30/06/2022

Les actualités et informations générales sur le Togo

ANC-Togo : Principes directeurs d’une nouvelle espérance

La naissance au Togo de l’Alliance nationale pour le changement – ANC constitue l’événement qui arrive comme un véritable « pavé dans le marigot ». Dans le marigot togolais, dans le marigot africain. Le marigot togolais d’abord. Le Togo où les fondements de l’Etat de droit, de la démocratie et des libertés ont plus que jamais besoin d’être confortés et consolidés. Le marigot togolais où les grands chantiers de développement restent encore en friche avec comme conséquences l’augmentation de la misère et l’accroissement des souffrances pour le plus grand nombre de nos compatriotes. Un pavé dans le marigot du microcosme politique togolais, qui permettra, sous quelques conditions, de redistribuer les cartes sur l’échiquier politique, positivement et, espérons-le, durablement.

Un pavé dans le long fleuve africain ensuite, fleuve tumultueux où l’acronyme ANC est décliné dans l’ordre mais connoté avec quelques nuances. En Afrique du Sud par exemple, l’African National Congress – ANC de Nelson Mandela, a conduit la lutte victorieuse qui a permis au pays de sortir de l’apartheid et d’engager l’autre combat, celui du développement. En Egypte, où Mohamad ElBaradei, ancien directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), prix Nobel de la paix, leader de l’opposition égyptienne, a créé en février 2010, l’ANC, Agence nationale pour le changement dans la perspective des législatives du 29 novembre prochain et, éventuellement de la présidentielle de 2011 face, peut-être, au président Hosni Moubarak, 82 ans, au pouvoir depuis une trentaine d’années.

Au Togo, l’ANC a choisi de s’inscrire conceptuellement, sous un registre à la fois simple et facilement décodable par le plus grand nombre : alliance, nationale, changement. Et, même s’il a été guidé par le réalisme, le choix de ce champ lexical, qui n’a pas été opéré par hasard ou par simple mimétisme, nécessitera un travail de réflexion destiné à vivifier et à enrichir la sémantique politique de ces notions. L’ANC pourra ainsi apporter sa touche personnalisée à la dynamique intellectuelle et pratique qui se cache derrière ces concepts et qui explique, par exemple, l’adhésion massive de la population aux mots d’ordre mobilisateurs relatifs au changement.

Mais après l’euphorie et l’espérance que suscite l’avènement au Togo de l’Alliance nationale pour le changement, il n’est pas incongru de revenir sur les interrogations et appréhensions légitimes qui émergent çà et là et qui nous invitent tous à la prudence et à la vigilance. Ayant été à la fois acteurs et victimes des dérives politiciennes notamment au cours des quatre dernières décennies, les Togolais ne sont plus disposés à donner un blanc seing à leurs dirigeants, même de l’opposition. Le droit d’inventaire est désormais une exigence populaire qui ne pourra plus être ignorée.

C’est pourquoi, le nouveau parti ne pourra pas faire l’économie d’une démarche introspective en son sein visant à faire remonter en surface les problèmes de fonctionnement maintes fois refoulés et qui portent sur les fondamentaux mêmes d’un parti politique, à savoir : la pratique interne de la démocratie. Dans le répertoire des éléments à exorciser, viennent en tête les leçons à tirer de la profonde crise qui a bouleversé le paysage politique jusque dans ses racines. Une catharsis salutaire pour tous !

Les leçons de la crise

A cette fin, il appartiendra aux responsables du nouveau parti d’engager un dialogue véritablement ouvert sur les graves dysfonctionnements qui ont marqué les instances et les structures et qui, in fine, ont accéléré le processus d’effondrement du parti considéré, il y a encore quelques semaines, et, à juste titre, comme « le grand parti de l’opposition démocratique ». D’ores et déjà, on peut relever quelques uns des facteurs bloquants qui gangrénaient le parti et qui, hélas, sont loin d’être des modèles de gouvernance démocratiques. Citons à titre d’exemples : la gestion autocratique, les comportements népotiques, l’absence de transparence dans les orientations et les prises de décision dans le parti, enfin le non respect des règles par les plus hauts responsables.

A cela s’ajoutent les sempiternels problèmes de manque de méthode, de rigueur et de discipline, problèmes qui sont monnaie courante dans la plupart des partis politiques africains. Par exemple l’organisation de réunions mal préparées, mal conduites et qui, au final, ne font même pas l’objet de comptes rendus actant les décisions et leur mise en œuvre dans un agenda clair, constitue à terme un facteur profondément démobilisateur. Autres exemples : l’amateurisme et le manque de capitalisation systématique des acquis par écrit et qui entraînent, outre la perte de corpus essentiels à la constitution de la mémoire, la réitération des erreurs évitables.

La nécessité d’une boîte à idées

Dès à présent, l’ANC gagnera à ouvrir une boîte à idées destinée à accueillir les critiques et les propositions des citoyens. Inscrite dans une dynamique d’ouverture, cette boîte servira d’instrument de dialogue direct avec les citoyens qui souhaitent apporter leurs pierres à la construction ou à la consolidation des fondements du nouveau parti. L’ANC veillera à mettre en place une équipe qui aura la responsabilité de la compilation et de l’exploitation des idées qui remonteront du pays et aussi celles qui viendront de la diaspora togolaise. Les cueillettes ainsi engrangées permettront d’infléchir ou d’enrichir les options en matière de renouveau du parti et plus généralement de la reconstruction du pays.

Une meilleure maîtrise des outils de communication

Parmi les critiques que l’on entend sur l’expérience passée, reviennent souvent les insuffisances notoires en matière de communication. L’ANC doit remettre à plat la problématique de sa communication. Comme chacun sait, la communication fait partie des fondamentaux de la vie et de l’animation d’un parti. A travers ses canaux diversifiés que sont la presse écrite, la radio, la télévision, l’internet, mais aussi le téléphone portable, la communication agit comme vecteur essentiel de diffusion de l’information mais également de formation à la citoyenneté.

En Afrique en général où la guerre contre l’analphabétisme est loin d’être gagnée, dans un pays comme le Togo où les médias publics sont quasiment inaccessibles à l’opposition, les outils de communication comme la radio et le téléphone mobile présentent des avantages considérables qui restent sous exploités. Au niveau international, l’ANC doit mieux exploiter l’immense potentiel offert par l’internet, par une alimentation plus régulière et plus rapide de son site. Enfin, l’ANC doit inscrire dans son agenda l’impérieuse nécessité de développer ses propres outils de communication, afin de remplir ses missions d’information et de formation auprès des populations.

Partenariat à l’intérieur et à l’extérieur

Par définition une « alliance » est ouverte : ouverte à toutes les forces vives du pays qui attendent un véritable changement. Ces forces existent dans l’opposition mais également chez les femmes et les hommes de bonne volonté qui nourrissent l’espoir de voir leur pays sortir enfin des crises répétitives qui bloquent le développement du pays. Ces forces sont aujourd’hui disséminées au sein de tous les partis politiques comme au sein du monde associatif.

Aux partis politiques et aux associations, l’ANC doit pouvoir offrir une plate-forme de partenariat définissant les principaux axes de collaboration depuis le projet de société jusqu’aux méthodes de travail en passant par les principes éthiques, les axes stratégiques et les actions communes à entreprendre en vue de la conquête démocratique du pouvoir et son exercice dans le cadre d’une alternance politique. Fédérer les forces vives de la nation constitue une urgence dans un pays qui a beaucoup souffert des affres de l’autocratie et de la division.

Par définition aussi, une « alliance » est ouverte sur le monde. L’ANC doit dès le départ s’inscrire dans une démarche d’ouverture au plan régional et international. A cet égard, l’ANC doit affirmer son positionnement idéologique lui permettant de siéger aux côtés de partis de même obédience en Afrique et dans le monde. Aujourd’hui, malgré la marche chaotique de la démocratie en Afrique, certains partis politiques notamment au Ghana, au Bénin, au Burkina Faso etc., ont pu structurer une ligne politique et conforter ainsi leur ancrage démocratique. Le rapprochement de ces partis peut aider l’ANC à résoudre les problèmes d’expertises et de moyens dont elle aura grand besoin pour développer une approche originale adaptée aux réalités du pays. Les échanges d’expériences à travers des rencontres régulières entre partis politiques dans le cadre sous-régional permettront de sortir du nombrilisme qui caractérise bien des partis politiques africains et de mieux appréhender l’avenir de nos pays qui, on le sait, ne peuvent pas se développer isolément.

Développer les outils de veille sur les grands chantiers

Parmi les nouvelles démarches à privilégier, il conviendra de mettre en place des outils de veille active portant sur les grands chantiers comme la démocratie, les droits de l’Homme, la justice, la réconciliation, la santé, l’humanitaire, la culture, la communication, l’économie, le sport, l’école, la jeunesse, etc. Dans tous les cas, les responsables de l’ANC auront à cœur de travailler avec les opérateurs de terrain pour progresser dans la connaissance et la maîtrise des problématiques et constituer de véritables dossiers de référence dans le domaine couvert. Des feuilles de route en quelque sorte !

Les outils de veille portent à la fois sur les contenus, mais aussi sur les méthodes et les agendas de mise en œuvre. Partant de l’idée largement partagée selon laquelle la ressource humaine est la première richesse d’un pays, chaque citoyen doit être rejoint là où il a des compétences avérées à offrir. Et on l’a souvent vérifié à l’intérieur comme à l’extérieur, le Togo regorge de ressources compétentes qui n’attendent qu’à être sollicitées.

Parmi les chantiers nécessitant une veille active et continue, l’état civil revêt une importance de tout premier plan. Pourquoi ? Parce que, aujourd’hui, l’obtention d’une pièce d’identité relève d’un véritable parcours de combattant, qui requiert en plus de connaître des intermédiaires, d’avoir beaucoup de temps, de patience et d’argent. Ce qui n’est évidemment pas à la portée de la plupart de nos compatriotes qui doivent se battre au quotidien pour s’assurer le minimum vital. L’ANC peut offrir ses services pour aider les citoyens des villes, des villages et de la diaspora qui le souhaitent, à obtenir les pièces comme l’acte de naissance, le certificat de nationalité, la carte d’identité, le passeport et tout naturellement la carte d’électeur.

Au dernier scrutin présidentiel du 4 mars 2010, on sait que beaucoup de citoyens, particulièrement les jeunes, ne sont pas allés voter parce qu’ils n’avaient pas de carte d’électeur ou tout simplement parce qu’ils ne l’ont pas retrouvée. Il faut abandonner l’idée selon laquelle le pouvoir est seul responsable de tous les malheurs du pays. Certes sa part de responsabilité est considérable. Mais en matière de solidarité, de culture démocratique et de citoyenneté, tout le monde a sa part contributive qui ne saurait s’arrêter à la stigmatisation.

Nouveau parti, nouvelle éthique

L’éclatement en quelques semaines d’un parti que l’on considérait comme le mieux structuré de l’opposition démocratique doit inspirer l’ANC dans le processus de reconstruction d’un parti fondé sur une stratégie intégrée comprenant notamment : un projet de société, des statuts, un règlement intérieur, un programme, mais surtout une charte éthique. Dans ce dispositif, l’éthique politique occupe une place centrale. Au Togo, cinquante ans après les indépendances, la politique a donné des résultats affligeants qui nécessitent un changement radical de paradigme, particulièrement sur la manière de faire la politique autrement, avec des principes clairement énoncés.

La primauté de l’intérêt national et la disponibilité d’écoute, le respect de l’autre et des règles de gouvernance démocratique, le respect de la différence et l’acceptation de la critique, la gestion transparente et la nécessité de rendre des comptes, la tolérance et par-dessus tout l’humilité sont les piliers du renouveau attendu par le plus grand nombre. Dans un monde où les hommes, les projets et le temps passent, seuls les principes demeurent immuables. Au-delà de l’affichage et de l’incantatoire, ces principes et d’autres encore, doivent entrer dans les mœurs quotidiennes des dirigeants politiques en lieu et place de l’arrogance affichée des chefs.

Pour retrouver la confiance des citoyens, pour mobiliser encore plus largement, pour préparer l’avenir dans un cadre pensé et consensuel, l’ANC aura besoin de toutes les femmes et de tous les hommes de bonne volonté. C’est dès maintenant que l’ANC a besoin des Togolais et des amis du Togo pour bâtir un pôle de convergence d’idées et de propositions concrètes fondées sur une éthique politique qui met en avant l’exemplarité de la conduite des dirigeants.

« Qui veut aller loin ménage sa monture », nous enseigne la sagesse des peuples. Gagner les élections pour gouverner est une chose. Gagner les élections pour changer les choses est une autre affaire ! Avec l’acquis que constitue l’engouement de la population pour le changement, l’ANC dispose du principal levier pour une véritable alternative politique au Togo. Mais l’ANC doit le savoir : qu’elle reste dans l’opposition ou qu’elle soit au pouvoir, elle n’aura pas droit à l’erreur.

L’ANC a la double ambition d’assumer le leadership de l’opposition et celle d’offrir enfin aux Togolais le véritable changement. Parce que ces deux ambitions sont en cohérence totale avec les aspirations du peuple, parce que l’ANC affiche plus que tout autre parti la volonté déterminée de réussir ce cap historique avec de nouveaux responsables auxquels s’imposent des principes éthiques de conduite, enfin parce qu’elle a la volonté de mettre en œuvre des outils inédits pour promouvoir la bonne gouvernance au sein de ses propres structures et pour développer la démocratie directe avec le peuple, l’Alliance nationale pour le changement est aujourd’hui la force alternative de la nouvelle espérance.

Alors, bienvenue et bon vent à l’Alliance nationale pour le changement.

Par Bocco Olivier
Linguiste politologue,
12 novembre 2010