous appliquons strictement. Je souhaite que la communauté internationale soit indulgente avec le Togo, qu’elle regarde les progrès accomplis et ne nous enferme pas éternellement dans des préalables. Une fois les législatives achevées, j’espère que l’UE retiendra sa parole comme nous aurons tenu la nôtre.

LTG : Etrange ! Pourtant, nous avons été amplement informés que l’Union européenne aurait souhaité reprendre sa coopération avec le Togo, mais qu’il existe des différences d’approche entre la Commission et le Conseil européen. Les débuts d’amélioration sont plus au crédit de ceux qui veulent s’assurer de l’utilisation des fonds. Un ministre avait même mis cette reprise de la coopération au crédit de Gnassingbé Eyadéma. Qu’apprend t-on toutefois, un discours d’espérance et un certain dépit sur les préalables. Ainsi, la vigilance de tous les pays membres du Conseil européen n’est pas baissée ! Au contraire, il semble qu’une certaine exaspération est en train de naître… et devrait s’accentuer après les élections présidentielles françaises en 2007.

JA : Ferez-vous personnellement campagne pour votre parti aux législatives ?

FEG : Probablement pas. Je me tiendrai au-dessus de la mêlée.

LTG : Faure Gnassingbé ne peut faire le contraire puisqu’il n’a rien à offrir aux Togolais. Il n’est pas leur élu. Il ne peut avoir le courage d’affronter le peuple et de regarder ses concitoyens en face. Il a conscience de l’image que ceux-ci lui renverront. Et puis cet homme n’a pas la trempe de l’homme d’Etat, encore moins son géniteur qui a imposé sa volonté aux Togolais par l’arbitraire, la contrainte et la coercition. Se tenir au dessus de la mêlée alors que les élections présidentielles ont été usurpées accentue le problème de la légitimité.

JA : La situation sociale et le niveau de vie des Togolais stagnent depuis quinze ans, s’ils ne régressent pas. Que faire ?

FEG : Comment à la fois apurer les arriérés de salaire, revaloriser les revenus et réduire le chômage en recrutant dans la fonction publique, le tout sans apport financier exogène ? C’est très difficile. Nous relançons la filière cotonnière, le phosphate et les cultures de rente. Nous faisons tout ce que nous avons à faire en matière de rationalisation des dépenses, de transparence et de bonne gouvernance. Peu à peu, je crois, les choses s’améliorent même si je sais que pour beaucoup de Togolais la vie est encore rude, trop rude.

LTG : La vie pour les Togolais est rude, trop rude parce que le pouvoir RPT a conduit le Togo dans un gouffre économique et social. Le Togo souffre depuis 40 ans d’une gestion patrimoniale des affaires de l’Etat par une famille et sa clientèle. Il n’existe selon le FMI et la Banque Mondiale aucunes données statistiques fiables sur l’économie togolaise. A dessein, puisque cette carence permet une gestion mafieuse et une criminalisation de l’Etat ( trafics en tous genres, drogues, armes etc,). Toutes les régies financières sont aux mains de fidèles ou de kabyè. La loterie nationale est dirigée par un kabyè, Kudjow-Kum PEKEMSI, les douanes et l’opérateur de téléphone mobile Togocel sont dirigés par BIDAMON Marc, la BTCI est dirigée par Yao Kanikatoua…Il suffit de lire les indicateurs sur la pauvreté et les choix douloureux des familles rurales pour choisir parmi leurs enfants lequel doit aller à l’école pour comprendre que l’impact des Eyadéma père et fils sur la réduction de la pauvreté est inversement proportionnel à l’augmentation de la corruption dans le pays.

JA : A quoi ressemblera le Togo dans dix ans ?

FEG : A un pays moderne et solidaire, totalement intégré dans l’espace ouest-africain et qui aura su profiter de ses avantages comparatifs. Les Togolais sont travailleurs, honnêtes, disciplinés, sérieux, éduqués. Le taux d’alphabétisation est ici le plus élevé de la région – un plus que l’on doit à Eyadéma. En termes de services, nous sommes idéalement placés pour desservir notre environnement géographique. Et puis, bien sûr, le Togo sera une démocratie exemplaire.

LTG : Indubitablement, le Togo sera une démocratie exemplaire et un pays prospère. Nous ne le devrons pas aux Gnassingbé. Ceux-ci auront été un fléau qui s’est abattu sur nous. Par haine, ignorance, inculture, ils ont voulu nous précipiter dans l’abîme avec eux. Mais, le peuple dispose de ressources. Les Togolais ont un génie propre que ne peut vaincre la force brute. Ce génie est enfoui en chacun de nous, nous qui sommes les humains, nous qui sommes TOGOLAIS !
Le Togo renaîtra de ses cendres et survivra à cette rage qui a voulu tout détruire depuis 1963. Il est permis de rêver mais ce n’est pas le mode de gouvernance passé et actuel du clan de la dictature qui va mener le Togo vers ce rêve. Faut-il rappeler que le père avait rêvé d’une Suisse en Afrique…Mais en Suisse, la démocratie locale a un sens, est une réalité que les citoyens suisses expérimentent avec bonheur et sans gourdin et matraques … la votation aussi… Au Togo, tout est travesti !

JA : Vos compatriotes vous reprochent parfois de trop voyager. Vous êtes rarement deux semaines de suite à Lomé…

FEG : Deux raisons à cela. Le choix de l’intégration africaine implique une multiplication de réunions au sommet, auxquelles la présence des chefs d’Etat est requise. C’est une période transitoire, mais indispensable. Et puis, j’ai moi-même un devoir de connaissance et de reconnaissance. Le rayonnement et la stature de mon père faisaient qu’on venait à Lomé rendre visite au doyen. Moi, j’arrive. C’est donc à moi de me déplacer, ne serait-ce que pour remercier tous ceux qui ont aidé le Togo pendant la période difficile que nous venons de vivre.

LTG : Faure Gnassingbé est arrivé au pouvoir contre la volonté de ses concitoyens. Au terme de violences graves et massives en un laps de temps. Comment peut-il tenir en place dans un pays martyrisé où tant de familles pleurent encore leurs morts et veulent savoir pourquoi on a tué leur fils ? Parce qu’il porte le poids d’une certaine indignité, il ne peut aller à la rencontre des Togolais et en toute quiétude. Alors, partir en voyage est une manière de sublimer les peurs et les hantises ! En fait, les voyages ne posent pas trop de problème sauf que le coût est supporté par le contribuable togolais alors que les hôpitaux du Togo demeurent des mouroirs…

JA : Comment les chefs d’Etat africains vous ont-ils accueilli ?

FEG : A bras ouverts. Ils savent que nous faisons notre possible pour mériter la confiance qu’ils nous ont accordée.

LTG : Ce sont des semblables dans l’indignité ! Mérite-t-on une confiance ou ne faut-il pas simplement laisser les urnes exprimer la volonté du peuple togolais ? Ou s’agit-il de la confiance du syndicat des chefs d’Etat ?

JA : Les divergences que vous avez eues avec Olusegun Obasanjo et Alpha Oumar Konaré sont-elles oubliées ?

FEG : Je n’en veux ni à l’un, ni à l’autre. Nos rapports sont désormais courtois et apaisés.

LTG : L’un n’a fait que son devoir ; il avait du reste une stature et une légitimité qui nécessairement l’ont conduit à dénoncer le coup d’Etat qui s’est déroulé au Togo ; L’autre, eh bien ma foi ! c’est un militaire, un homme sans grande culture politique ni éthique qui a sacrifié l’honneur à des intérêts mesquins. L’histoire nous éclairera un jour sur la manière dont Obasanjo a réglé le sort des Togolais dans uns sens contraire à leurs intérêts. Mais le seul fait qu’il ait des difficultés pour quitter le pouvoir et veuille s’assurer qu’il ne sera pas poursuivi rappelle étrangement le besoin et la hantise du clan Eyadéma de se retrouver devant les tribunaux un jour…

JA : Quelle est votre analyse de la crise ivoirienne ?

FEG : Mon père avait pour la Côte d’Ivoire un intérêt soutenu et un attachement à la mesure du lien quasi filial qui l’unissait à Félix Houphouët Boigny. Je ne suis moi qu’au tout début de mon mandait et il serait à la fois malsain et présomptueux de ma part de vous livrer une analyse personnelle. Le Togo ne prend pas parti. Il ne fera jamais rien qui puisse envenimer la situation, d’autant qu’il a sur place un contingent au sein des forces impartiales. Ce que je dis peut apparaître un peu langue de bois, mais il faut me comprendre.

LTG : Pour une fois, l’intéressé reconnaît ce qu’il pratique le mieux. La langue de bois et le double langage… Mais une sortie de crise en Côte d’ivoire ne l’arrange pas… et ce n’est pas pour rien que l’un de ces généraux le général TIDJANI s’est « de manière personnelle » rangé du côté des rebelles ivoiriens… cela à la demande d’une puissance étrangère…

JA : Vos relations avec vos voisins ?

FEG : Excellentes. J’ai beaucoup d’estime et de reconnaissance pour les présidents Compaoré et Kufuor. Ils se sont toujours montrés disponibles et leurs conseils me sont très précieux.

LTG : Kufuor a clairement pris parti pour le clan Gnassingbé. C’est un obligé de Gnassingbé père. L’homme qui est à la tête d’une démocratie exemplaire s’acoquine avec une des pires dictatures que l’Afrique ait connues. Nous attendons du Président Compaoré qu’il joue véritablement son rôle de facilitateur et d’arbitrage. Si à ce jour, en public, il a une attitude pusillanime, nous espérons que dans les coulisses, il dit des choses qui vont dans le sens de la démocratisation véritable. Les Togolais attendent du facilitateur burkinabé qu’il arbitre en faveur d’un recensement électoral qui ne prête pas à polémique et que les Togolais puissent aller voter en toute sécurité, librement et que leur volonté soit respectée. On peut se demander quel est le rôle du facilitateur surtout quand il doit en référer au Gabon et à la France avant, pendant et après…Faut-il vraiment le conserver surtout que la CEDEAO se retrouve après transformation structurelle avec les mêmes dirigeants qui ont trompé la communauté internationale sur le type de démocratie au Togo…

JA : La France ?

FEG : Mon père avait avec la France un rapport sentimental, chargé d’Histoire et de souvenirs partagés. Dire qu’il a connu et fréquenté pas moins de cinq présidents français ! Ma relation à moi est sans doute plus professionnelle. J’ai effectué une grande partie de mes études dans ce pays au cours des années 1980. J’en connais les qualités, nombreuses et aussi les petits défauts. Le Togo a désormais avec la France des relations d’Etat à Etat. Chacun défend ses intérêts, le plus souvent convergents mais parfois divergents.

LTG : Il est dommage que la France officielle depuis de Gaulle, en passant par Pompidou, Giscard, Mitterrand et Chirac n’ait pas choisi le parti de l’avenir, préférant la compagnie de tyrannosaures. Ainsi que le dit Mongo Beti, « l’Afrique dite francophone a été livrée à la démesure des polygames analphabétocrates et sadiques, hâtivement baptisés amis de la France par les psychologues de M. Foccart ; on les voit ici associés à quelques caporaux ou sergents éprouvés au feu de Dien-Bien-Phu, là à un agrégé de grammaire mégalomane, ailleurs à quelque docteur en droit fatigué d’avoir faim. Epouvantable vérité : sous la férule gaullienne et parfois mitterrandienne, la France des réseaux est bien, en Afrique, le mentor de la barbarie et de la rapine, la persécutrice de la vertu et de l’espérance. » Elle n’a pas encore décidé de se passer de ses colonies. Le Togo tombe malheureusement dans son escarcelle…comme au demeurant d’autres pays comme le Tchad, la Centrafrique, …

JA : La Françafrique ?

FEG : Un concept dépassé. Je ne suis pas un homme de réseaux.

LTG : Faure Gnassingbé est un homme qui aime se payer de mots. Sans une implication active de la France, il n’aurait pu se maintenir au pouvoir. Les réseaux France-africains sont bel et bien actifs au Togo. Charles Debbasch représente, de manière caricaturale, la françafrique. L’homme est réfugié au Togo, fuyant la justice française. Outre Debbasch, l’Ambassadeur de France, les conseillers culturel et économique sont des éléments du dispositif. Les services secrets DGSE, DST sont présents au Togo et constituent aussi des éléments de ces réseaux.
Sans compter les parlementaires amis (des recalés du suffrage universel, comme ceux détenant toujours des mandats( Christian Philip, député du Rhône, président du groupe d’amitié France Togo, Jacques Godfrain, (UMP), député de l’Aveyron, ancien ministre de la coopération, Robert Pandraud, (UMP) – Seine-Saint-Denis(ancien ministre), Guy Penne, Ancien conseiller pour les affaires africaines de François Mitterrand, ancien Sénateur socialiste, franc-maçon ), Patrick Gaubert,(Député européen et président de la LICRA).
Mais il suffit d’être membre d’une loge maçonnique pour que le réseau s’organise pour soutenir son frère… Faure a été intronisé…

RENDRE A CESAR CE QUI LUI REVIENT

JA : C’est la fin des relations exclusives avec Paris ?

FEG : C’est peut-être le début d’une relation adulte. Ce qui ne va pas toujours sans heurts, surtout avec les grandes sociétés françaises qui considèrent le Togo comme une chasse gardée. Autant les diplomates et hauts fonctionnaires français semblent avoir parfaitement compris cette indispensable évolution, autant le secteur privé est à la traîne. Par facilité sans doute, par crainte aussi d’affronter ses concurrents chinois, indien, brésilien ou autres. Sans être, loin de là, anti-française, ma génération s’est débarrassée des complexes qui habitaient la précédente. Je parle l’anglais, je maîtrise l’outil informatique et je sais que le monde ne s’arrête pas aux frontières de l’hexagone…

LTG : Après avoir bénéficié de largesses et de faveurs de la dictature, les entreprises françaises se retrouvent parfois victimes de l’insécurité juridique grandissante qui caractérise le monde des affaires au Togo. Il est vrai que l’appétit de la classe dirigeante est toujours grandissant et quand elle est contrariée, les entreprises françaises subissent des vexations de la part du pouvoir togolais par l’entremise d’une justice aux ordres. Ce fut le cas avec Total Elf Fina en octobre 2005. Cette insécurité juridique rend difficile toutes privatisations que le gouvernement togolais doit entreprendre sous l’instigation du FMI et de la Banque mondiale. A ce jour, l’UTB, la BTCI, la CEET, sont dans l’attente d’être privatisées. L’inconvénient d’un soutien aux dictatures tropicales, c’est le risque d’être victime un jour de l’arbitraire érigé en norme dans ces pays. La fin des relations exclusives avec la France ne signifie pas qu’elles ne resteront pas des relations privilégiées qui ne se font pas toujours au service des populations togolaises. L’ambiguïté reste entière.

JA : Entre Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal, pour qui votez-vous ?

FEG : Peu importe qui sera élu, même si, dans un cas comme dans l’autre, je crois que la relation franco-africaine sera différente de ce qu’elle était auparavant.

LTG : Si l’on fait le bilan des relations franco-togolaises, quelque soit la couleur politique du locataire de l’Elysée voire du Premier Ministre, nous inclinons à la prudence et nous refusons de pronostiquer une orientation de la politique africaine dans le sens de la transparence et pour un soutien marqué au processus de démocratisation. Compte tenu des pesanteurs de l’histoire, des intérêts de la France, de la diplomatie, nous ne devons rien espérer des changements qui s’annoncent. Plus que jamais, c’est la dynamique interne qui nous libérera du joug de la dictature des Gnassingbé. En tout cas, ce que nous ne souhaitons plus voir, c’est un soutien actif de l’Elysée et de sa cellule africaine au Togo. Il y a plus d’appréhension que de satisfaction de l’intéressé… et les candidats français ne sont pas nécessairement à classer en termes de priorité et d’affinité comme des défenseurs des régimes non légitimes.

JA : Regretterez-vous Jacques Chirac ?

FEG : Dans un rapport d’Etat à Etat, il n’y a pas de regret à formuler. Ce qui n’empêche pas de rendre à César ce qui lui revient. En l’occurrence, le président Chirac a beaucoup fait pour le Togo. Qu’il en soit remercié !

LTG : Nous ne regretterons pas Jacques Chirac. Ainsi que le titrait un journal panafricain, Le Gri-Gri International ( N°64 du 21 décembre 2006) : « encore 136 jours…Avant que l’ambassadeur multicarte-officiant pour le(s) compte(s) du Congo, du Gabon, du Togo, de la Guinée équatoriale, etc., préposé aux affaires africaines et, accessoirement ; Président de la république française, Jacques Chirac ne jette l’éponge, ne rende son costume, ne redevienne un simple justiciable ». Jacques Chirac a fait beaucoup de mal au Togo. Son nom est honni dans les mémoires togolaises. Envers et contre tous, il a été le soutien de la dictature togolaise. En particulier, à la mort de son « ami personnel », Chirac entreprit personnellement de garantir la continuité du pouvoir togolais. Il fut avec son conseiller Afrique Michel de Bonnecorse à la manœuvre pour imaginer toutes ces solutions qui ont abouti à l’installation de Faure Gnassingbé au pouvoir. Ce dernier le regrettera dans quelques mois. Quand les Togolais feront le devoir de mémoire, ils inscriront le nom de Jacques Chirac aux côtés de Gnassingbé père et fils sur le mur des opprobres. Faut-il croire que le lien privilégié de J. Chirac avec le père s’est distendu avec le fils ?

JA : En diriez-vous autant des dirigeants allemands, dont on connaît l’intérêt pour votre pays, lequel fut jadis la « colonie modèle » de Berlin ?

FEG : Absolument pas. L’Allemagne fait preuve à notre encontre d’une hostilité de longue date, dont la persistance aujourd’hui encore m’étonne. Cette position influence hélas une bonne partie des pays membres de l’Union européenne. Heureusement qu’un homme comme Louis Michel, le Commissaire au Développement, a de nos réalités une approche beaucoup plus objective.

LTG : Par cynisme ou accès de sincérité qui trahit un sentiment de suffisance, Michel de Bonnecorse dit un jour à un homme politique togolais des plus en vue que la France avait sous-traité le dossier togolais à Louis Michel. En effet, ce dernier reconnaît que c’est l’Elysée qui lui a assigné cette mission de s’occuper en particulier du Togo. Jacques Chirac ne pouvait mieux tomber avec un commissaire européen qui fait dans l’emphase et qui a un goût prononcé pour le paraître. Comme Chirac, l’homme aime faire de l’esbroufe. C’est un spécialiste des déclarations chocs. Nous sommes loin du très sérieux Poul Nielson qui assumera son rôle à la tête de la Commission avec rigueur, dans l’intérêt des populations qui doivent recevoir l’aide au développement et soucieux que l’argent du contribuable européen soit bien utilisé. L’UE notamment la présidence et le conseil des ministres doivent éviter la complaisance, voire la compromission d’un Louis Michel qui voit la démocratie partout au Togo. Ce qu’attendent les populations togolaise, c’est que l’UE applique avec sincérité, et rigueur ses propres règles et agisse dans le sens de la transparence en assurant la sécurité des biens et des personnes avant, pendant et après les élections législatives et présidentielles.

JA : Le pouvoir, dit-on, tourne la tête. Comment va la vôtre ?

FEG : Bien, merci. Mais ce que vous dites est exact. Il faut faire très attention à ne pas se couper des réalités. Il faut être patient, avoir de l’éthique et de la morale, il faut lutter contre les phénomènes de cour qui vous isolent de la population. Il faut savoir aussi que, lorsque vous vous déplacez dans le pays entouré d’apparat et de gardes du corps, votre intrusion peut être gênante pour les gens et que ce que vous voyez n’est pas forcément ce qui est.

LTG : Faure Gnassingbé s’est glissé avec aisance dans les habits de son père. Il a adopté les mêmes gestes, les mêmes mimiques, la même duplicité. Les Togolais ne sont guère abusés. La rue togolaise sait à quoi s’en tenir : son jugement est sévère. Si Faure Gnassingbé croit vraiment ce qu’il dit qu’il retourne en toute humilité devant le peuple souverain tester sa popularité sans les militaires, et sans la fraude.

JA : Comment se prémunir contre ce mal ?

FEG : Je connais bien ces risques et ces dérives, pour les avoir observés dans l’entourage de mon père. Pour les contrôler et les atténuer, je dois jouer collectif comme on dit et trouver le moyen d’être en contact direct avec les Togolais. J’y réfléchis.

LTG : A la bonne heure ! Faure Gnassingbé souhaite entrer en contact direct avec les Togolais. La meilleure manière d’entrer en contact direct avec les Togolais serait de les laisser exprimer librement dans les urnes leur volonté !

JA : Etre fils de, est-ce un avantage ou un inconvénient ?

FEG : C’est plus un inconvénient car il faut supporter le poids des préjugés et apporter la preuve qu’on mérite réellement le poste. Cela dit, dans l’exercice même de la fonction, c’est un avantage.

LTG : En effet, il n’y a aucun mérite à revendiquer l’héritage de Gnassingbé Eyadéma. Il ne s’agit nullement de malignité à l’égard de cet homme qui a été un fléau pour le Togo et dont la descendance poursuit l’œuvre maléfique. Faure Gnassingbé tient bien de son père : une entrée en carrière à nulle autre pareille et sanglante

JA : Considérez-vous que votre période d’apprentissage est achevée ?

FEG : Pas tout à fait. Il y a des habitudes acquises, comme celle de fonctionner avec mes collaborateurs par SMS, dont je ne me suis pas encore tout à fait départi. Parfois, j’ai encore l’impression d’être le spectateur du président que je suis devenu. Avant que les deux personnages ne fassent qu’un, il me faut un peu de temps.

LTG : Nous espérons vivement que son passage à la tête du Togo ne sera qu’une rapide et brève parenthèse. En effet, certains parlent de la malédiction des 40 ans… Elle devrait alors prendre fin rapidement en 2007… Dieu seul sait comment !

JA : Quel modèle voyez-vous pour le Togo ?

FEG : L’expérience que mène depuis plus de sept ans au Maroc le roi Mohammed VI me paraît exemplaire. En termes de modernisation économique, sociale et politique, c’est une vraie réussite. Le roi et moi sommes de la même génération et nous avons un itinéraire semblable. Ses conseils me sont précieux, même si entre une monarchie millénaire et une jeune république les comparaisons ne sont pas toujours raison. La Tunisie est également, dans le domaine du développement, un bon modèle, tout comme le Ghana voisin.

LTG : Il est significatif que les modèles de Faure Gnassingbé soient le Maroc, une royauté, la Tunisie, une dictature et le Ghana de Kufuor dont on sait qu’il n’est pas exemplaire en matière de gouvernance. Pourquoi les modèles asiatiques ne sont pas mentionnés ? Faut-il croire que les modèles sont les personnalités et non la gestion dans les pays ?

JA : Avez-vous été révolutionnaire dans votre jeunesse ?

FEG : Disons que quand j’étais étudiant, mes références politiques n’étaient pas du tout celles qui étaient en vigueur à l’époque au Togo. Cela faisait sourire mon père, qui savait que je finirai par mûrir.

LTG : Les Togolais ont expérimenté dans la douleur et le sang, l’évolution politique de Faure Gnassingbé, putschiste, et chef de junte. Drôle de maturation ! Sauf à invoquer un atavisme dont le père savait qu’il finirait par se révéler un jour. Faure qui a vécu dans la facilité ne peut vraisemblablement pas être taxé de « révolutionnaire » ; ni dans l’esprit… ni de part ses lectures…Il n’est pas intéressé à un changement mais plutôt par une conservation du pouvoir… C’est un vrai conservateur qui ajuste les formes…

Le Togo n’a toujours pas de Première Dame. Songez-vous à vous marier ?

FEG : (Rires). Je n’ai pas entendu votre question.

LTG : A cet égard, le jeune « dictateur » « célibataire » que la France chiraquienne a donné au Togo est un véritable patachon coureur de jupons. Il faut peut-être suivre de près la nouvelle patronne des impôts au Togo…

La redaction Letogolais.com

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