25/06/2024

Les actualités et informations générales sur le Togo

Appel au peuple français sur la situation au Togo

A 10 km à l’est de Sokodé, là-bas sur la colline, entouré d’une forêt de teck, le village de Yélivo est en deuil depuis fin avril 2005. Assana n’est plus. La cinquantaine passée, la sœur du chef du village tenait un étale de légumes sur la place du marché. Dix minutes avant sa mort, elle discutait gaiement avec sa voisine, une vendeuse peulh prête à brader son lait pour rentrer à la ferme où l’attend son fiancé.

Une semaine auparavant, comme tous les villages environnants, Yélivo avait voté pour Bob Akitani, le candidat de la démocratie aux présidentielles. Assana et sa voisine peulh riaient aux éclats quand un voyageur en provenance de Sokodé descendit de son vélo et pria les vendeuses de lui donner à boire. Après qu’il eût étanché sa soif, l’homme en sueur remercia et annonça la mauvaise nouvelle : depuis ce matin, dit-il, un groupe de miliciens armés écume les villages riverains de cet axe routier Sokodé-Tchamba ; je les ai trouvés à Kadambara ; ils ne tarderont pas à arriver ici, ajouta-t-il en levant les bras au ciel. Puis il enfourcha sa bicyclette en direction d’Agouloudè.
Sans attendre, Assana et toutes les femmes du marché rangèrent leurs marchandises et regagnèrent leur domicile. Les personnes âgées, les enfants et les femmes reçurent la consigne de rentrer à la maison et les jeunes gens de se réfugier dans la forêt. Dix minutes plus tard, Yélivo jouait au mort. Mais de la maison de Assana on entendit des cris : « Au secours ! au secours ! j’ai de violents maux de tête. Ça tire sur un côté de mon corps ! » Les gens qui accoururent trouvèrent Assana écroulée par terre. Inanimée. Toutes les tentatives pour la réanimer furent vaines. Ma belle-cousine, la grande animatrice des fêtes du village, venait de rendre l’âme.

Certes Assana n’est pas morte sous les coups des miliciens de Faure Gnassingbé, le candidat ‘vainqueur’ ; elle est tout de même victime de leurs exactions puisqu’elle est morte de la nouvelle de leur arrivée. Elle était hypertendue et l’annonce a fait monter sa tension à un niveau insupportable. Des victimes indirectes comme elle se comptent par dizaines un peu partout au Togo mais elles ne sont pas comptabilisées parmi les 790 démocrates tués, eux, par balles, pendant et après les élections.
En principe, une vraie victoire électorale n’apporte que joie et pardon dans le camp du vainqueur, lequel se fait un devoir de rassurer ceux qui n’ont pas voté pour leur candidat. Ne pas agir ainsi dénoterait un manque de culture politique. Mais, si au contraire, le vainqueur terrorise ceux qui ont voté pour le vaincu, il fait la preuve qu’il n’est pas sûr de sa victoire. Il faut avoir volé la victoire pour s’adonner à la vengeance sur ceux qui, par leur vote, n’ont pas voulu de vous au Pouvoir.

Usurper le Pouvoir, Faure Gnassingbé en a l’habitude : il l’a déjà fait par son coup d’Etat de février 2005, il l’a répété aux présidentielles. C’est ce qu’il s’apprête à faire de nouveau aux prochaines législatives, avec le vœu que le prochain hold-up soit moins grossier et moins violent que les précédents. C’est le sens de la battue que ses milices mènent actuellement contre les meneurs de la démocratie sur toute l’étendue du territoire. Punir les responsables de sa défaite aux présidentielles mais aussi les éloigner du pays afin de profiter de législatives tranquilles.

Les médias internationaux avaient leurs caméras et micros braqués sur Lomé, la capitale. Cela n’a pas empêché les miliciens et des militaires de Faure Gnassingbé de commettre des actes moyenâgeux sur les bureaux de vote et les urnes, de tirer sur les membres de l’opposition. Dans l’arrière pays, hors des caméras et micros, l’on peut imaginer ce qui peut s’y passer. Armés de pistolets, de machettes et de gourdins cloutés, les miliciens passent de village en village, de maison en maison à la recherche des animateurs locaux de l’opposition. C’est lors d’une de ces opérations de nettoyage politique que Assana a trouvé la mort.

Quand on a vu à la télévision des hommes en uniformes violer les bureaux de vote, s’emparer des urnes pour aller les brûler, quand on a entendu les témoignages de ces réfugiés au Bénin et Ghana qui avaient encore les balles dans le corps, quand on a lu la note confidentielle de la délégation de l’Union européenne au Togo, on ne peut qu’être indigné d’entendre les Autorités françaises saluer la ‘victoire’ de Faure Gnassingbé. Ce qu’elles n’auraient jamais accepté en France, pourquoi l’acceptent-elles quand il s’agit du Togo. Les règles d’élection sont-elles universelles ou pas ? Il faut saluer la voix pleine de dignité humaine du Parti socialiste français et le mot (même bref) de Nicolas Sarkozy. Mais ce sont là des voix politiques que d’aucuns pourraient mettre sur le compte de stratégies électorales. Pour contraindre les Autorités françaises à revenir sur leurs positions, la Société civile française devraient prendre à cœur la question du Togo. Car le langage que les Autorités françaises tiennent aux Togolais n’est pas rassurant, ni pour le peuple togolais ni pour le peuple français au nom de qui elles parlent : vous ne verrez pas la démocratie tant que la progéniture de notre « grand ami » Eyadéma est là pour assurer la stabilité de notre main-mise sur votre pays, semblent-elles dire à l’adresse de l’électorat togolais.

L’anthropologie nous enseigne qu’en tant qu’individu social, chaque homme a besoin des autres pour satisfaire la plupart de ses besoins. Pour obtenir ce qu’il attend de l’autre l’individu a le choix entre la négociation et la violence. Une des grandes conquêtes de la civilisation moderne a consisté à privilégier la négociation dans les rapports entre les personnes ou entre les communautés au détriment de la violence. Or, dans le cas du Togo les Autorités françaises semblent privilégier la voie de la violence. Elles ont installé et soutenu la dictature dans notre pays pendant quarante ans ; elles ont été lentes à condamner le coup d’Etat militaire de Faure Gnassingbé ; en revanche, elles ont été promptes à saluer le hold-up électoral et ont poussé la Commission européenne à en faire autant.

Le calcul des Autorités françaises est simple : il s’agit de faire oublier la faute originelle dont elles sont complices en se rattrapant par des législatives transparentes, ouvertes à l’observation internationale. La détention du pouvoir exécutif devrait, pensent-elles, jouer en faveur de Faure Gnassingbé. Mais celui-ci est conscient que sa détention du Pouvoir n’aura aucun effet sur l’électorat togolais. C’est pourquoi il s’active à nettoyer le terrain avant l’arrivée des observateurs de l’ONU et de l’UE. D’où l’afflux continuel des réfugiés dans les camps installés par le HCR au Ghana et au Bénin voisins.

En acceptant le résultat des élections présidentielles togolaises d’avril dernier et en fermant les yeux sur le nettoyage politique de son poulain, le Gouvernement français fait accroire l’idée que l’unique moyen d’accès à la démocratie au Togo est la violence. Ceux des réfugiés qui ont déclaré au micro des médias internationaux qu’ils ne reviendront pas au Togo les mains nues l’ont bien compris. Celui qui veut acculer les démocrates togolais à la violence pense peut-être que quadrillé militairement comme il l’est aujourd’hui le peuple sera incapable d’organiser une lutte armée. Cela est possible. Mais la violence du faible est encore plus dangereuse ; on ne sait pas où elle va frapper ni qui elle va frapper ; elle est souvent aveugle. Le terme convenu pour une telle violence est le terrorisme.

Le terrorisme frappe rarement ceux qui l’ont fait naître ; ils sont surprotégés. Il frappe les innocents et n’épargnent même pas ceux qui soutiennent sa cause. C’est pour quoi la Société civile française doit s’engager fermement à prévenir ce mal qui risque de naître au Togo en exigeant de ses Autorités françaises qu’elles reviennent sur leur soutien à Faure Gnassingbé. Peuple français, amplifie la voix du Parti socialiste et celle du Parlement européen. Il vaut mieux prévenir le terrorisme par une protestation que de dépenser des milliards d’impôts pour lutter contre lui quand il est là. Au nom des droits de l’homme, contrains ton Gouvernement à mettre fin au soutien de la dictature dans ses zones d’influence afin d’éviter de déplorer un jour la perte de vies innocentes. Tu as déjà trop souffert du terrorisme. Tu connais donc le mal. Evite qu’il te menace de nouveau à cause d’un soutien aveugle de ton Gouvernement à une dictature sanglante qui n’a que trop duré.
Peuple français, quand tu t’es soulevé pour barrer la route à la menace lepéniste, le peuple togolais était avec toi dans les rues parisiennes. Comme toi le peuple togolais a soutenu le peuple orange d’Ukraine. A chaque fois que tu engages une lutte pour la démocratie et le respect des droits humains, le peuple togolais est avec toi. Peuple de France, ne l’oublie pas : la moindre faille entre les peuples est une victoire pour les dictateurs de toute sorte. La lutte du peuple togolais contre la dictature et le non-respect des droits est ta lutte, sa victoire sera la tienne.

Que veut le peuple togolais ?
1) l’application stricte de la Constitution, donc la condamnation de Faure Gnassingbé pour avoir fomenté un coup d’Etat ;
2) le retour des réfugiés et leur indemnisation ;
3) le jugement et la condamnation de ceux qui les ont chassés
4) que justice soit rendue à ceux que le pouvoir a tués ou blessés ;
5) la reprise des élections présidentielles ;
6) que ces élections ne soient plus arbitrées par le capitaine d’une équipe mais par l’ONU et l’UE ;
7) que cesse le nettoyage politique des villes et des villages avec son cortèges de victimes collatérales du type Assana.
Peuple de France, soutiens le peuple togolais, car les droits humains sont universels ou n’existent pour personne !

Zakari Tchagbalé
Abidjan, le 22-05-05