30/06/2022

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Togo : Le Commandant Aamah appelle l’armée togolaise à un sursaut patriotique

Interview réalisée et publiée le 24 mai 2013 par [KOACI->http://koaci.com/?k=accueil]

Originaire de Pya tout comme la famille présidentielle, Olivier Poko AMAH a fait ses armes au sein de la Gendarmerie nationale notamment à la tête des renseignements où il traquait les réseaux de trafiquants avant d’être embarqué dans la nébuleuse affaire d’atteinte contre la sécurité de l’Etat avec Kpatcha Gnassingbé. Libéré après deux ans de détention, ce spécialiste du maintien d’ordre fortement marqué par les actes de torture dont ils ont été victimes en détention, a créé avec certains de ses compagnons, l’Association des Victimes de la Torture au Togo (ASSIVITTO). Il s’exprime ici sur [le rapport de l’Amnesty International->http://www.letogolais.com/article.html?nid=7630] ainsi que le rôle de l’armée togolaise dans la crise au Togo

Quelle appréciation faite-vous du récent rapport d’Amnesty International sur la situation des droits de l’homme au Togo ?

D’abord, je salue le travail de cette noble organisation. Ensuite, je salue le travail accompli et je leur dit encore merci pour tout ce qu’ils font pour que l’Etat de droit soit une réalité au Togo. Tout ce qu’ils ont écrit dans leur rapport est réel, parce que moi-même j’étais parmi ces forces de sécurité et je connais l’état d’esprit de la plupart de ceux qui animent la hiérarchie des forces de sécurité au Togo.

Ce sont certains officiers qui mettent de côté la Constitution et toutes les Conventions internationales relatives aux droits de l’homme que le Togo a ratifiées. Donc la formation et les séminaires organisés par ces organisations de défense des droits de l’homme à l’endroit de certains membres des forces de sécurité ne sont pas répercutés à la base, parce que certains officiers n’aiment que l’on parle à la troupe des droits de l’homme et c’est malheureusement eux qui sont à la tête de l’armée.

Leur état d’esprit rejailli sur la plupart des forces de sécurité. En outre, ceux qui soupçonnés de modération ou de complaisance vis-à-vis des manifestants sont taxés d’opposants ou d’intelligence avec l’ennemi, puisqu’ils prennent les responsables de l’opposition comme leurs ennemis, tout en se mettant exclusivement au service de la personne du chef de l’Etat pour empêcher l’alternance politique au Togo, parce qu’ils savent qu’une éventuelle alternance peut les emporter.
Le rapport reflète la réalité sur le terrain. Il n’y a pas eu de complaisance.

Pourquoi malgré les formations sur les droits de l’homme, les forces de l’ordre utilisent davantage la force excessive sur les manifestants ?

Cela vient pratiquement des ordres qu’elles reçoivent. Certaines fois, certains d’entre ceux qui sont chargés de maintenir l’ordre public sont punis ou sont traités de lâches, parfois même menacés, parce qu’ils feraient preuve de complaisance face aux manifestants. Cela vient aussi de la façon dont les officiers sont sélectionnés. Par exemple, l’ethnie du Président de la République dans la sélection des officiers est prioritaire. Même vous pouvez vous référez au journal «Le correcteur » du mercredi 23 mai 2013 qui a publié la liste des 115 personnes sélectionnées pour passer le concours des Officiers.
Sur les 115 présélectionnés, il n’y a que 14 qui sont de la région méridionale du Togo et même il faut le dire, ceux qui sont méridionaux, c’est parce qu’ils sont proches du pouvoir. Cette dominante ethnique de la hiérarchie militaire facilite l’exécution des ordres de l’autorité politique. Parce que tout en protégeant l’autorité politique et en l’encourageant à s’incruster au pouvoir, les officiers assurent de ce fait la protection de leurs propres intérêts, le plus souvent illégaux, tout en oubliant que le Togo est une République et que tous les Togolais sont concernés par l’armée. Par exemple, le comportement de certains des forces de sécurité à l’endroit des présumés auteurs des incendies des marchés de Kara et de Lomé, l’illustre bien.

Ceux qui sont considérés comme des opposants au régime ne bénéficient pas de soins de santé appropriés lorsqu’ils sont malades en détention. La mort d’Etienne Yakanou est une preuve palpable, car pour eux les opposants doivent être traités avec mépris. Leur tort c’est de vouloir l’alternance dans notre pays. Il y a le cas aussi du décès des jeunes Anselme Gouyano Sinandaré et Douti Sinalengue survenu à Dapaong au cours d’une manifestation d’élèves réclamant les cours. Le pouvoir est actuellement entrain de protéger les auteurs de ses tueries de Dapaong, parce qu’il craint qu’en les livrant, les zélés seront découragés à employer à nouveau la force brute pour réprimer. Leur stratégie de la terreur comme mode de conservation du pouvoir serait ainsi compromise puisque c’est cette force brute qui fait peur aux Togolais.

L’utilisation de la force par les forces de l’ordre a une intention de verrouiller le pouvoir politique en faveur d’un clan. La Commission Vérité Justice Réconciliation (CVJR) a fait une recommandation dans ce sens pour qu’une répartition équitable soit faite au cours des recrutements par rapport à toutes les préfectures, sur la base des 42 ethnies.

«Je pense que le moment est venu pour que l’armée récidive comme en 1966 »

Vue la situation politique actuelle très troubles où le front social est en ébullition, quelle doit être la position des forces armées ?

Vous savez que la situation actuelle est pratiquement similaire à celle que le Togo a connue en 1966 où le pays était au bord de la guerre civile. A l’époque, c’est le père de l’actuel Président de la République, le Général GNASSINGBE Eyadema qui était le Chef d’Etat Major des Forces Armées Togolaises (FAT). Les officiers supérieurs d’alors se sont réunis vue la situation et pour eux la démission du Président de la République Grunitzky était la solution. A la tête d’une délégation, le Général GNASSINGBE Eyadema est allé proposer au Président de la République d’alors de quitter le pouvoir, comme seule solution pour décrisper l’atmosphère politique et sans complaisance, Grunitzky a démissionné.

Aujourd’hui, la communauté internationale demande à tous les acteurs politiques de notre pays d’aller à un dialogue inclusif et sincère, le pouvoir s’entête, le front social est en ébullition, je pense que le moment est venu pour que l’armée récidive comme en 1966, si elle n’est pas partisane. Elle doit demander au Président de la République d’ouvrir un dialogue, ou de démissionner pour que le vote des Togolais soit respecté et que celui qui sera désigné par les Togolais puisse diriger le pays dans la légitimité.

Je ne leur demande pas d’aller faire un coup d’Etat, mais d’aller exprimer courageusement leur point de vue réel sur la situation politique pour qu’elle se décante une bonne fois pour toute et pour que le pays prenne enfin son envol de développement. J’allais oublier, nos amis en tenues doivent arrêter de s’impliquer dans la fraude électorale. Les forces de l’ordre au Togo participent beaucoup à la fraude électorale et à la campagne du candidat au pouvoir.

[Togo : Le Commandant Aamah appelle à un sursaut patriotique de l’armée->http://koaci.com/articles-82513]

LIRE EGALEMENT
[Le rapport 2013 de l’Amnesty International: Droits de l’homme au Togo->http://www.letogolais.com/article.html?nid=7630]