25/06/2022

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Togo: Point de la situation politique togolaise par Yves Amaïzo

Extrait de l’entretien de Fenêtre sur l’Afrique avec [Dr Yves Amaïzo->http://fr.wikipedia.org/wiki/Ekou%C3%A9_Ama%C3%AFzo]

FENETRE SUR L’AFRIQUE: Parlons maintenant avec votre permission de l’actualité au Togo, puisque vous êtes également Coordinateur Général du Collectif pour la Vérité des Urnes – Diaspora (CVU-Togo-Diaspora.org), un mouvement citoyen indépendant. L’actualité politique au Togo, c’est la décision de la Cour de justice de la CEDEAO qui condamne le Gouvernement togolais à réparer les dommages causés aux 9 députés de l’ANC lesquels d’après la Cour de Justice de la CEDEAO n’ont pas démissionné et ne sont pas exclus de l’Assemblée Nationale. Une manifestation a été organisée mercredi dernier (9 novembre 2011) par l’ANC qui demande la réintégration de ses 9 députés. Certains togolais pensent que l’opposition doit mettre un peu de l’eau dans son vin afin de trouver une solution politique et pacifique à part les manifestations qui n’arrivent pas à faire fléchir le pouvoir de Faure : Quel est votre point de vue ?

Yves Ekoué Amaïzo: Tout d’abord, je rappelle que le Collectif pour la Vérité des Urnes est le prolongement du travail d’un groupe de réflexion que je dirige aussi qui s’appelle Afrology. La partie Diaspora de CVU est financièrement et intellectuellement autonome. Cette précision est importante pour éviter d’être assimilé à des bruits infondés qui circulent au Togo.

Comme, je l’ai indiqué tantôt, le Gouvernement togolais a été condamné par la Cour de Justice de la CEDEAO. Il y a autorité de la chose jugée. L’article 106 de la Constitution togolaise n’a de valeur juridique qu’au Togo. Dès lors que le Togo a accepté de signer des accords sous-régionaux ou continentaux, c’est le principe de la subsidiarité qui prime. L’Etat togolais doit simplement arrêter de croire qu’il est un modèle de bonne gouvernance et stopper ses interférences dans le principe de la séparation des pouvoirs entre le pouvoir judiciaire et le pouvoir exécutif. A ce titre, le Gouvernement se propose de payer les 3 millions de FCFA à chacun des députés comme cela a été demandé par la cour de justice. Cela a été rejeté par l’ANC qui risque alors de donner l’impression d’accepter une sorte de demi-mesure. Il faut donc refuser de prendre cet argent car c’est un problème de principe, de droit et de justice.

Le Gouvernement de Faure Gnassingbé utilise l’Etat togolais pour des règlements de compte sur la scission entre l’UFC aujourd’hui réduite à AGO et l’ANC. L’Etat togolais a été condamné parce qu’il est juge et partie dans ce dossier. Les députés doivent être réintégrés et l’argent payé de manière concomitante. En dehors de cette option, il faut saisir la Cour de justice par un recours en révision pour permettre de constater le refus d’exécuter l’autorité de la chose jugée, notifier l’Union africaine, les autres structures régionales et les Etats occidentaux qui soutiennent Faure Gnassingbé et son gouvernement RPT/AGO qu’ils soutiennent un hors-la-loi.

Sur les manifestations, vous avez tort de croire que les manifestations ne vont pas faire fléchir Faure Gnassingbé. Avec le cas de l’interventionnisme des occidentaux en Côte d’Ivoire et en Libye, il faudra bien peu pour intervenir au Togo dès lors que les Occidentaux qui se sont trompés sur Faure Gnassingbé et ont soutenu un anti-démocratie auront compris leur erreurs. Les manifestations sont des rappels car les dirigeants du monde occidental sont parfois très amnésiques quand il s’agit de se rappeler les crimes, les abus de droits humains et les dénis de démocratie au Togo. Les pays occidentaux se cachent derrière la dictature de la Cour constitutionnelle. Mais, tout cela ne devrait pas durer avec les médias de plus en plus libres à l’extérieur du Togo ; le peuple ne peut que devenir de plus en plus mûr en politique.

Enfin, les élections de mai 2012 en France, quel que soit le gagnant, vont modifier les comportements entre la France et le Togo. Le Président Yayi Boni a été reçu moins de 20 minutes par Nicolas Sarkozy lors de sa visite officielle du 9 novembre 2011 ; cela a été interprété comme une mauvaise réception surtout lorsque Yayi Boni pense, après avoir tant donné à la France en respectant scrupuleusement les injonctions de Paris, qu’il ne méritait pas cela. Il a tellement été vexé qu’il a refusé de rencontrer la diaspora béninoise à Paris, laissant d’ailleurs une ardoise assez importante aux organisateurs qu’il refuse pour le moment de payer. Il faut voir dans ces changements d’attitudes des dirigeants occidentaux que les dirigeants africains qui jouent les « béni oui-oui » ne sont plus en odeur de « sainteté ». Il y a de nombreux changements à venir et ce sont les dictateurs africains, avec ou sans la Cour constitutionnelle, qui seront surpris

Fenêtre sur l’Afrique : Parlons maintenant du dialogue en cours. A sa 7ème séance cette semaine, les participants au Cadre Permanent de dialogue et de concertation (CPDC) ne sont toujours pas parvenus à se mettre d’accord sur le régime idéal pour le Togo, notamment les polémiques politiciennes sur le régime semi présidentiel et régime présidentiel. Quelle analyse faites-vous au sein du CVU-Togo-Diaspora ?

Yves Ekoué Amaïzo: Vous avez raison de parler de « polémiques politiciennes ». En effet, le problème n’est pas un Cadre permanent de dialogue et de concertation. C’est pour endormir le peuple ou donner un peu à manger à ceux qui n’arrivent pas à se classer dans le système togolais. Il n’y a que deux catégories au Togo pour le CVU : ceux de la mouvance présidentielle qu’ils ou elles se soient déclarés ou pas et ceux de la mouvance des alternatives à la situation actuelle. Alors il suffit pour chaque citoyen togolais de faire le classement pour s’apercevoir que certains ont varié d’un camp à l’autre assez régulièrement, d’autres moins régulièrement, d’autres pas du tout et d’autres hésitent encore mais le peuple togolais peut les classer.

C’est cette incapacité du peuple togolais à classer comme il faut ses dirigeants qui crée la confusion que Faure Gnassingbé ne fait qu’exploiter en jouant au gentil une fois qu’il a usurpé les élections par deux fois sur la base des contre-vérités des urnes. Il lui suffit à l’international de s’aligner sur les positions de la France ou des Etats-Unis pour se croire immunisé et protégé. Il devrait se méfier d’un Barack Obama ou d’un Nicolas Sarkozy qui n’auront aucun état d’âme à redorer leur blason en ne soutenant plus des dirigeants africains détestant la démocratie mais font semblant d’être des démocrates. Il suffit à Faure Gnassingbé de déclarer qu’il ne se présente pas en 2015 pour toute la crise politique togolaise commence à trouver un début de solution. Bref, le problème aujourd’hui, c’est celui qui veut changer la constitution pour perdurer. Le Togo n’est pas nécessairement le Burkina ou le Cameroun.

Quel que soit le régime politique choisi, parlementaire, semi-parlementaire, présidentiel ou semiprésidentiel ou autre, il ne fonctionne qu’en fonction du pouvoir uniformisant de Faure Gnassingbé et son réseau. Tant que les dirigeants occidentaux vont s’entêter de croire qu’ils ont choisi le bon cheval au Togo, les risques d’explosion seront là et la contre-vérité des urnes aussi. Il faut convaincre aussi les dirigeants occidentaux qu’ils créent en fait des bombes à retardement en ne laissant pas le processus démocratique togolais fonctionner normalement.
Car Faure Gnassingbé d’après les évaluations de CVUTogo-Diaspora, ne représente pas plus de 15 % des voix si des élections libres et démocratiques à deux tours étaient organisées. Bref, Faure Gnassingbé ne serait pas au deuxième tour. Mais il a plus d’un tour dans son escarcelle. C’est d’abord l’armée qui va jouer le 3e tour en l’imposant comme chef puis la Cour constitutionnelle du Togo comme président des contre-vérités des urnes. Il n’y a que les occidentaux, pour défendre leur intérêts et croire à la paix des cimetières, qui vont laisser faire. C’est aussi cela la politique du « laisser-faire » dont je parlais au début en économie.

FENETRE SUR L’AFRIQUE La CVJR, Commission Vérité Justice et Réconciliation, créée à la demande du Président Faure Gnassingbé et chargée de faire la lumière sur les évènements violents survenus au Togo entre 1958 et 2005, a un travail difficile pour réconcilier les Togolais. La CVJR sert-elle finalement à quelque chose dans ce processus de réconciliation ?

Yves Ekoué Amaïzo: Le CVJR a été créée parce que les Occidentaux ont honte d’avoir à accepter pour la deuxième fois un Président élu sur la base de la contre-vérité des urnes. Faure Gnassingbé ayant peur de ces gens choisit de faire bavarder les Togolaises et Togolaises. C’est une véritable cure de thérapie collective qui n’attire pas grand monde.

Il faut aussi poser la question à ceux qui sont allés faire des déclarations si le CVJR change quelque chose à leur quotidien, une fois les déclarations faites. Je le répète, il s’agit d’une séance de thérapie collective où il faut des médecins psychologues et non un ecclésiastique qui confond la confession et la plaidoirie des tribunaux de l’Etat.

Sur la réconciliation, dites-moi qui peut afficher une véritable réconciliation au Togo depuis que la CVJR dit qu’elle travaille. Au contraire, le fait de bavarder et de s’apercevoir que ceux qui ont commis des crimes circulent librement au Togo et souvent à côté des victimes, quand elles ne sont pas mortes ou blessées, est une atteinte à la liberté de circuler librement. La CVJR expose les gens et personne ne sait le nombre de familles et personnes subissant des harcèlements, voire des outrages ou autres depuis qu’ils ont bavardé. Car je me refuse à considérer le travail de la CVJR comme un témoignage. Il s’agit d’un bavardage à haute voix.

Mais plus grave, au lieu de laisser la justice faire son travail, le système mis en place par la CVJR permet de « bavarder » et donne l’impression que l’on peut obtenir l’absolution une fois la confession faite. On oublie donc les morts, les blessés, les handicapés et autres personnes qui ont souffert des affres des systèmes militaires et politiques togolais. Et tout sera résolu une fois morts au paradis, pour ceux qui croient. La réalité c’est que Monseigneur Nicodème Anani Barrigah oublie que le processus de réconciliation dans la Bible qui lui sert de support intellectuel ne peut avoir lieu sans vérité et justice.

Mais le bavardage ne permet pas de faire la justice et les harcèlements sur les gens ne permettent pas à toute la vérité de sortir. Il n’est d’ailleurs pas sûr que certains, encouragés par le Pouvoir d’aller bavarder, disent toute la vérité. Bref, c’est à une justice indépendante de faire ce travail avec du personnel qualifié au plan juridique et au plan médical pour les volets psychologiques. Il faut y rajouter la transparence en acceptant qu’un comité de journalistes indépendants puisse toujours siéger pour toutes les audiences y compris les nombreux « huis clos » qu’autorise le Président de la CVJR. Sur ces derniers bavardages, il ne rend pas compte à Faure Gnassingbé mais directement à Dieu. A moins que Dieu ne l’ait pas encore entendu ? La CVJR retarde le processus et l’avènement d’une justice indépendante au Togo, continue à créer la confusion dans la séparation des pouvoirs entre l’Eglise et l’Etat, la confusion entre le pouvoir judiciaire et le pouvoir exécutif car la CVJR rend compte à Faure Gnassingbé… et comme le bavardage va se prolonger après 2015, il faudra que Faure Gnassingbé explique qu’il doit rester au pouvoir pour écouter la suite du feuilleton des bavardages de la CVJR.

Pour être plus proche de la vérité de ce que fait réellement la CVJR et pour que le Peuple togolais ne se fasse pas tromper en croyant à un travail difficile pour réconcilier les Togolais, Le CVU-Togo-Diaspora propose de renommer la CVJR : le Club de la Vraisemblance, de la Justification et du Rafistolage.

La Réconciliation des Togolais passe par le départ du réseau élargi de Faure Eyadéma du pouvoir. S’il part volontairement en 2015, il pourra espérer gagner le Prix « pour le leadership d’excellence en Afrique » de la Fondation Mo Ibrahim doté de 5 millions de $US cash et 5 autres millions de $US pour réaliser des projets de développement. Il devra commencer par le Togo où il n’a fait avancer le développement que de son réseau aux dépens de celui du pays, ce depuis 2005.

[Dr Yves Amaïzo->http://fr.wikipedia.org/wiki/Ekou%C3%A9_Ama%C3%AFzo]
Doctorat en droit
12 novembre 2011

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