06/10/2022

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Togo : Assemblée nationale reporte in extremis ses travaux

LE RPT DIVISE SUR LE CHOIX DU FUTUR PRESIDENT DU PERCHOIR

Par Dimas DZIKODO *

Les travaux de la deuxième journée de la rentrée parlementaire prévus, selon les propos du doyen d’âge Vouley Frititi pour se plancher sur l’élaboration et l’adoption du règlement intérieur suivies de l’élection du bureau se sont achevés en queue de poisson. La séance s’est contentée simplement de mettre sur pied une commission de 7 membres (4 pour RPT: Foli Bazi Karari, Ibrahima Mémounatou, Okoulou Kantchati, Sélom Klassou ; 2 pour l’UFC : Me Ruben Doe-Bruce et Jean-Pierre Fabre, 1 pour le CAR : Me Apévon Dodji) chargée de revoir les textes du règlement intérieur.

LES RAISONS MASQUEES

De l’avis des spécialistes, bien que ces premières séances ne peuvent être consacrées aux débats contradictoires, il ne demeure pas moins vrai qu’elles puissent être consacrées à l’élection du bureau de la nouvelle assemblée. Des types de règlements intérieurs existant déjà, quelques minutes suffiraient à les dépoussiérer en vue de les mettre à jour, selon les observateurs avisés. Mais pourquoi devait-on reporter les travaux à huitaine ? De sources proches de la mouvance présidentielle, il est avancé que le parti au pouvoir, à qui revient de droit et de facto la présidence du parlement, n’a toujours pas trouvé en son sein, un terrain d’entente sur le choix de « celui qui doit présider aux destinées du parlement ».

LE MUR EST LEZARDE

Le RPT n’est uni qu’en apparence. Ceci n’est qu’un secret de polichinelle. Deux camps s’affrontent avec tact et circonspection sans, du moins pour le moment, grands dégâts collatéraux ni bavures pouvant les exposer. Il s’agit du Camp Faure et du Camp Kpatcha. Nous n’irons pas jusqu’à affirmer que ce sont des camps ennemis mais une chose est sûre, ce sont deux conceptions du pouvoir qui s’affrontent et surtout que les deux camps protègent des intérêts différents qu’eux seuls maîtrisent. Et c’est sur ce terrain que se joue le drame togolais.

CHAUDES EMPOIGNADES EN PERSPECTIVE

« Si Kpatcha est élu Président de l’Assemblée nationale, je démissionne du côté de Faure », a confié à la Rédaction de Forum de la Semaine, un proche collaborateur du Président de la République. Depuis un certain moment et quoiqu’on veuille le dissimuler au peuple togolais en sacrifiant aux cérémonies protocolaires, le torchon brûle entre ces deux camps. Point n’ait besoin de rappeler l’origine de la guéguerre liée au fait que le Chef de l’Etat, au nom d’une politique d’assainissement financière et de redressage fiscal, s’est attaqué à des forteresses économiques jusque-là imprenables, proches de son demi-frère. Là, le Chef de l’Etat a semblé être plus fort, vu sa position. Mais cela n’empêche qu’il ait fait beaucoup d’aigris dans son propre rang.

Se rendant compte de l’incompréhension dont il faisait l’objet dans « sa cour », et voyant que les législatives pourraient permettre aux « mécontents » de se repositionner, il demanda au parti d’organiser des « primaires » afin de « purifier » les rangs. Mais la mayonnaise n’a pas tellement pris et n’a fait qu’une seule victime de taille qui n’est autre que Fambaré Ouattara Natchaba. Et ici, Kpatcha Gnassingbé a joué en stratège en rassemblant tous les bouts perdus pour ériger une force qui le rend redoutable au camp d’en face.

KPATCHA GNASSINGBE EN POLE POSITION

La configuration politique de l’Assemblée nationale, pour un analyste spécialiste du parti au pouvoir, démontre que Kpatcha Gnassingbé a la main mise sur ce parlement. Certes, durant toute sa campagne électorale, il a « réclamé » une majorité « au Président Faure pour lui permettre d’asseoir sa politique de paix et d’union », et il a beau déclaré sur les ondes de RFI qu’«il n’a aucune intention de diriger le parlement»; Kpatcha Gnassingbé est toujours redouté par le camp de son frère. Or, s’il est arrivé à gravir cet échelon, c’est grâce à Faure qui, non seulement a réussi à se mettre à dos les « barons » du RPT mais n’a pas réussi à pousser son camp à la victoire. Certains députés s’étaient plaints du manque de son soutien alors que d’autres, plus alarmistes, ont affirmé qu’il est allé jusqu’à œuvrer pour leur échec. C’est ce qu’a d’ailleurs voulu dire notre confrère français « La Lettre du Continent », quand il affirma « qu’en réalité, Faure ne voulait pas une majorité absolue pour le RPT seul mais oeuvrait plutôt pour une coalition RPT-CAR pour affaiblir les ardeurs revanchardes des barons ».

Pendant ce temps, Kpatcha déployait les grands moyens, volant au secours des « sinistrés du phénomène détia ! » et ce qui était redouté arriva ! Le RPT « remporte » (sic) tous les sièges du Nord sauf un seul à Sokodé. Kpatcha Gnassingbé a raflé la mise, panique dans le camp Faure.

DIPLOMATIE TOUS AZIMUTS AU SECOURS !

Des informations de sources proches de la mouvance présidentielle font état de ce que des Chefs d’Etat de la sous-région seraient mis à contribution en vue de dissuader Kpatcha de se présenter comme candidat au perchoir. Ses proches et amis étaient sollicités de gauche à droite, mais que nenni. C’est le cas, par exemple du Gal Tidjani signalé au Gabon la semaine dernière. « De quel droit pourrait-on interdire à un citoyen, élu du peuple de briguer un poste au sein du parlement parce qu’il est un frère biologique du Président de la République ? », nous déclare un proche de Kpatcha Gnassingbé. Mais poser le problème sous cet angle risque de l’éluder. La réalité est que, pour des raisons qu’eux seuls maîtrisent, Kpatcha est redouté par le camp Faure. Or Kpatcha a l’écrasante majorité des députés RPT qui lui est acquise.

La veille de la session d’hier mercredi, les députés RPT se seraient réunis en conclave des heures durant mais la fumée blanche n’a pu se dégager. Selon des indiscrétions, bien que « Kpatcha Gnassingbé démente toute intention de diriger le parlement », ses « proches » (sic) estimeraient que « c’est lui ou personne » qui montera au perchoir. Ce à quoi s’oppose le camp Faure qui proposerait Charles Kondi Agba ou le constitutionnaliste Adji Otèth Ayassor, l’ancien Secrétaire Général de la Présidence devenu ministre des Finances en remplacement de Payadowa Boukpessi. Aucun terrain d’entente n’ayant pu être dégagé, le doyen d’âge n’a d’autres solutions que de reporter les travaux.

MAIS QUE REDOUTE-T-ON ?

La question vaut tout son pesant d’or quand on sait que, pour le commun des mortels togolais, Faure et Kpatcha ne forment que la même entité : les figures de proue du clan qui le gruge depuis environ un demi-siècle. Et c’est plutôt l’opposition qui devait redouter la montée de Kpatcha au perchoir sachant que cette situation constituerait un renfort de taille pour le clan Gnassingbé.

Mais, depuis un certain temps, des velléités et intentions putschistes sont prêtées à Kpatcha. La presse nationale et internationale a beaucoup spéculé là-dessus. Et beaucoup d’observateurs pensent que Faure redouterait que si son demi-frère devient son dauphin constitutionnel, il pourrait « légalement » le remplacer en cas d’« une éventuelle mort subite ». Le Camp Faure, tout en ne confirmant pas cette vision des choses, pose plutôt le problème sous l’angle du souci de réconciliation, ne voulant pas que les choses soient perçues comme « la famille Gnassingbé a la main mise sur le Togo ».

Ce que rejettent les partisans de Kpatcha pour qui, ce dernier est un député élu comme tant d’autres et tant qu’aucune loi de la République n’interdit à un élu d’être président de l’Assemblée pour des « raisons englobant des dimensions biologiques, il peut briguer ce poste et seuls les députés peuvent l’accepter ou le rejeter ».

Tout compte fait, l’équation demeure rude pour Faure Gnassingbé. Non seulement la maîtrise de ce parlement lui échappe, mais aussi, il ne peut pas trop tirer sur la corde au risque de voir son Premier ministre rejeté si Kpatcha réussissait à se faire élire en recevant trop de coups de sa part. Et ce d’autant plus que Faure ne saurait s’appuyer sur les députés UFC qui pourraient décider de s’abstenir, laissant « les loups se dévorer entre eux ! » Car à leur niveau, le schéma est clair : Patrick Lawson, 1er Vice-président de l’Assemblée puisque cela leur revient de droit, et Jean-Pierre Fabre sera le Président du groupe parlementaire UFC. Les jours à venir nous situeront !

* FORUM DE LA SEMAINE N°304: du 15 Nov. 2007