26/09/2022

Les actualités et informations générales sur le Togo

Trois matchs, trois défaites

MONDIAL 2006 – TROIS MATCHS, TROIS DÉFAITES. MALGRÉ LE BORDEL SEMÉ PAR ROCK, LES ÉPERVIERS SE SONT BIEN « VENDUS »

Blasphème. Nos vénérés chefs traditionnels, reconnaissables à leur singulière tenue, des députés RPT et autres débarqués en Allemagne pour supporter les Éperviers ont, lors du match France – Togo, ont dû vivre la rencontre dans un bar ou devant le stade de Cologne… Raison? Leurs billets d’entrée ont été mis en vente au marché noir par un membre de la Fédération… En attendant d’achever la rédaction des anecdotes du passage de la bande à Rock au mondial 2006, faisons un premier bilan et fixons sans complaisance de nouvelles perspectives pour notre football.

Ainsi, depuis le vendredi 23 juin à 22 heures 48, s’est définitivement estompée l’euphorie née de la qualification du Togo pour le Mondial 2006 en Allemagne. En s’inclinant devant la France, zéro but contre deux – but de Vierra à la 55e et de Henry à la 61e minute-, les Éperviers qui avaient déjà tout perdu, ont signé la fin de leur parcours. A présent sonne l’heure du bilan.

Si sur le plan technique, ce bilan est négatif (3 matches disputés, trois défaites: 1-2 contre la Corée du Sud à Frankfort, 0-2 face à la Suisse à Dortmund et 0-2 devant la France à Cologne), sur celui de l’encadrement administratif, technico-tactique et psychologique de la formation togolaise, ce fut un chaos, une calamité, un désastre jamais vécu, un psychodrame. Comme nous le soulignions dans nos précédents comptes rendus et analyses, le Togo a réussi à s’octroyer la palme de champion des faits divers. Les uns plus croustillants que les autres, au point où vendredi soir après la dernière prestation, sur la première chaine de la Télévision publique allemande, « Erste », le commentateur disait: « …Dommage que cette équipe togolaise qui a été la curiosité de l’histoire de la coupe du monde, nous a quittés… ».
Ce journaliste ne regrettait pas le départ précoce d’une équipe aux qualités techniques fascinantes, mais il regrettait le fait qu’aucune autre délégation ne pourrait plus nourrir la rubrique des faits divers. Faculté que le monde entier retiendra du passage du Togo à cette phase finale de la « Coupe du Monde 2006″. La médiocrité de son organisation, le bricolage de son staff technique et surtout, la cupidité de ses dirigeants, le révélateur conflit autour des primes de qualification des joueurs, tout cela a tenu la planète en haleine. Ce conflit provoqué par le dictateur en herbe,  » M. Rock Gnassingbé, fils du dictateur défunt « , comme n’ont cessé de répéter les différents envoyés spéciaux, a abouti à une écœurante cacophonie qui a fait le chou gras de la presse – allemande et mondiale.

Ici, que ce soit dans les écoles, les ateliers, les salons de coiffure, les taxis…, le voisinage, partout, chacun est allé de son commentaire. Chacun a découvert, certes, que le Togo est un petit bout de terre blotti quelque part en Afrique occidentale. Mais chacun a compris que ce pays n’est pas un État organisé, et qu’il n’a pas d’institutions fiables et viables. C’est l’unique explication trouvée pour justifier ce qui s’est passé. Ce qui en fait est vrai.

Par son arrogance, son entêtement, son autoritarisme congénital, Rock Gnassingbé et dans une certaine mesure, son frère Faure, ont réussi à démontrer le vrai visage de leur dynastie. Les occidentaux s’étaient déjà fait une idée caricaturale de l’Afrique et des Africains. Ils taxaient les régimes africains de dictatoriaux, leurs peuples de sauvages ou de barbares, leurs dirigeants de corrompus et leur organisation ou gestion, de chaotiques. Ils en ont eu une éclatante confirmation.

Et qui, mieux que les hommes du pouvoir, les héritiers du trône Gnassingbé auraient pu se montrer crédibles et convaincants dans la promotion de leur système de gouvernance, et sur la réalité de la négation de l’État togolais, Rock Gnassingbé a réussi un travail que les réfugiés et les opposants togolais s’employaient difficilement à faire depuis des années, puisque les médias ne relayaient pas assez leur travail. Il a si bien accompli son travail, que les organisations allemandes de droits de l’homme s’en sont engouffrées pour pondre des déclarations invitant le gouvernement allemand à accentuer sa pression afin que le Togo se démocratise et que ce pays connaisse une réelle alternance.

CHAPEAU AUX JOUEURS!
L’histoire footballistique universelle retiendra qu’en juin 2006, les Agassa, Tchangai, Abalo, Nibombé, Forson, Maman, Aziawonou, Salifou, Senaya, Kader, Adébayor, Ouloufadé, Dossevi… et les entraineurs: l’Allemand Otto Pfister et le togolais Kodjovi Mawuena… ont disputé une phase finale de coupe du monde. Cette riche expérience, ce coup de destin, n’arrive qu’une fois dans la vie. Cette même histoire n’oubliera non plus que c’est sous la houlette du Nigérian Stéfan Késhi – limogé unilatéralement par Rock Gnassingbé – qu’est intervenue cette qualification. L’histoire retiendra également qu’en Allemagne, le staff administratif de la fédération togolaise de football, la FTF, n’a pas été à la hauteur de sa mission, qu’il s’est couvert de ridicule. Il n’a pu mettre les joueurs dans des conditions optimales de pouvoir exercer leur art. L’ambiance exécrable créée par la folie, l’orgueil d’un homme, l’héritier Rock Gnassingbé, laquelle ambiance empoisonnée a abouti aux boycotts des entraînements par les joueurs, au départ éclair et au retour de l’entraîneur en chef, M. Otto Pfister, à la titularisation par le général Gnonfame, de son adjoint Kodjovi Mawuena, en passant par l’oubli matériel sportif à l’occasion d’un match de préparation, la randonnée manquée à Paris du directeur technique, M. Akoussa et surtout par la retentissante menace de refus de disputer le match contre la Suisse le 19 juin, tout cela était digne d’un scénario catastrophique, d’un film de série noire. Dès lors, on aurait pu penser que ces jeunes au moral atteint et limités également techniquement, allaient connaître l’humiliation. Et qu’ils allaient prendre des cartons… Ce scénario catastrophique annoncé ne s’est pas produit malgré le bordel organisé par Rock, sans que Faure n’ait pu lever le moindre petit doigt. Les jeunes dépourvus d’expérience de haut niveau à l’exception d’Adébayor, le seul à évoluer en D1 à Arsenal de Londres, qui a râté ses sorties, se sont bien comportés.

Et, à l’analyse des matchs, il ne serait pas exagéré de dire que, mis à part le dernier match, celui disputé contre la France où le tempo était très élevé, ils auraient pu l’emporter, ou tout au moins partager les points avec la modeste Corée du Sud et l’excitée Suisse. Hélas, par la volonté d’un homme omnipotent, Rock, le rêve de millions de Togolais n’a été que de courte durée. Pis, ce rêve a viré au cauchemard surtout pour les Togolais résidant en Allemagne ou en Europe.

L’EFFET COUPE DU MONDE SUR LES TOGOLAIS D’ALLEMAGNE
À l’exception de ceux qui craignant l’exploitation politicienne de la participation des Éperviers au Mondial, ont préféré rester à l’écart, la magie du football s’était emparée des Togolais de la diaspora et en particulier de ceux d’Allemagne. Même certains opposants avaient accepté une trêve et le consensus engendré par l’évènement. Il y en a même qui, au nom de la magie du football, ce sport qui injecte les mêmes sensations aussi bien à la victime qu’aux bourreaux, s’étaient transformés en coursier de Rock et ou qui se montraient prêts à dresser leurs habits pour servir de tapis rouge au cas où Faure…venait prendre part à ce qui au départ aurait dû être une fête. Cette attitude peut paraître normale car loin de la terre natale, de la patrie mère, pourquoi ne pas s’accrocher à certains symboles venus du pays?

Mais c’était mésestimer que depuis, il n’y a plus de symboles qui n’appartiennent au clan Gnassingbé. Sinon, comment expliquer la gestion personnelle et calamiteuse de ce séjour des Éperviers en Allemagne, par Rock? Nous ne le dirons jamais assez, le Togo a cessé d’être un État. Il est une propriété des Gnassingbé. Rock l’a brillamment démontré. Chaque Gnassingbé peut faire de la parcelle qu’il a choisie et qu’il occupe, ce qu’il veut.
Résultat, certains Togolais d’Allemagne qui se sont engagés dans cette aventure qui aurait pu être belle et mémorable, se mordent aujourd’hui le doigt. Depuis les gaffes répétées de la délégation, ils ont honte pour leur pays et pour l’Afrique. Ils sont contraints de marcher la tête baissée, de raser les murs où de se livrer à des contorsions verbales pour répondre à toute une avalanche de questions sur le fonctionnement de l’État togolais, pour ceux qui croyaient en l’existence de celui-ci. Maintenant, dans tous les coins d’Allemagne et du monde, on connaît le Togo, son drapeau, mais aussi on sait que son régime et ses responsables de fait utilisent des recettes et des méthodes d’un autre âge.

ROCK: DÉMISSIONNER OU ÊTRE LIMOGÉ…
Le cas Rock. Le cas de l’omniprésent président de la FTF est depuis, devenu un cas d’école. La Fédération Internationale Football Association (FIFA) s’est saisi du dossier. Les millions de Togolais se sentent frustrés, méprisés et révoltés. L’ensemble des amoureux du football reste béat et ne comprend rien sur les raisons qui ont permis à un individu de se croire aussi puissant pour s’entêter autant et pour finir par jouer contre son camp. Les sélectionnés, principales victimes de l’obstination de Rock, rumine encore toute leurs déconvenues, à la fois morale et sportive. Ces sélectionnés ont osé tenir tête à Rock. Ils ont osé résister, le contredire et l’affronter. La crise de succession est donc ouverte.

Nous devons, à présent que nous avons été recalés par la faute d’une seule personne, penser à l’avenir, tirer sans complaisance les leçons de l’odyssée allemande. Or penser à l’avenir passe forcément par la démission -dans l’honneur- de Rock et de sa bande. Ou à défaut, par leur limogeage. Mais tout ceci serait trop facile et ne servirait de leçon à leurs successeurs si Rock et ses comparses ne venaient à s’expliquer sur la gestion financière et humaine de ce rendez-vous manqué. Les Togolais, où qu’ils se trouvent, doivent se mobiliser afin que la lutte contre l’impunité doit déjà commencer dans le sport, plus précisément par la FTF.

Allemagne, 27 juin 2006
Bassirou Ayéva