26/06/2022

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ÉCHOS DE LA CONFÉRENCE-DÉBAT DE LIÈGE : POUR UN BOYCOTT MASSIF DE LA FARCE ELECTORALE

A l’occasion de la commémoration du douzième anniversaire du 5 octobre, et en droite ligne de la mobilisation patriotique contre la dictature qui sévit au Togo, le CLAN (Club Liégeois des Artistes Noirs) en collaboration avec le GEPAN (Groupe d’Entraide aux Populations d’Afrique Noire) et le CAR-Belgique ont organisé une conférence-débat autour du thème de « L’ALTERNANCE POLITIQUE AU TOGO » au siège du CLAN à Liège le 12 octobre 2002. Cette conférence a permis de faire le point sur la situation des Droits de l’homme, de la Liberté de la presse et de l’organisation des Élections législatives anticipées prévues pour le 27 octobre 2002 au Togo.

Après son mot de bienvenue, le modérateur de la soirée et représentant pour l’Europe et l’Amérique du FLNC (Front de Libération Nationale du Congo), Monsieur Ambroise Kalabéla a brièvement rappelé l’importance des événements du 05 octobre dans la lutte de la jeunesse togolaise et dans le déclenchement du processus de démocratisation au Togo.

Les changements démocratiques dont aspirait le peuple n’ayant jamais été entendus ni respectés par les dirigeants, les thèmes abordés au cours de la soirée prenaient tout leur sens et c’était au premier orateur, M. Inoua Kodomalo qu’échut l’honneur de faire part de la situation catastrophique des Droits de l’homme au Togo.

Partant d’une comparaison saisissante entre les incessantes violations des Droits de l’homme au Togo à l’holocauste juif, M. Kodomalo est allé puiser dans la tradition de l’école de Frankfurt où, selon Théodor Adorno, « la sempiternelle souffrance a droit à l’expression, et le torturé le droit de crier ». Crié a-t-il ajouté c’est ce qui est encore en notre pouvoir car nous sommes sans armes face à l’armada du Général Eyadema et à sa garde prétorienne.

M. Kodomalo exposa ensuite les témoignages faisant état de diverses techniques de tortures et de traitements les plus dégradants en vigueur au camp Landja à Kara, ville natale du chef de l’Etat, sous le commandement de son fils aîné, Ernest Gnassingbé. Ces témoignages ont été publiés, entre autres, par les sites d’information de la diaspora togolaise notamment letogolais.com. Se referant aux nombreux rapports d’Amnisty International, M. Kodomalo a clairement démontré la responsabilité du régime d’Eyadema dans les nombreux cas de graves violations des droits de l’homme au Togo.

Qu’importe, a-t-il poursuivi, nous continuerons à dénoncer les forfaits de la dictature au Togo aussi longtemps que notre vaillant peuple n’aura pas recouvré la liberté qui lui a été arrachée depuis 37 ans. Il a enfin conclu avec cette phrase de Walter Benjamin : « l’espoir nous est donné à cause de ceux qui sont sans espoir », faisant allusion à tous ceux qui morts dans la lutte âpre que nous menons contre la dictature, pour la libération de la terre de nos aïeux.

Vint ensuite le tour de M. Philippe Amédodji, Secrétaire Général du CAR-Belgique, de démontrer qu’au même titre que les violations massives des droits de l’homme, les entraves à la liberté de la presse s’inscrivent dans une stratégie globale d’anéantissement de la pluralité d’opinions nécessaire au débat politique dans tout État de droit.

Faisant référence à la charte des Nations Unies qui considère que « les peines d’emprisonnement pour des délits de presse sont des cas de violation des droits de l’homme », M. Amedodji a rappelé et dénoncé le procès inique qui a précédé l’arrestation en septembre dernier de l’opposant Claude Améganvi et de ses co-accusés.

Rappelant que le président Eyadéma fait partie de la liste tristement célèbre des « prédateurs de la liberté » dressée par Reporters sans frontières, M. Amédodji a dénoncé le durcissement de l’acharnement du régime contre les organes de presses privées locales. En effet, après avoir, sans succès apparent, essayé de museler la presse privée par des atteintes à l’intégrité physique des journalistes et de leurs outils de travail, le régime a promulgué le mois dernier une loi liberticide qui autorise le Ministre de l’intérieur à procéder à des saisies fantaisistes des publications, sans l’avis de la justice, et à déclarer le cas échéant en faillite financière les journaux dérangeants qui, malgré les pertes occasionnées par les saisies répétées, continueraient toujours à dénoncer les abus et dérives du régime. Enfin, le nouveau code de la presse va jusqu’à réclamer des peines d’emprisonnement allant jusqu’à 5 ans pour des propos qui seraient jugés désobligeants à l’endroit du chef de l’État.

Dénonçant les cas de brouillage de chaîne de Radio et de censure de certains sites Internet d’informations de la diaspora (diastode, togoforum, letogolais, togoinfo, aïeux etc…), M. Amédodji a mis en garde contre les dangers de la disparition de la presse privée dans le débat pour l’avènement d’une vraie démocratie au Togo.

Enfin, le dernier exposant, M. Justin Alofa, Président du GEPAN s’est penché sur le troisième sujet de la soirée qu’est l’obstination du régime à organiser des élections législatives au Togo le 27 octobre prochain. Pour M. Alofa, il n’est aucun doute, qu’une fois de plus, ces législatives ne seront ni libres ni transparentes parce que s’inscrivant dans les vieilles habitudes du régime à fuir le verdict populaire et à s’évertuer à gagner contre lui-même.

Faisant allusion au tableau sombre dressé par les précédents intervenants en matière des violations des droits de l’homme et du harcèlement de la presse privée, M. Alofa a affirmé que le Togo sous la dictature d’Eyadema n’est nullement un Etat de droit mais un Etat policier et brigand qui, par lâcheté se refuse à organiser des élections démocratiques dignes de ce nom.

Afin de démontrer les nombreuses concessions faites au régime par l’opposition, M. Alofa a rappelé les conditions d’élection de M. Eyadema en 1993 et surtout en juin 1998 et la manière rocambolesque dont il a fait arrêter en 1998 le décompte des voix alors qu’il appréhendait sa défaite face au candidat de l’UFC M. Gilchrist Olympio. Justifiant le refus de l’opposition de participer aux législatives de mars 1999 qui s’en sont suivi, il a ensuite expliqué l’esprit des accords cadre de Lomé (ACL) sous l’égide de la communauté internationale, et la mise sur pied du Comité paritaire de suivi (CPS). Il a poursuivit en expliquant et en analysant les grandes lignes des ACL, parfois en défaveur de l’opposition pour montrer, malgré tout, la part de bonne volonté de l’opposition dans les concessions faites au régime dans le souci d’abréger les souffrances de la population.

Poursuivant dans le même registre, M. Alofa a expliqué que CPS a adopté un code électoral consensuel qui fut promulgué par M. Eyadema. Mais, a-t-il poursuivi, par mauvaise foi, M. Eyadema a, comme dans ses habitudes, parjuré les engagements qu’il avait pris en demandant à son assemblée monocolore de modifier unilatéralement le code électoral consensuel d’une part et de l’autre de remplacer la Commission électorale nationale indépendante (CENI) par un comité de 7 magistrats tous issus de la mouvance présidentielle.

Dans une analyse destinée à dénoncer le plan de M. Eyadema et de ses courtisans, M. Alofa a accusé le régime militaire d’Eyadema de chercher à organiser un simulacre d’élections législatives afin de pouvoir s’assurer du forfait qui pourra permettre à ses partisans à la prochaine assemblée monocolore de modifier l’article 59 de la constitution qui interdit au dictateur Eyadema de briguer un autre mandat présidentiel après 2003.

Pour M. Alofa, les pseudos opposants collaborationnistes taillés sur mesure par le régime pour faire diversion et surtout pour tromper l’opinion internationale doivent être dénoncés et se tenir prêts pour répondre de leur responsabilité dans la souffrance imposée au peuple.

Rappelant que la libération du Togo ne pourra se faire que par une lutte implacable de toutes les forces vives de la Nation sous la forme d’une mobilisation populaire, le Président du GEPAN a finalement conclu par un appel à la population togolaise à braver les menaces et intimidations du régime par des voies démocratiques dont elle dispose, à ne pas retirer leurs cartes d’électeurs et à boycotter très massivement la farce électorale du 27 octobre 2002.

Fait à Liège, le 14 octobre 2002
Harlem Ekoué