25/09/2022

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Togo: L’opposition rattrapée par son spleen post-électoral…

L’évidence de la fermeture des autorités togolaises à toute idée de reformes ne doit pas occulter la perte de vitesse que connaît actuellement l’opposition togolaise. Le management approximatif de la dynamique post-électorale et une insuffisante capitalisation de son potentiel mobilisateur la confinent pour le moment dans le rôle ingrat de spectatrice de l’indécent carnaval proposé par le nouveau pouvoir. Entre la révision à la baisse de leurs ambitions et la thérapie de l’amertume liée aux derniers soubresauts politiques dans le pays, les principaux leaders de l’opposition en sont, une fois de plus réduits à s’en remettre au bon-vouloir d’une communauté internationale pourtant bien capricieuse ces derniers temps à l’égard du Togo.

Par Franck Essenam EKON

Il semble que, les mêmes causes reproduisant les mêmes effets, la dictature togolaise et ses soutiens extérieurs, aient, une fois de plus, énormément misé sur l’attitude post-électorale de l’opposition. Cette espèce de mélancolie végétative dont les effets secondaires sont invariables à travers les différents épisodes électoraux expérimentés au Togo. A chaque fois, le virus de la torpeur semble s’éprendre éperdument des opposants togolais au point de liquéfier toute initiative d’envergure de leur part après les élections. De 1993 à 2003, le dictateur Gnassingbé Eyadéma comptait beaucoup sur cette sorte troisième mi-temps après ses scrutins frauduleux pour se dégager une marge de manœuvre nécessaire à la reconsolidation de sa mainmise sur le pays. Le stratagème est contemporain de toute l’histoire de la contestation populaire sous le règne du défunt dictateur : laisser passer l’orage de l’émotion suscitée par la répression militaire sur la population pour ensuite parier sur le coma stratégique des responsables de l’opposition sans oublier d’en débaucher quelques « mercenaires » sensibles à l’appât du gain facile ou d’un poste ministériel.

La formule ayant fait les preuves de son efficacité, les adeptes de la continuité ont du se dire que la recette pouvait encore servir. Faure Gnassingbé bénéficie pour cela de toute l’armada de conseillers de l’ombre généralement chargée de veiller à la gestion des lendemains électoraux au Togo. Le principal facteur sur lequel le pouvoir togolais fonde sa stratégie est la cacophonie qui semble devenir le mode d’expression des leaders de l’opposition après chaque consultation électorale. A ce titre, ce qui était vrai en 2003 (pour prendre un exemple récent) l’est toujours en dépit du décès du Général Eyadéma. Rassemblés circonstanciellement dans le cadre d’une coalition à la veille des scrutins présidentiels, les principales pointures de l’opposition retombent inexorablement dans leurs travers nombrilistes une fois les échéances passées. Communiqués contradictoires, cafouillage communicationnel , culte de l’antagonisme et panne d’initiatives conséquentes s’imposent dès lors comme les attributs d’opposants dont l’unique fer de lance devient la commisération qu’ils espèrent inspirer aux oreilles bienveillantes de la communauté internationale.

L’Union des forces de changement (UFC), le Comité d’action pour le renouveau (CAR) et la Convention démocratique des peuples africains (CDPA), les principales formations de l’opposition, font voler en éclat l’union sacrée décrétée avant les présidentielles pour se lancer chacune de son côté dans un cirque pitoyable de revendication hégémonique sur fond de cachotteries mutuelles. Transfigurés le temps d’une campagne électorale par l’ambiance porteuse d’un soutien populaire sans faille, il redécouvrent subitement que leur solidarité avait assez duré et que les trafics en solo devaient reprendre leurs droits. Invariablement, cette rechute de l’inconséquence reproduit les mêmes symptômes : transactions ténébreuses avec un pouvoir qui vient pourtant de les spolier de leur victoire et dont ils sont les premiers à dénoncer l’illégitimité. La répétabilité de cette dynamique post-électorale ravit logiquement le Rassemblement du peuple togolais (le part au pouvoir) qui ne pouvait pas rêver mieux en matière d’aubaine dans sa stratégie de gain de temps.

Ce surprenant rodéo de bravades égocentriques annonce habituellement l’hallali des dernières illusions qu’on pouvait nourrir sur la viabilité d’un dynamisme de l’opposition après les scrutins. Une conclusion naturelle déductible de cet état de choses, est que le prétexte de cette solidarité des ténors de l’opposition n’est que le voile pudique opportunément jeté sur un volcan de rapports hypocrites, malsains et empreints de fourberies de toutes sortes. La parfaite connaissance des différentes phases de cette crise dans l’opposition togolaise permet au pouvoir de prévoir et même d’anticiper les réponses à y apporter sans se donner trop de mal. Les défections, les retournements de veste et les « trahisons » ne suffiront plus à masquer bien longtemps ce qu’il faut bien diagnostiquer comme une culture de la mélancolie, dernier rempart d’une génération de leaders peut-être atteints d’une maladie assez répandue dans les arènes politiques : l’usure…

Le capital d’adhésion dont ils bénéficient et la valeur du combat mené depuis des années contre l’une des plus vieilles dictatures de l’Afrique semblent représenter une sorte de retranchement auto-justificatif pour les responsables de l’opposition. Pendant ce temps, fidèle à ses habitudes, la dictature militaro-mafieuse continue par jalonner le quotidien des togolais des séquences de son plan macabre. Le dialogue de sourds qui s’instaure de jour en jour entre une jeunesse de plus en plus demandeuse de résultats et une vieille garde engluée jusqu’au cou dans la revisitation de ses conflits séculaires est, de ce point de vue, révélateur du fossé qui caractérise désormais leurs relations.

La dérive narcissique des uns, la forfanterie des autres et ce recours exclusif à la compassion de la communauté internationale pour camoufler un grave déficit d’organisation paraissent d’autant plus inextricables que rien, pour le moment ne donne à penser qu’un recadrage des attitudes est à l’ordre du jour dans les diverses officines. Le dernier numéro de soliste de Gilchrist Olympio avec à la clé des tractations en catimini avec le fils du Général Eyadéma à Rome, la colère de ses amis de la Coalition eux-mêmes engagés il n’y a pas si longtemps dans des négociations avec Faure Gnassingbé constituent une parfaite illustration de ce bazar politique.

Dans une telle atmosphère, les poids plumes et autres cabotins qui écument actuellement la scène politique au Togo ont beau jeu de se frotter les mains : Ils connaissent bien la musique sur laquelle ils ont dansé des années durant et savent que les coups pleuvront très bas pendant encore longtemps au sein de l’opposition. La question est de savoir jusqu’à quand ce jeu sordide intéressera les togolais.

La rédaction letogolais.com