03/07/2022

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Togo/Congrès de l’UFC: Faure Gnassingbé lance une OPA sur Gilchrist Olympio

En faisant une lecture partielle, partiale et partisane des textes de l’UFC pour soutenir le congrès convoqué par le président national temporairement déchu, et réprimer dans les gaz lacrymogènes celui initié par le Bureau national du parti, les nouveaux tenants de l’ordre ancien viennent de confirmer aux yeux des populations togolaises et de la communauté internationale que l’Offre Publique d’Achat (O.P.A.) opérée sur le leader de l’Union des Forces du Changement( UFC) Gilchrist Olympio et ses affidés porte ses fruits. Les arguments fallacieux colportés par les deux communiqués émanant des membres du gouvernement prouvent à merveille que le pouvoir RPT a choisi le camp du déni de droit. En sacrifiant une quarantaine d’années de lutte politique sur l’autel de la méchanceté gratuite et d’un règlement de compte personnel, Gilchrist Olympio et ses amis ont rompu les liens de sang et marchandé les convictions d’une lutte qui n‘est dirigée contre personne, si ce n’est contre l’injustice sociale et la paupérisation de la vie nationale.

Par Daniel LAWSON-DRACKEY

Le congrès de l’UFC convoqué par le Bureau national du parti qui soutient l’aile politique de Jean-Pierre Fabre a été dispersé à coups de gaz lacrymogènes et de bastonnades. Et c’est dans l’indifférence totale, malgré la colère et la consternation, que les populations de la capitale, habituées à ces sorties théâtrales et tragi-comiques du pouvoir, ont suivi et appris par les ondes l’interdiction musclée et violente des assises à l’Eglise presbytérienne de Nyekonakpoè. Cette crise interne à l’UFC n’est autre chose que la volonté manifeste du pouvoir de faire imploser cette formation qui reste une des dernières sentinelles de la démocratisation au Togo.

Des visites répétées à Gilchrist Olympio à son ralliement !
D’Abuja à Paris, en passant par Ouagadougou et Rome, toutes ces rencontres ont leurs accords rendus publics et leurs petits secrets. Ce qui est normal dans tout règlement de conflit, qu’il soit politique ou non ! Le malheur de Jean-Pierre Fabre et de ses alliés est de n’avoir pas rapidement crevé l’abcès, comptant sur la « sagesse » de Fo Gil pour éviter les pièges incessants du pouvoir RPT. A la sortie d’une rencontre de Saint Egidio à Rome, les yeux de Gilchrist brillaient tellement qu’un membre de sa délégation, aujourd’hui AGO (Amis de Gilchrist Olympio) n’a pas caché sa surprise et s’est laissé aller à une confidence en disant que « Fo Gil est amoureux de Faure ». Les visites répétées de trois personnages-clés du pouvoir à Paris pour rencontrer le président national de l’UFC et les allées-venues de soit-disant conseillers personnels de Gilchrist Olympio à Lomé ont vite fait de boucler les formalités pour l’O.P.A. sur l’UFC. A défaut du parti, c’est la tête du parti qui est mise à prix…N’est-il pas présenté à tort ou à raison comme le « Maréchal » ? Pour combien ? Pour la petite histoire, retenez que l’UFC n’a jamais donné, comme il est de coutume à Lomé, des frais de déplacement aux journalistes-reporters à la fin d’une conférence de presse ; mais, depuis la crise, Fo Gil et ses amis sont devenus larges, et les journalistes se bousculent à son portail.

Vers un nouveau parti unique ?

Le baromètre d’une démocratie est la séparation des pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire. Dans une démocratie, « le gouvernement n’est qu’un élément à l’intérieur d’un tissu social composé d’institutions, de partis politiques, d’organisations et de nombreuses associations ». S’il est difficile de séparer ces pouvoirs, il est tout aussi difficile de voir les partis politiques qui s’opposent au pouvoir ou mieux ceux qui animent ces partis tomber dans les bonnes grâces du régime à un moment ou à un autre. C’est ainsi que plusieurs opposants de première heure au régime se sont laissés berner par le pouvoir au nom d’une fausse collaboration et d’un insignifiant partage du pouvoir. Et pourtant, ils se défendent de vouloir combattre le régime en intégrant le gouvernement où on leur confie des rôles et des tâches qu’ils dénonçaient auparavant. Ils sont tous passé sur le grill !
Pour un parti supposé avoir gagné les présidentielles avec plus de 60% des voix, est-il encore besoin de s’attacher les « services » d’une opposition pour conduire l’action gouvernementale ? Le RPT peut-il se prévaloir d’un manque de compétences en son sein pour mener les réformes s’il y a vraiment un courage politique afin de moderniser la vie socio-politique nationale ? Il est donc clair que le régime veut rester sourd aux sirènes de la transparence et de la justice sociale. D’où cette propension à débaucher des acteurs politiques pour se donner bonne conscience et abuser la communauté internationale par une main tendue qui n’est rien d’autre qu’une fuite en avant. En se défendant de partager le pouvoir avec le RPT, le secrétaire général de ce parti rétorque que c’est « un partage du gouvernement et non un partage du pouvoir ». Tout est dit !
En voulant éteindre toutes les voix discordantes aux aboiements du pouvoir, le régime RPT veut étouffer l’opposition, après avoir marginalisé les velléités contestataires en son sein. Allons-nous alors vers un nouveau parti unique ? L’intention est là, mais le pas risque de traîner…Si ce n’est impossible.

Le divorce est consommé à l’UFC !

Malgré les menaces et les immixtions du régime dans cette crise interne à L’UFC, Jean-Pierre Fabre et ses alliés ont franchi le Rubicon en procédant à un toilettage du Bureau national. Le congrès de Gilchrist Olympio va procéder de même, et le dénouement de la crise avec la mise au ban des premiers par le pouvoir qui, à coup sûr, s’apprête déjà à trouver les voies et moyens d’interdire à Fabre et amis toute activité au nom de l’UFC. L’assemblée nationale ne sera pas en reste, où l’on s’achemine à une recomposition des structures et à la naissance d’un nouveau groupe parlementaire. Après donc OBUTS d’Agbéyomé Kodjo, l’UFC fera les frais d’un procès politique qui s’annonce sur fonds de gestion et de dividendes des biens du parti.

Le silence coupable des organisations de la société civile

Au-delà de cette crise ouverte à l’UFC, ce sont les indicateurs d’un système démocratique qui virent au rouge. Les échanges d’idées libres et ouverts, les valeurs citoyennes, les droits et les libertés civils et politiques, bref, tout ce qui concourt à l’épanouissement humain et à l’égalité politique de même que les contre-pouvoirs républicains risquent d’en prendre un sérieux coup. Face à cet enjeu qui apparaît comme un non-événement, c’est l’indifférence des organisations de la société civile qui inquiète. Certains disent attendre un dénouement heureux de la crise, ce qui est un leurre à présent, tandis que d’autres se terrent dans des conjectures partisanes qui frisent la lâcheté devant une situation quoique interne à l’UFC mais lourde de conséquences sur le plan de la lutte politique. Ce qui est sûr, l’UFC est en train de payer sa suffisance et son égo devant ses alliés qui sourient en catimini et jubilent de voir Gilchrist Olympio monter dans le wagon qu’ils avaient eu la témérité de prendre sous les huées et les diabolisations des populations. Réduits au silence pour avoir goûté aux mamelles laiteuses du pouvoir, les responsables politiques hier décriés par Gilchrist Olympio se frottent les babines pour humecter l’air nauséabond que dégage ce linge sale de l’UFC qui n’a pas fini de polluer le landerneau socio-politique national. Les organisations de la société civile qui sont des filiales des partis politiques n’ont cure de cette crise, elles qui sont devenues des succursales du pouvoir et des abris pour hommes et femmes en mal de popularité politique.
En exhortant les protagonistes de la crise « à une nécessaire concertation » au sein de l’UFC afin d’harmoniser les points de vue et éviter la division du parti, le communiqué conjoint des membres du gouvernement relatif à cette situation sonne comme une invitation à un baroud d’honneur de l’opposition dans son ensemble. Et c’est une nouvelle page de l’histoire politique nationale qui s’ouvre désormais…

Par Daniel LAWSON-DRACKEY
La rédaction letogolais.com

*OPA = Offre publique d’achat. Procédure qui permet à une entreprise de prendre possession d’une autre par l’achat d’actions pour devenir majoritaire.