25/06/2022

Les actualités et informations générales sur le Togo

Ensemble pour un Togo libre, uni et prospère

Togolaises, Togolais,
Mes chers Compatriotes,

C’est après de longs mois de réflexion que j’ai décidé de vous adresser le présent message, non que je veuille imiter certains ténors dissidents du Rassemblement du Peuple Togolais (RPT) dont les déclarations avaient récemment défrayé la presse mais tout simplement, parce ce que l’heure a sonné pour qu’une nouvelle impulsion soit donnée à l’héroïque lutte de libération que mène le peuple togolais contre la dictature sanguinaire, la plus vieille et la plus sournoise du continent africain.

Si nous jetons un bref regard rétrospectif sur l’histoire de notre lutte depuis les glorieux événements du 5 octobre 1990 dont nous venons de commémorer le 12ème anniversaire jusqu’au 27 octobre 2002, force est de constater que l’opposition déchirée par des querelles intestines, manquant d’imagination créatrice et de courage, a perdu la majeure partie des acquis de la Conférence Nationale Souveraine et qu’elle assiste impuissante voire complice, parce qu’elle n’a pas fait de bons choix aux bons moments, à la destruction massive du pays.

Cependant, une lueur d’espoir naquit dans le cœur des Togolais lors du scrutin présidentiel du 21 juin 1998 qui permit au peuple de s’exprimer massivement pour le changement et en faveur du candidat Gilchrist Olympio, président de l’Union des Forces de Changement (UFC) Le coup de force électoral fait par les généraux de la dictature brisa net cet espoir et sa lueur allait au fil des jours s’assombrir dans les méandres de l’Accord Cadre de Lomé (ACL) pour s’y éteindre définitivement après la mascarade électorale du 27 octobre 2002.
La responsabilité de l’échec de cet accord de dupes que certains partis d’opposition n’ont jamais approuvé tels que la Convention Démocratique des Peuples Africains – Branche Togolaise (CDPA-BT), le Comité Togolais de Résistance (CTR), le RNDP, incombe entièrement et personnellement à Eyadéma. Le facilitateur allemand fut le premier à mettre en cause l’exécutif togolais. L’Union Européenne et l’opinion internationale lui emboîtèrent le pas et condamnèrent le renvoi de la Commission Électorale Nationale Indépendante (CENI) et la modification unilatérale du code électoral.

Après deux ans de retard, les élections législatives anticipées eurent finalement lieu le 27 octobre en dehors de l’ACL aux conditions d’Eyadéma, c’est à dire dans une totale opacité et un verrouillage complet. Cette mascarade électorale, boycottée par l’ensemble de l’opposition démocratique, permit aussi de concrétiser la décision prise avant ce scrutin de partager les sièges entre le parti dictatorial et ses clones regroupés au sein de l’opposition dite constructive (7 sièges). Ces élections législatives marquent, d’une part, l’inhumation de l’ACL et de l’autre, le début des manœuvres visant à perpétuer le régime dictatorial soit par la «réélection» d’Eyadéma soit par la mise en place de l’un de ses dauphins, pourquoi pas l’un de ses fils! La dynastie du clan Eyadéma serait ainsi préservée.

Mes chers compatriotes, pour bien comprendre le sursaut national que notre pays attend de nous, nous devons constamment avoir à l’esprit que nous combattons un système dictatorial et non un système démocratique dont le chef:
· est venu à la politique par un coup d’État terroriste et s’est incrusté au pouvoir depuis 1967 par la terreur, c’est donc un terroriste;
· s’est livré et se livre à de très graves violations des droits de l’homme dont certaines sont assimilées à des crimes contre l’humanité selon de nombreuses organisations internationales de défense des droits de l’homme, y compris la commission conjointe ONU / OUA des droits de l’homme sur le Togo, c’est donc un grand criminel;
· en confiscant la victoire de juin 1998 à la faveur d’un hold-up électoral, il s’est placé dans l’illégalité. Il est illégal et illégitime, c’est donc un usurpateur;
· en organisant des trafics d’armes et de diamants avec certains pays africains en guerre, il a violé les résolutions de l’ONU. C’est donc un trafiquant sans scrupules, peu respectueux de l’éthique internationale;
· est un pyromane, tant dans le pays que dans la sous région. La volonté de ses parrains de faire de lui un pompier dans les conflits régionaux est un échec;
· est responsable du chaos économique du pays et de la misère des Togolais par sa mauvaise gestion, son incurie et ses prédations financières.
Toutes ces différentes facettes réunies prouvent que le régime tyrannique instauré par Eyadéma depuis plus de 35 ans est démoniaque, c’est un régime d’exception qu’il faut détruire avec des moyens exceptionnels.
Les partis signataires de l’ACL n’ont pas intégré dans leur vision cet aspect si fondamental de notre lutte. Aussi les stratégies et les tactiques appliquées par les leaders avant ou dans le cadre de cet accord ont-elles fini par plonger le peuple dans la léthargie, le découragement, le désintéressement voire la résignation.

Par delà le respect que je leur dois dans les liens de fraternité, par delà l’amitié qui me lie à certains d’entre eux et malgré leurs compétences dans d’autres domaines, je déclare que, au stade actuel de notre lutte et dans l’intérêt supérieur de la nation, les leaders des partis signataires de l’ACL ne sont pas les hommes de la situation. Je leur demande, par conséquent, en toute humilité, de se mettre au service de la lutte tout en attendant le moment venu de briguer le mandat présidentiel à la faveur d’un scrutin transparent, libre et démocratique.

Pour l’heure, la lutte exige l’émergence d’hommes nouveaux, de vrais tacticiens et de véritables bulldozer pour faire sauter le verrou qui empêche le peuple d’être libre, fier, heureux et maître de son destin.

La lutte contre une dictature n’est ni un bazar, ni une soirée de gala, ni un cénacle de gens bien-pensants et elle ne peut se dérouler dans un espace clos d’une salle de conférences où l’on est à l’affût du perdiem.

Elle est d’une haute exigence en tout et à tout moment. Elle demande l’engagement total des ressources matérielles, financières, humaines, spirituelles et d’une unité de commandement. C’est à ce prix que notre victoire sera obtenue en peu de temps.
Pour ce faire, nous devons mettre fin, au plus tôt à la chienlit de papa qui règne au sein de l’opposition et au militantisme de loisir – j’emprunte cette dernière expression à Micheline Randolph – qui s’y est développé à l’intérieur et, surtout, à l’extérieur du pays.
Nous devons nous élargir constamment, nous réorganiser, nous unir pour déployer notre lutte de libération nationale.
C’est en épousant le génie et les aspirations profondes du peuple et c’est en étant convaincants et résolument combatifs, que nous arriverons à élargir notre base afin de renforcer notre lutte. Nous chercherons à provoquer et à encourager la dissidence au sein du RPT et la désertion dans les rangs ennemis, de manière à saper le moral et à effriter les bases du parti-État qui, rappelons-le, est un parti dictatorial non réformable et non démocratisable.
Il est illusoire cependant de penser que le salut national vienne de la dissidence, celle-ci devrait au plus être considérée comme une antichambre de l’opposition. Un pas de plus reste donc à faire par ceux qui viennent de s’éveiller à la conscience citoyenne et des droits de l’homme pour être pleinement admis dans l’opposition. J’approuve, en passant, l’attitude courageuse de Dahuku Péré, d’Agbéyomé Kodjo et de leurs amis. Je les invite à persévérer et à progresser dans leur nouvelle voie.
S’il est important de nous élargir et de nous réorganiser, il est également important d’unir nos forces. Le 25 octobre qui vient de voir la naissance de la Coalition des Forces Démocratiques (CFD), après de nombreuses années de divisions et de rivalités, restera mémorable dans l’histoire de notre lutte si la nouvelle union évite les tares du passé qui ont asphyxié les différents COD et la coalition CAR-UTD.
Je crains fort que la structure dont s’est dotée la CFD soit tournée plus vers la gestion administrative d’une situation donnée que vers la création de nouvelles conditions visant à renverser le régime autocratique et à promouvoir un vrai changement. Et cela se reflète dans l’objectif prioritaire énoncé dans l’acte constitutif; «La fin du système RPT et le départ du Chef de l’État au plus tard en 2003».
Bien que cet objectif prioritaire ait reçu l’approbation de tous les partis d’opposition, il convient cependant de faire quelques observations pour éviter au peuple togolais l’illusion amère que représenterait une continuité dans le changement.
Je voudrais tout d’abord rappeler que la chute d’un dictateur, à moins que celui-ci ne soit impliqué dans un conflit régional ou mondial, ne dépend pas de l’extérieur mais du peuple qu’il opprime. Cette chute dépend donc du rapport de forces et de la stratégie que l’opposition est capable de développer.
a) La stratégie de la CFD est axée sur l’ACL qui reconnaît la «légitimité» du Chef de l’État jusqu’à la fin du mandat présidentiel en juin 2003. Cela veut dire en clair que rien ne changera avant cette date, même si la CFD a déclaré dans le communiqué de presse du 25 octobre 2002 que l’élection présidentielle de juin 1998 est un coup de force!
Or, le régime tyrannique après avoir répudié puis assassiné l’ACL, l’a définitivement enterré le 27 octobre en procédant à un nouveau coup de force par l’organisation unilatérale des élections législatives.
La nouvelle législature sortie de la mascarade électorale du 27 octobre est une fille illégitime d’un père lui aussi illégitime. Tous les deux doivent être combattus avec fermeté dès maintenant. La CFD doit comprendre qu’il faut établir au plus vite l’acte de décès de l’ACL et exiger le départ immédiat du Chef de l’État.
L’utilisation d’une stratégie qui se situe dans le passé ne peut en aucun cas provoquer un changement dans le futur. Ce qui est mort est mort!
b) L’appartenance du courant des réformateurs du RPT à la CFD risque d’effacer la ligne de démarcation entre les deux camps qui s’opposent et d’engendrer une terrible confusion mentale dans les rangs de l’opposition. Comment peut-on vouloir la fin du système RPT et avoir dans la Coalition des Forces Démocratiques des représentants du parti-État?
Je pense que si la dissidence, qui n’est qu’un courant du RPT, veut faire partie d’une coalition des partis d’opposition, elle devra nécessairement devenir un mouvement ou un parti politique complètement indépendant du RPT et porter un autre nom. Dans le cas contraire, la dissidence pourrait seulement participer à des opérations ponctuelles initiées par l’opposition.
c) La fin du système RPT, en tant que parti-État, est un corollaire du «départ du Chef de l’État» L’un ne va pas sans l’autre. Mais rien ne nous garantit contre l’émergence d’un nouveau parti majoritaire à tendance dictatoriale!
Nous devons rester vigilants car notre lutte n’est pas faite pour avoir moins de dictature ou pour créer une démocratie restrictive. Notre lutte défend les aspirations profondes du peuple et elle doit aboutir nécessairement, pour que notre société soit viable, à la démocratie la plus large possible, à la liberté et aux respects des droits de l’homme et du citoyen.
C’est pourquoi, je voudrais proposer ci-dessous une plate-forme minimale à tous les partis d’opposition. Je les exhorte à l’adopter et à s’engager formellement et fermement à son respect pour réaliser enfin l’union sacrée, salvatrice et rédemptrice de la Terre de nos Aïeux:
1°) départ du général Eyadéma;
2°) restauration de l’État de droit;
3°) respect des droits de l’homme;
4°) réconciliation nationale.

Pour faire avancer la lutte, il est temps que l’opposition parle d’une seule voix, haute et ferme, et mette la pression maximale sur le régime. Pour ce faire, il conviendrait à mon avis qu’elle crée une structure au-dessus des partis, représentative de la société, combative et qui serait l’organe suprême de la lutte pour faire triompher les aspirations profondes et l’intérêt général du peuple. Cette structure pourrait porter le nom de «Comité National de Salut Public» (CNSP) et sera l’émanation des partis signataires de la plate-forme minimale réunis au cours d’une table ronde extraordinaire.
La tâche essentielle de ce Comité sera d’organiser, de diriger et de représenter la lutte. Le CNSP et les partis signataires seront en parfaite symbiose. Ils définiront ensemble la ligne politique et les différentes stratégies à mettre en œuvre pour l’accomplissement de la victoire. Les décisions du CNSP seront appliquées par les partis qui sont des émanations du peuple en lutte.
La composition du CNSP sera volontairement restreinte pendant la lutte pour des raisons de sécurité et d’efficacité. Elle sera rapidement étoffée le jour même de la victoire pour lui permettre de devenir l’organe exécutif de la transition.
La Période Transitoire durera environ 1 an. Elle sera nécessaire pour préparer le retour à la démocratie et les élections législatives et présidentielle qui auront lieu de préférence à la même date dans un délai d’environ un an au maximum.
Le CNSP prononcera la déchéance de l’usurpateur, la dissolution du parlement et convoquera dans un bref délai les États Généraux.
Les États Généraux rassembleront les partis signataires de la plate-forme minimale, les autres partis d’opposition, les mouvements associatifs de la société civile et la dissidence du RPT ayant effectivement contribué à la chute de la dictature.
Les États Généraux évalueront la nouvelle situation du pays, définiront les tâches urgentes, feront établir un audit, éliront les membres du Haut Conseil de la République, désigneront les membres de la Commission Électorale Nationale Indépendante et proposeront une liste de noms au HCR et au CNSP pour le renouvellement de la Cour Suprême et du Conseil Constitutionnel.
Le HCR sera l’organe législatif de la transition; il veillera en outre sur l’application de la plate-forme.
Je tiens à donner ici une précision sur le 4ème point de cette plate-forme. La volonté de réconciliation nationale ne devra en aucun cas entraver l’action de la justice contre les principaux auteurs de violations des droits de l’homme et/ou de crimes économiques.
La justice, devenue indépendante, respectera les normes internationales relatives aux procès. Elle respectera les garanties nécessaires à la tenue de procès équitables.
Oui, mes chers Compatriotes, cette victoire dont je viens de parler est possible. Elle est certaine! Elle est à portée de main et son acquisition définitive ne dépend que de nous. Nous pourrons la cueillir maintenant si nous voulons respirer la liberté à pleins poumons ou, par lâcheté, la reléguer aux calendes grecques si nous voulons rester dans la servitude en respiration artificielle.
A l’aube du 3ème millénaire, nous aurions vécu inutilement si, au crépuscule de notre vie, avant de rendre l’ultime souffle, nous nous n’étions pas débarrassés de cette gangue dictatoriale, néo-coloniale et nauséabonde qui nous empoisonne depuis plus de 35 ans.
La victoire est certaine, mes chers compatriotes! Debout tous! Certes, pour vaincre, notre lutte, mue par les valeurs universelles qu’elle incarne, peut compter sur l’appui de certains pays, mais elle n’est pas là uniquement pour plaire aux étrangers; elle doit s’occuper des affaires du peuple et prendre en compte ses intérêts et ses aspirations.
Elle est rendue invincible par les forces que lui génère constamment la Terre de nos Aïeux. Elle est rendue invincible par le soutien que lui donne le Très-Haut, le Dieu de Moïse qui délivra de l’esclavage, en Egypte, le peuple d’Israël et qui délivre de toute servitude tout peuple, pourvu qu’il ait foi en Lui. Ce Dieu, qui créa l’homme libre et à son image, est au-dessus du pseudo-dieu du néo-colonialisme qu’invoquent chaque jour le tyran et ses acolytes.
Oui, aujourd’hui, mes chers compatriotes, je fais don de moi à la Terre de nos Aïeux qui m’enfanta, me nourrit, me vêtit, m’éduqua, m’enseigna la démocratie dès le berceau, me secourut des griffes acérées de la dictature, pensa mes plaies et m’entoura d’amour aux heures les plus chaudes de ma vie. Quoi donc de plus logique et de plus reconnaissant que de ramasser, dans un élan filial et citoyen sur-le-champ de bataille, le flambeau tombé des mains de nos martyrs et de l’arborer bien haut afin de rassembler le peuple togolais démuni et ravagé dans son esprit, son âme et son corps par la dictature!
Une fois la patrie libérée, les Togolais réconciliés entre eux et avec eux-mêmes, le pays réconcilié avec les nations qui, pour préserver leurs intérêts égoïstes, avaient cru bon de soutenir, armer et financer la dictature, je m’engage, dès maintenant, devant vous tous à me retirer de la scène politique nationale pour me consacrer uniquement à des œuvres humanitaires.
Les Togolais seront appelés, en temps opportun, à élire dans une totale transparence démocratique leurs candidats. Les élus devront être de vrais serviteurs pour engager notre pays dans de profondes transformations et mutations dans tous les domaines afin de réaliser le grand dessein auquel nous convie notre hymne national c’est à dire faire du Togo, l’or de l’humanité, solidaire et en paix avec le reste du monde. Le but de notre société est le bonheur commun.
C’est à ces conditions, mes chers compatriotes, que tout un chacun pourrait exprimer librement la magnificence de son être et exceller en tout. C’est le vœu le plus cher, le plus absolu que je formule en ce moment même à nous tous, sans aucune exception et à la nation entière.
Mais le chemin est encore long pour parvenir à ce but. C’est à nous seuls de le tracer, collectivement et individuellement!
Tenons-nous vaillamment debout, donnons-nous la main et luttons sans défaillance! Nous deviendrons tous des héros grâce à nos propres actions que nous aurons faites.
Gloire à nos martyrs!
Tous unis pour le bien de tous!
Ensemble pour un autre Togo, un Togo libre, uni et prospère!

La victoire est aussi certaine que le lever du jour!

Fait à Colmar, France, le 28 novembre 2002
Dr Antoine Ati Randolph