09/12/2022

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Togo : Réflexions du GRAD sur le leadership dans le processus de démocratisation

EVOLUTION DE LA CLASSE POLITIQUE TOGOLAISE: SI TU NE PEUX PAS ME COMBATTRE, REJOINS MOI OU LE PHENOMENE DE LA POMPE ASPIRANTE

L’analyse de la vie politique au Togo ne saurait se passer du rôle déterminant de la société civile. On peut rappeler les actions prépondérantes entreprises par des institutions telles que la CNDH, des associations estudiantines (OULD, MELD, GRAD), des organisations de la société civile (COD, FAR…) et des syndicats. Toutes ces institutions dont il faut saluer l’engagement des initiateurs, ont contribué à l’éclosion des partis politiques qui ont pris la suite du processus de démocratisation de la vie politique nationale. C’est ainsi que les aspirations de la population visant à mettre fin au règne du parti unique, à se débarrasser de la dictature et à conquérir sa liberté, ont conduit à cette rupture. La classe politique togolaise composée aujourd’hui de RPT/UNIR et ses alliés et des partis de l’opposition ne doit pas perdre de vue ce désir de changement maintes fois rappelé à travers l’effervescence des mouvements sociaux. L’évolution et les pratiques de cette classe politique ne semblent pas traduire cette attente de la population comme le témoigne le non application de l’Accord de Politique Globale (APG) et des recommandations de la Commission Vérité Justice et Réconciliation (CVJR). De plus, la politique économique et sociale engagée, entraîne des grognes sociales récurrentes.

1. c La période considérée recouvre ainsi celle de l’histoire de la démocratisation de la politique nationale, visant à mettre fin au règne du parti unique, à promouvoir et à garantir la réalisation de l’alternance politique dans la conduite des affaires du pays. La mission des partis de l’opposition est de rendre cette alternance effective dans les meilleurs délais possibles, au regard des aspirations de la population.

2. Ces mouvements sociaux et les revendications populaires ont, certes, permis d’obtenir des changements importants dans l’organisation de la politique, désormais marquée par l’existence du multipartisme. Au sortir de la Conférence nationale souveraine jusqu’à 2000, dans les premières années du multipartisme, on a dénombré près d’une centaine de partis politiques.

3. Cette multiplication des partis politiques semble créer l’illusion de la démocratie en voie de se faire, plutôt que l’organisation d’un contexte démocratique réel. Tous les partis se lancent à la conquête du pouvoir avec la foi du néophyte et une farouche volonté de combat plus remarquable dans les relations qui caractérisent les leaders de l’opposition entre eux d’une part que celles observées entre ceux-ci et les tenants du pouvoir d’autre part. Cette attitude des leaders de l’opposition les amène à se combattre plus énergiquement qu’à s’organiser pour affronter le parti au pouvoir, leur adversaire commun. Elle entraîne des incompréhensions empêchant d’exploiter un nombre d’opportunités pour atteindre l’objectif commun, celui de réaliser effectivement l’alternance.

4. Les péripéties liées aux stratégies de participation des partis de l’opposition, observées avant, pendant et après les scrutins électoraux organisés au cours de la période considérée, illustrent à suffisance une absence de cohésion et de cohérence de la part des leaders de l’opposition. Le réflexe unitaire devant conduire à la formation d’un front uni autour d’une candidature n’est toujours pas présent. L’exception de la candidature unique de l’opposition à la présidentielle de 2003 et de 2005 n’a pas pu être reproduite en 2010, malgré d’épuisantes et harassantes négociations, sous la médiation de personnalités d’expérience.

5. Chaque parti s’estimant capable de gager tout seul l’élection face au candidat du parti unique, naguère le R.PT, transformé en 2011 en Union pour la République (UNIR), en considération de l’énorme désir de changement manifesté par la population, banalise ainsi la nécessité de former un front commun autour d’une candidature unique. En fait, la stratégie devrait viser non seulement à mutualiser les efforts des partis de l’opposition, mais à également mieux défendre au besoin la victoire électorale escomptée.

6. C’est ainsi que progressivement les partis de l’opposition créés dans les années 1991 ont fini par disparaître ou rejoindre ouvertement le parti au .pouvoir. Et ce type de collaboration, avec le pouvoir qui crée la confusion aux yeux de la population est souvent sanctionné par l’électorat, sans doute en manque d’informations et d’explications suffisantes. Les principaux partis de l’opposition comme le PDR, la CPP, le CAR, la CDPA, l’UFC, entre autres, constituent des exemples éloquents de cette évolution politique.

7. A cet égard, il est permis d’admettre l’existence d’une stratégie de partage du gâteau mise au point par le pouvoir pour créer un phénomène de pompe aspirante par lequel tout parti de l’opposition pourrait être absorbé par le parti au pouvoir par le biais d’un système d’intéressement politiquement et matériellement appréciable.

8. Cette pratique s’apparente à l’achat de conscience qui révèle la fragilité des formations politiques, dont l’assise idéologique et la culture politique ne sont généralement pas claires. Elle contribue à jeter le discrédit sur les leaders des partis politiques considérés comme essentiellement préoccupés par des intérêts bassement matériels.

9. Ce constat soulève la question du financement des partis politiques par l’Etat et celle de l’autonomie financière et de leur dignité. L’argent étant le nerf de la guerre, il faut reconnaître que les cotisations des membres, si elles existent sont loin d’être suffisantes.

10. Au cas où cette situation se perpétue, elle est de nature à éloigner durablement les partis politiques de l’opposition de la réalisation de leur objectif qui est l’alternance politique. En même temps, elle expose ces partis aux abus, intimidations et toutes formes de chantages de la part des tenants du pouvoir. Et ces derniers se sentent confortés dans le développement des manœuvres dilatoires et des stratégies fondées sur le mensonge, le refus d’un véritable dialogue, le harcèlement et le recours au fait accompli en vue du maintien du statu quo.

11. Il ressort ainsi à l’évidence que toutes les institutions de l’Etat sont désormais gérées en fonction de cette volonté de conserver le pouvoir à tout prix. Les recommandations de la CVJR, institution centrale dans la résolution de la crise togolaise aggravée par les évènements douloureux survenus après la présidentielle de 2005 ne connaissent pas encore l’attention requise pour leur mise en œuvre.

12. Dans ces conditions, que peut-on attendre des nouvelles initiatives à l’instar des HCRRUN ? Il sied de rappeler par ailleurs que les nationalistes ont mis quinze ans pour atteindre leur objectif : la souveraineté nationale et internationale du Togo alors que vint cinq ans, malheureusement depuis 1990 à ce jour, la classe politique n’a pas réussi à atteindre le sien :le changement du système politique.

13- Dans ce contexte politico-social contrasté, le GRAD se pose deux questions: 1°) L’élection présidentielle pourquoi faire? b) La victoire à l’élection présidentielle pourquoi faire?

14. Face à ces interrogations, le GRAD répond que cette élection présidentielle ne règle aucun problème, Le gagnant et les perdants le savent très bien. Les Togolais, ne sont guère dupes pour croire que ce sont toujours les mêmes qui gagnent aux élections et toujours les mêmes qui perdent. C’est un non sens politique dans une démocratie pluraliste. Edgar Faure, ancien homme d’Etat et académicien français disait dans ses mémoires que : « Avoir toujours raison est un grand tort ». Oui, c’est un grand tort que de tout mettre en œuvre pour toujours gagner les élections afin de maintenir le statu quo. Qu’on redéfinisse les règles du jeu pour que certains ne s’arrogent ce droit de toujours gagner et bloquer l’aspiration profonde du peuple togolais qui est la démocratie, l’Etat de droit et le progrès. Pour sortir d’une telle situation le GRAD ne cesse de préconiser, au lendemain des tragiques événements de 2005, un véritable dialogue, une transition politique débouchant sur l’élection d’une Assemblée constituante pour doter le Togo d’une nouvelle Loi fondamentale. Cette proposition reste encore d’actualité. La refondation des institutions de l’Etat pour créer la confiance mutuelle indispensable à leur légitimité et à la cohésion sociale passe par cette voie obligée en lieu et place de l’Accord politique global qui est aujourd’hui dépassé. Celui-ci, nous semble-t-il est foulé aux pieds par les plus hautes autorités politiques et les partis d’opposition sont complètement désarmés dans leur revendication pour sa mise en œuvre. Dans ces conditions, les organisations de la société civile engagées doivent reprendre aux politiciens le leadership du processus de démocratisation autour d’un idéal patriotique fort. Elles doivent avoir pour mission de créer les conditions pour le bon fonctionnement d’une démocratie pluraliste où existe la règle d’or « FAIR PLAY ». Enfin, elles ouvriront le débat sur le système politique qui permettrait de doter notre pays d’institutions fortes plutôt que d’hommes forts.

15. C’est dans cet ordre d’idée que les Chefs d’Etat et de gouvernement de CEDEAO, réunis à Accra le 20 mai 2015 ont rappelé les vertus de la démocratie en insistant sur la limitation des mandats présidentiels, gage de l’alternance politique.

Lomé le 22 mai 2015