26/05/2024

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ORAISON FUNEBRE à Faith Ayélé GABA dite Fafa

Va, va en paix Dada, tu vas nous manquer… Fafa 

Fafa, la nouvelle de ta disparition nous a cueillis à froid, sonnés et ébranlés dans les fibres les plus secrètes de nos cœurs, un peu comme si, après avoir vécu avec toi toutes ces années, partagé avec toi toutes ces expériences, ces joies ineffables et ces peines aussi, nous avions fini par croire que ta voix, ton sourire si juvénile, et ta chaleur seraient toujours là. Aussi avertis que nous soyons, spirituellement et physiquement du caractère éphémère de nos existences, te voir t’en aller aujourd’hui est une coupe décidément trop amère à laquelle nous sommes conviés à boire. C’est comme si certains d’entre nous réalisaient à quel point ta présence lui était familière, exceptionnelle et toute particulière.

Mais dans ta foi chrétienne, dont tu te réclamais d’ailleurs avec une fierté non dissimulée, nous puisons, au moment où tu nous quittes, les ressources pour supporter l’inacceptable : l’irruption de la mort, nous la comprenons un peu, quand elle arrive au terme d’une longue vie, ou d’une maladie particulièrement grave ; mais quand elle frappe une personne débordante d’énergie, de disponibilité et qui avait encore tant à donner, comme tu l’étais, le scandale qui nous étreint devant chaque départ devient plus cruel encore, l’événement plus incompréhensible, l’horreur plus profonde. Le cri de Job, « je sais que mon libérateur est vivant », est un cri d’espérance, une expression particulièrement forte qui traverse nos consciences en ce jour difficile, et qui symbolisait toi-même la résilience avec laquelle tu acceptais que « tout ce que Dieu fait est bon ».

Chère Sœur, de tes parents John Ayité GABA et d’Ita Maria LOPEZ qui t’ont donné le jour à Dakar le 12 avril 1955, tu as retenu les paradigmes d’une éducation rigoriste axée sur les valeurs d’un protestantisme ouvert, d’une spiritualité qui n’était ni un coffre-fort, ni une cathédrale hermétiquement fermée, mais plutôt un espace de rencontre, de partage et de convivialité. C’est certainement pourquoi, l’empathie était, comme beaucoup de ceux qui t’ont connue, côtoyée, ou même découverte sur le tard, s’accordent à le reconnaitre, le trait le plus structurant de ta personnalité.

Une question s’est souvent posée à propos de la constance de ton attitude : ta foi chrétienne a-t-elle été au fondement de ta personnalité si attachante, ou au contraire c’est plutôt ta manière d’être qui a densifié les jalons d’un dévouement sans relâche à ton Dieu ? Les deux réponses sont recevables dans une proportionnalité équilibrée, lançais-tu encore récemment dans une des formules énigmatiques dont tu avais le secret.

Si on affirme souvent que le service des autres prend des formes variées suivant les particularismes et la vocation de chacun, chez toi, il a pris le visage de l’amour et de la générosité. Tu nous as marqués, chère sœur, oui, marqués à l’encre indélébile de ton extraversion, et de ta soif inextinguible d’aller voir quelqu’un, de lui témoigner de ta chaleur de l’entourer de ta gestuelle réconfortante, quelques fois au prix d’incessants voyages que tu effectuais dans de nombreux pays de par le monde. Que de fois ne t’avons-nous vue, toutes affaires cessantes, improviser un déplacement sur une distance conséquente, juste parce que tu t’inquiétais pour un frère, une relation dont tu n’avais pas des nouvelles ? Sans compter le point d’honneur que tu mettais à sacraliser la fidélité et la loyauté vis-à-vis de ton entourage.

Fafa, comme on t’appelait affectueusement, ta vie entière s’est organisée, comme tu le disais toi-même, avec l’assurance et la certitude de ceux qui savent où ils vont, autour d’une idée-force : vivre et transmettre ta joie, et surtout assumer dans la prière la conviction selon laquelle tout puisse ne pas être fini au moment où finit cette vie, que tout puisse ne pas être effacé et perdu de ce que nous avons pu réaliser ici-bas. Ces balises vers lesquelles tu nous projetais, sont aujourd’hui, comme un feu de camp à côté duquel, ceux que tu quittes se réchauffent tels des pèlerins. L’espérance qui a caractérisé ton existence est à l’image du témoin que nous recevons, comme gage de l’amour que tu nous as toujours porté.

Le spectacle de nos visages affligés t’aurait fait indubitablement sourire de compassion, et tu nous aurais conviés à nous abreuver à la source de la confiance que tu avais en ton sauveur. Cette confiance, nous t’avons vue la manifester dans les moments les plus durs, les circonstances d’adversité, aussi bien sur un plan strictement personnel, que dans les multiples communautés chrétiennes auxquelles tu appartenais, à savoir les chorales, groupes de prières et organisations caritatives. C’est forts de cette confiance que nous prions pour toi Fafa, nos prières s’élèvent ce jour vers le Seigneur pour qu’il t’accorde l’ultime rétribution pour celle que tu as été pour nous, pour le partage de ton amour, pour ceux que tu as rendus plus forts dans le silence et en toute discrétion.

Chère Sœur, tendre amie et véritable confidente, nos supplications vers Dieu en ce jour, ne sont pas uniquement le cri irrationnel de notre chagrin, mais la traduction vibrante de ce que nous laissons monter authentiquement de nos cœurs.

L’athlète chevronnée que tu fus, au point de représenter ton pays sur le plan international, vient d’achever sa course, oui, tu t’es courageusement battue sur cette piste scabreuse qu’est la vie. Au Fond, Fafa, nous croyons intimement que tu as été heureuse, tu as aimé les gens dans l’abnégation, tu avais de la famille, des parents, des amis que tu as aimés et qui t’aimaient également.

Va, va en paix Dada, tu vas nous manquer…

Le 5 mai 2023 Lu par Karl Adadé GABA