28/09/2022

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Hommage à M. Atsutsè Kokouvi Agbobli

Mon frère Atsutsè, symboliquement, je te dédie ces trois citations pour t’accompagner et éclairer celles et ceux qui se sont levés en ce jour amer, en ce jour en larmes, en ce jour du malheur, ce jour où nous avons appelé effarement, nos amis, nos familles pour leur annoncer ta mort. Je mesure cette difficulté dans les voix en sanglots, ces souffrances diffuses, interrompues, ces pleurs, ces lamentations.

Voyage avec ces citations de Thomas Jefferson : « Une petite rébellion de temps en temps, c’est comme un orage qui purifie l’atmosphère.» «Si tu es prêt à sacrifier un peu de liberté pour te sentir en sécurité, tu ne mérites ni l’une ni l’autre.» « Le prix de la liberté c’est la vigilance éternelle »

Chacun à notre manière, nous sommes restés là, esseulés, accompagnés désormais de ta seule absence, de tes écrits, de tes émissions à la radio ou sur les plateaux de télévisions. Et ce sont les interminables secondes, ce très long jour sans nuit. Permets-moi d’emprunter cette expression symbolique de Sylvanus Olympio « Sentinelle que dis de la nuit, elle est longue mais le jour viendra » où tu verras ton Togo libre, heureux, construit, où beaucoup de Togolais auront un travail, se parleront et se donneront la main.

Ton rêve ne sera pas mort avec toi, tes écrits seront là pour édifiés, comme Tavio Amorin. Tu es parti sans dire au revoir à tes frères, tes amis, mais nous t’avons adopté, comme tel, car c’est cela la tolérance, le respect des autres et la liberté absolue de la conscience. Tu as semé sur ton chemin la compétence en s’engageant politiquement non pas seulement dans ton pays d’origine le Togo, mais sur le continent africain.

Mon frère ATSUTSE dans quelle direction es-tu allé ?

Celle de la fraternité, de l’union, de la paix, de la colombe et du développement de notre pays, de notre Afrique ? Ambitieux, tu voulais seulement éduquer ton peuple à travers tes écrits, tes prises de paroles, ta présence dans les émissions. Construire c’est proposer, tu as construit en écrivant, en proposant, en critiquant en éveillant les consciences nationales et internationales.

C’est ce jour, pourtant, qui peu à peu va se remplir de tes souvenirs ( rieur, espiègle, moqueur, sérieux, grave, rêveur, absorbé, pensif, attentif, précis, de souvenirs qui surgiront sans prévenir, au détour d’une page, d’une musique, d’un image, en traversant une page de tes écrits, en t’écoutant et qui deviendra dès lors chaque fois un tout petit peu plus supportable, sans toutefois jamais parvenir à regagner sa parfaite intégrité, sa plénitude, toujours marqué par ce vide, cette absence, cette cicatrice de la perte d’un ami.

J’ai connu Atsutsè Kokouvi Agbobli en France à Paris où il m’a dédicacé LE DESTIN TRAGIQUE de Sylvanus Olympio qui était paru depuis quelques années. Il pensait jeter les bases d’un édifice nouveau qui donnerait accès aux textes fondateurs de l’histoire du Togo, de la quête d’Ablode. Rendre hommage aux anciens, aux héros de l’indépendance et poser la fondation d’une vraie réconciliation nationale entre les fils du pays. Il voulait selon son expression parcourir le Togo et l’Afrique et se sentir togolais partout, ainsi qu’africain partout.
Son édifice grandissait, prenait de la hauteur. ces pierres immatérielles, qui étaient devenues sa « fierté », son journal, ces publications, je veux parler de ces écrits auxquels il consacrait un temps infini, et qu’il alimentait chaque jour en textes nouveaux. Ainsi l’édifice, inauguré avec les lourdes pierres immatérielles et avec des volumes de paroles, avait en quelques années atteint les hauteurs, et pourrait grandir encore. «Je suis vraiment désolé pour toi que tu sois parti laissant inachevé une œuvre unique, dont il n’est pas exagéré de dire qu’elle a transformé le paysage politique Togolais et Africain, ou plutôt transformé la vision que nous pouvions nous faire de la politique, de ses textes fondateurs et de sa philosophie.
Par ton travail, tu as indiqué des voies : la première, que tu as parcourue en éclaireur, en véritable guide, est celle du retour indispensable à la dignité Africaine à mesure des années. il n’était plus suffisant pour toi de dire simplement ce qu’il « voulait dire » mais en le symbolisant par ton prénom « Atsutsè ».
En nous quittant brutalement tu as semé la tristesse dans la chaleur de notre être. Cette tristesse se place en rideau en ce moment contre le soleil de tes amis, de ta famille et les envahie à cor et à cri.
Il appartient aujourd’hui aux habitants de ton village, de ta famille politique, à tes amis, admirateurs, sympathisants et aux africains qui partagent ta conviction politique, ta dignité africaine de pleurer et de dire une oraison funèbre pour saluer ta mémoire et prier pour la paix de son âme.

Jacob ATA-AYI