25/09/2022

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Togo : les circonstances de l’élection de Me Agboyibo à la tête du Dialogue national

La deuxième journée des travaux du dialogue national intertogolais qui a débuté vendredi 21 avril 2006, a été consacrée à l’élection du Président du Bureau dont le rôle sera d’encadrer et d’organiser les débats. De prime abord, ce rôle est simplement administratif, mais peut se révéler stratégique. Ainsi, dans la soirée du samedi 22 avril, maître Yawovi Agboyibo, patron du CAR (Comité d’Action pour le Renouveau) a été élu Président du Bureau chargé de piloter le dialogue national. La désignation du Président s’est donc faite par vote, alors que celle du vice-président et du rapporteur a été obtenue par consensus. La soirée d’hier marque donc le début des manœuvres dans ce dialogue.

En effet, au cours de la réunion à huis-clos du vendredi après-midi, ce sont des questions d’organisation et celle relatives à la mise en place d’un bureau devant conduire les discussions qui ont occupé les débats. Les participants ont convenu que ce bureau sera composé de trois personnes. Il a été aussi proposé que les partis politiques désignent le président, que la vice-présidence soit assurée par un représentant de la société civile et que le poste de rapporteur revienne au gouvernement.
Sans accroc, Gilbert Bawara fut désigné Rapporteur des travaux du dialogue national. Gilbert Bawara est ministre de la coopération et de l’intégration africaine. Cet ami d’enfance de Faure Gnassingbé fait partie du premier cercle du pouvoir présidentiel et passe auprès des véritables connaisseurs du régime togolais comme un « faucon ».
Outre Bawara, Kissem Tchangaï-Walla a été choisie comme vice-présidente du Bureau. Cette femme est un pur produit du système Eyadéma. Sans exagérer, elle est une créature politique du défunt dictateur. Kissem Tchangaï-Walla a été dans un passé récent Présidente de la CENI qui a organisé le dernier hold-up électoral. Elle dirige une association dénommée Réseau des Femmes Africaines Ministres et Parlementaires Togo (REFAMPT) (REFAMP/TOGO). Cette ancienne ministre de Gnassingbé Eyadéma(1995-1998) est membre du comité central du RPT( parti au pouvoir.

Après avoir doté ces postes par consensus, une première difficulté est apparue dans le choix du Président du Bureau. L’UFC et le CAR se sont portés candidat à ce poste. Alors que la règle qui doit prévaloir pour une bonne marche des travaux est le consensus, le choix du Président du Bureau a été mis au vote contre l’avis de la CDPA et de l’UFC. Car, cette procédure donne d’emblée la majorité à la mouvance présidentielle et rend le régime en place totalement maître du jeu.

Sept délégations sur les neuf présentes ont pris part samedi au vote pour l’élection du Président bureau du dialogue et ont tous voté pour Yawovi Agboyibo du CAR. Il s’agit de la délégation du RPT, du Gouvernement, de la CPP, du PDR, de la REFAMPT, du GF2D (Groupe de Réflexion et d’Action, Femme Démocratie et Développement, dirigé par Mme Célestine Akouavi AIDAM- épouse de Georges AIDAM, membre du Bureau national du CAR) et du CAR. La délégation de l’UFC et celle de la CDPA n’ont pas pris part au vote en exprimant leur refus de cette procédure. Toutefois, à leur sortie, elles se sont abstenues de faire des commentaires sur les circonstances de cette élection et leurs conséquences sur la suite des travaux.

Au sortir des travaux, Yawovi Agboyibo a déclaré à la presse que « Le dialogue national vient de se doter d’un bureau composé de trois membres dont je suis le président élu, (…) Le bureau va très rapidement se retrouver et nous indiquerons l’esprit dans lequel nous entendons entamer l’accomplissement de cette responsabilité ».

La manière dont le président du Bureau a été choisi augure donc de la suite des travaux et des résultats qui iront toujours dans le sens choisi et décidé par la mouvance présidentielle. Or, dans le contexte de crise grave accentué par un manque de confiance entre les acteurs politiques, seul le consensus doit être la règle. Autrement, les dés sont pipés d’avance.

Du reste, l’Engagement 1-3 pris par le gouvernement togolais l’oblige à trouver un consensus avec ses opposants (« Engagement N° 1.3 : Engagement de procéder, en partant de l’Accord Cadre de Lomé, à une révision du cadre électoral, garantissant un processus électoral transparent et démocratique, et acceptable pour toutes les parties, dans un délai de 6 mois. »). La journée du Lundi 24 avril sera consacrée à l’adoption d’un règlement intérieur et d’un ordre du jour. Elle marquera le deuxième test de l’état d’esprit des acteurs politiques et de la volonté de la mouvance présidentielle d’agir consensuellement.

La rédaction letogolais.com