28/11/2022

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Togo: Bob Akitani, le candidat de l’opposition se proclame président

Le candidat de la coalition de l’opposition Emmanuel Bob Akitani a annoncé mercredi avoir largement gagné l’élection présidentielle organisée dimanche et s’est proclamé président du Togo. Il appelle ses sympathisants «à s’opposer à l’arbitraire» en contestant les résultats officiels qui donnent la victoire à Faure Gnassingbé. Pour la deuxième journée consécutive, des actes de violence ont éclaté dans différents quartiers de Lomé, un bilan provisoire faisant état d’au moins onze morts et une centaine de blessés.

Emmanuel Bob Akitani a réuni mercredi quelques journalistes dans une maison de la capitale pour leur annoncer qu’il se proclamait président du Togo, estimant avoir gagné l’élection présidentielle organisée dimanche dans le pays. Il affirme l’avoir emporté face à Faure Gnassingbé dans tous les districts du pays à l’exception de celui de Kara, fief de la famille qui détient le pouvoir au Togo depuis 38 ans. «Nous sommes prêts à confronter nos chiffres avec ceux du pouvoir», a affirmé Emmanuel Bob Akitani. «En tant que président», il a appelé la population à «s’opposer à l’arbitraire et contraindre ceux qui croient bénéficier d’un droit divin sur notre peuple à entendre raison».

Avant même qu’il ne lance cet appel à ses sympathisants, plusieurs quartiers de la capitale avaient été le théâtre mercredi de nouvelles scènes de violence, un premier bilan des émeutes déclenchées mardi après l’annonce des résultats officiels faisant état de onze morts et une centaine de blessés. Les barricades érigées dans les quartiers populaires de Bé et Dékon (voir carte ci-dessous), deux des fiefs de l’opposition, ont été renforcées dans la nuit, les émeutiers ajoutant aux troncs d’arbres placés en travers des rues toutes sortes de matériaux. Ils entendent dénoncer la victoire à élection présidentielle de Faure Gnassingbé, donné vainqueur par la commission électorale avec 60,22% des voix. Des barricades ont également été dressées dans deux quartiers de l’ouest de la capitale, Kodjoviakope et Nyékonakpoé, qui jouxtent la frontière avec le Ghana. Et selon des témoignages recueillis par RFI, de violents incident auraient également éclaté dans la ville d’Aného, frontalière avec le Bénin. Des manifestations de colère des opposants auraient en effet été violemment réprimées.

Des militaires se sont déployés mercredi à Lomé dans le quartier de Bé pour tenter d’en reprendre le contrôle. Ils auraient, selon des témoins, tiré des grenades lacrymogènes. Et une épaisse fumée noire s’élevait mercredi depuis l’un des bâtiments de ce quartier. Un de ses habitants, dont le témoignage a été recueilli par l’agence Reuters, a affirmé avoir vu les cadavres d’au moins deux personnes tuées par balles devant son domicile. La veille, déjà, plusieurs personnes avaient fait état de tirs à balles réelles, mais les autorités n’ont fourni aucun bilan précis de cette première journée de violence. Présent au Centre hospitalier universitaire Tokoin, situé dans le nord de la capitale, l’envoyé spécial de RFI a pu constater que nombreux blessés avaient été amenés ces dernières heures et que 90% d’entre eux avaient été blessés par balles. Un chirurgien militaire lui a d’ailleurs confié que certaines blessures aveint été causées par des balles explosives. Et face à cet afflux de victimes, le CHU-Tokoin commence à manquer des fournitures médicales nécessaires pour prodiguer des soins d’urgence.

Paris défend l’idée d’un gouvernement d’union nationale

En revanche, la situation semble calme dans les quartiers nord de la capitale, favorables à Faure Gnassingbé. Des manifestations de joie avaient d’ailleurs éclaté mardi à Ramco, For Ever ou Casablanca pour saluer la victoire du fils du défunt président Gnassingbé Eyadéma, décédé le 5 février après avoir régné sans partage sur le Togo pendant 38 ans. Et certains partisans du pouvoir en place, armés de machettes et de gourdins, avaient alors menacé de se rendre dans les fiefs de l’opposition pour «faire respecter le choix du peuple», laissant craindre des heurts très violents dans les rues de la capitale.

Par mesure de précaution, la police togolaise a choisi de mettre à l’abri mardi au moins trente ressortissants français. «Plusieurs familles françaises ont été exfiltrées de leurs maisons par la police de différents quartiers de Lomé, suite à l’agression de militants de l’opposition togolaise», a déclaré à l’AFP une source policière togolaise. Des ressortissants libanais ont également été victimes de pillages et de violences. Dans ce climat très tendu, les autorités françaises appellent à la plus grande prudence les quelques 3 000 ressortissants nationaux présents au Togo, la grande majorité d’entre eux vivant à Lomé.

Chargé de relayer la position des autorités françaises, Jean-Baptiste Mattéi, porte-parole du ministère des Affaires étrangères, a de nouveau demandé mercredi à «l’ensemble des responsables politiques togolais» de contribuer « à ramener le calme et à mettre un terme aux actes de violence». «En ce qui concerne le déroulement du scrutin, nous avons pris note des déclarations qui ont été faites par les observateurs de la Communauté des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). D’autres sources ont indiqué qu’il y avait peut-être des cas de fraude. En cas de contentieux, il existe des mécanismes légaux auxquels il peut être fait recours», a expliqué Jean-Baptiste Mattéi, en rappelant que la France appuyait «l’engagement de l’Union africaine, et également de la CEDEAO, pour encourager la formation d’un gouvernement d’union nationale».

Olivier Bras

Dernière mise à jour le 27/04/2005 à 16:38 (heure de Paris)