28/06/2022

Les actualités et informations générales sur le Togo

Lettre ouverte à M. Dominique de Villepin, Ministre français de l’Intérieur

Cher Monsieur,

Je sais que vous suivez la situation togolaise de près, du moins celle de vos compatriotes sur le terrain, c’est normal, votre département est le premier concerné lorsque, comme en Côte-d’Ivoire, il a fallu les rapatrier pour les soustraire à la vindicte des populations locales manipulées ou non par des idéologues de tout poil. Je puis vous confirmer que le Togo est définitivement sur la pente de la Côte-d’Ivoire, et malheureusement, comme toujours, Paris table sur la présumée « peur » du militaire en Afrique par les populations civiles. A croire que les leçons des autres conflits n’inspirent pas un jugement clair aux politiques français. Il ne sera pas trop tard au Togo, il est déjà trop tard au Togo, les cyniques diront que c’est normal, un système dictatorial ne cède jamais, on le fait tomber, par les armes s’il le faut. Nous y sommes, et il faut le dire haut et fort au monde, même à M. Kofi Annan qui joue au formaliste une fois de plus après avoir reconnu son erreur d’appréciation dans le génocide rwandais. Quel gâchis, la France a, avec le Togo,une belle occasion de montrer son savoir-faire diplomatique, elle a préféré jouer les attiseurs de tension! Une fois de plus, la France met ses compatriotes en danger, pour des clous, pour un apprenti politicien comme Faure Gnassingbe, dont le seul mérite est d’être le fils d’un « ami personnel » du président des Français, et d’avoir serré la main aux plus grands chefs d’entreprise français et étrangers durant sa présence à la tête d’un des plus grands ministères du Togo ! Il y a mieux me semble-t-il, mais nous vivons des temps pas possibles, où la morale a fui le jugement des politiques.
Il y a un mois, j’ai écrit à un poète, je dis bien au poète, pas au Ministre de l’Intérieur de la République Française, pour solliciter un dialogue avec la seule personne que je crois encore capable de comprendre notre situation dans le voisinage du clan Chirac. Sa réponse à ma lettre m’a laissé sans voix. Une phrase, une seule de sa lettre, qui fait semblant de comprendre mon inquiétude:  » Cher Monsieur, (…) à l’heure où le Togo entre dans une phase nouvelle de son histoire, je souhaite vous dire toute l’attention qui est la mienne vis-à-vis de ce pays (…) ». Je m’arrête là pour commenter, de façon tout aussi lapidaire: pourquoi continuer à tenir des propos aussi secs et formels, quand on est poète, c’est-à-dire douée de cette qualité rare qu’on appelle l’intuition? Les Togolais cherchent un interlocuteur à travers la France, la France elle semble ne rechercher que des complices au Togo ! La nouvelle histoire du Togo pourrait être de sang et de larmes, ça, un poète peut le pressentir.

Quand à deux jours du scrutin qui divise le Togo, votre collègue togolais, le Ministre de l’Intérieur François Esso Boko a supplié les diplomates étrangers et la presse internationale de relayer sa proposition, à savoir l’arrêt d’un scrutin électoral qualifié de dangereux, et la formation d’un gouvernement de transition au Togo avec des sensibilités issues de tous les courants politiques, afin de réécrire la Constitution et de repartir sur des bases politiques saines; lorsque le Ministre Boko a fait ces propositions, le monde entier l’a écouté sans le suivre. Et pourtant, l’avertissement venait d’un homme de terrain et de sérail. Le pauvre Ministre lâché par tous me fait penser au Général Romeo Dallaire criant dans le désert du génocide rwandais. Et pourtant, M. Boko n’a fait que dire la vérité, et la nouvelle histoire du Togo, celle dont me parle M. de Villepin, lui donnera malheureusement raison, a posteriori. À moins que…

Comment, depuis les années 90 naissent et meurent les conflits en Afrique ? Comment la Côte-d’Ivoire, plus récemment encore, a-t-elle basculé dans la guerre civile, l’ingouvernabilité ? La question devrait être également posée à Monsieur Koffi Annan, l’actuel Secrétaire Général de l’ONU, celui-là même qui, au sortir du génocide rwandais, s’était confondu en excuses et regrets devant sa posture aveugle de politique formaliste, d’administrateur sourd aux appels de l’officier canadien, le Général Romeo Dallaire. Au Togo, comme en Côte-d’Ivoire, le changement de régime au sortir d’une dictature fait tanguer le navire d’Etat, et divise les populations locales, et l’on se plaît à écouter, presque effaré, les satisfecit des uns et des autres, devant ce qui est plus qu’une mascarade : un hold-up mafieux. Et l’on raconte partout, que la France, plus précisément Chirac, soutient les assassins du peuple togolais. Les poètes ont-ils définitivement été chassés de la Cité de Platon ? « Une larme pour la négraille » !

Kangni ALEM
Écrivain, Grand Prix Littéraire de l’Afrique Noire.