06/10/2022

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Togo: Ne nous trompons pas une fois de plus de cible

A sa dernière entrevue à RFI, le Président National de l’UFC a fait plusieurs annonces importantes qui méritent des réflexions. Cependant, dans tous les cas, ce sera sa déclaration sur la candidature unique qui a soulevé le plus d’effets suite notamment à la réaction du CAR.

Il est évident qu’ayant toujours travaillé pour la candidature unique de l’opposition, l’ADDI a été quelque peu surprise de la déclaration de Président National de l’UFC. D’abord, tout en reconnaissant les fraudes massives réalisées par le RPT lors des élections législatives de 2007, le Président National de l’UFC se réfère aux résultats de ce scrutin pour qualifier les partis autres que l’UFC « d’insignifiants ». Le CAR utilise d’ailleurs cet argument pour justifier sa revendication du « retour de l’ascenseur » pour la désignation du candidat unique de l’opposition aux élections présidentielles de 2010 : or l’UFC et le CAR n’étaient pas les seuls partis à avoir désigné le candidat unique. Le CAR n’était pas le seul parti à «s’être « sacrifié » pour la candidature de Bob Akitani. La CDPA, tout en croyant que son Secrétaire général était bien outillé pour jouer ce rôle, s’était « sacrifiée ». L’UDS-Togo qui pensait que son leader aurait pu être un candidat à la présidence de la république avait également mis en veilleuse ses ambitions ; il en est également de même pour le PSR. L’ADDI enfin qui croit que le Président de son Bureau Exécutif National aurait été le meilleur candidat s’était également « sacrifiée ». Tous ces partis sont en lieu de revendiquer le « retour de l’ascenseur » tant attendu par le CAR. Enfin, en discussion avec l’UFC pour la définition d’une alliance entre nos deux organisations, l’ADDI aurait pu être choquée que le Président National de l’UFC ne mentionne même pas l’ADDI dans ces déclarations.

Cependant, le contenu du communiqué du CAR ainsi que les réactions de beaucoup d’internautes nous a quelque peu surpris pour plusieurs raisons.

Des discussions avec d’autres partis politiques comme l’a proposé la direction du CAR, bien qu’elles soient bienvenues, ne devraient pas se substituer à celles en cours avec l’UFC. En effet, cette stratégie du CAR, est plus dangereuse que des candidatures multiples, car devant se solder par la constitution de trois blocs : RPT/ UFC/CAR et alliés. Sachant que ce bloc n’aura aucune chance de gagner aux élections, il est alors possible que, pour faire preuve de sa magnanimité, le CAR puisse laisser la direction du bloc auquel il est membre au représentant d’une autre organisation. Les deux blocs regroupant les partis de l’opposition vont prendre temps, énergie et intelligence à s’entredéchirer, traçant ainsi la voie à une victoire sans frauder au candidat du régime en place. Je ne crois pas que c’est là l’objectif du CAR.

Ensuite, le CAR, par le passé, s’est distingué de la plupart des partis de l’opposition, par sa volonté farouche de maintenir le dialogue avec le RPT. En dépit des contorsions, des non respects des accords par le RPT le CAR a toujours promu le dialogue avec le régime en place, etc. Tout le monde se souvient d’ailleurs du boycott de la dernière manifestation populaire par le CAR sous prétexte qu’il fallait attendre l’issue de l’intervention du médiateur dans la crise portant sur l’identification du président de la Commission électorale indépendante. Le dialogue a toujours été un des instruments de combat du CAR. Il nous apparaît donc surprenant que dès les premières difficultés avec l’UFC, le CAR tire des conclusions et prenne une décision aussi extrême. Or la décision du CAR, si mise en œuvre, pourrait avoir des conséquences désastreuses sur les résultats des élections de 2010. Le CAR vise t-il l’alternance ou lutte contre l’accès de l’UFC au pouvoir ? Nous osons espérer que les actions du CAR s’inscrivent dans la lutte pour l’alternance.

En fait la position du CAR paraît en contradiction avec les critères qu’il a toujours avancés pour la désignation des responsables de toute coalition antérieure entre des partis de l’opposition. A la création du « Front » qui avait uni l’ADDI, le CAR, la CDPA et l’UDS-Togo, le CAR avait avancé ses performances aux législatives de 1998 pour revendiquer et obtenir le poste de président de cette coalition. Les partis qui étaient membres de la Coalition des Forces Démocratiques (CFD) se rappellent des efforts entrepris en janvier 2003, pour la mise en place d’un bureau de direction permanente de la CFD. Il avait été facile aux organisations membres de la CFD de se mettre d’accord sur le nom de celui qui devait présider notre organisation : il s’agissait de Gilchrist Olympio du fait notamment de ses performances aux élections présidentielles de 1998. En raison de l’absence de ce dernier du Togo, la responsabilité de l’organisation reviendrait de fait au premier vice président. Sur la base de ses performances aux élections législatives de 1994, le CAR a revendiqué ce poste de premier vice président. Suite à la non approbation de ce critère par la CDPA, l’UTD et le PDR nous n’avions donc pas réussi à trouver une solution au choix du premier président permanent de la CFD. Etc. Et je suis convaincu qu’il serait difficile au CAR et à l’UFC de définir d’autres critères pour la désignation du candidat unique.

Pour l’ADDI, il aurait été plus indiqué de mettre l’accent dans les discussions sur ce que La Coalition n’avait pas eu le temps de faire en 2005 : la formulation d’un programme de gouvernement et le partage de responsabilité entre les organisations membres.

En raison de l’engagement du CAR pour le processus démocratique et l’apport de son président d’honneur pour les avancées obtenues en 1990 et 1991 notamment, nous espérons que l’entrevue du Président National de l’UFC n’est pas un prétexte que le CAR saisit pour déclarer rompre les discussions avec l’UFC. Dans la vie courante, qui d’entre nous n’a pas connu de couple (copain, copine ou époux) avoir des problèmes passagers entre eux. Il y a même eu des cas où (j’ose croire dans l’ancien temps) le mari jetait les affaires de son épouse dehors et déclarait à qui voulait l’entendre que c’est fini à jamais entre eux. Parfois c’est l’épouse qui quittait la maison familiale pour regagner ses parents, jurant ne vouloir plus rien entendre de celui qu’elle avait considéré le meilleur homme que Dieu ait jamais donné à l’humanité. Je crois qu’affrontés à une telle situation, nous avions le plus souvent tenté la médiation et dans la majorité des cas, l’amour entre les deux revenait plus fort qu’auparavant.

En nous inspirant d’un tel exemple l’ADDI prie le CAR de reprendre les discussions avec l’UFC. Les travaux, élargis aux autres candidats et partis politiques de l’opposition, pourraient porter sur notamment : (i) la désignation et la formation des membres de l’opposition dans les CELI et CLC ; (ii) la sélection des membres des bureaux de vote, représentant l’opposition ; (iii) la sélection et la formation des représentants des candidats de l’opposition dans les bureaux de vote ; (iv) le code de conduite des candidats de l’opposition lors de la campagne électorale ; la stratégie commune en vue de défendre les résultats des urnes au cas où l’un des candidats de l’opposition aurait gagner les élections ; etc.

Au cas où un accord, tant souhaité, serait obtenu sur la candidature unique, alors les discussions pourront se poursuivre notamment sur : (i) le programme minimum à mettre en œuvre en cas de victoire de ce candidat ; et (ii) la répartition des postes de responsabilité dans l’exécutif ; etc.

Comme l’avait dit le premier responsable de la CDPA-BT : « Ne nous trompons pas de cible ». Dans toutes nos actions nous devons nous demander si notre comportement renforce la position du régime en place ou fragilise l’opposition.

La cible n’est pas un des candidats de l’opposition, quel qu’il soit, mais plutôt le régime en place !

Par Aimé GOGUE