06/10/2022

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Catastrophe naturelle au Togo: Le GRAD s’interroge sur les causes de l’ampleur des dégâts

Introduction

Le pont d’AMAKPAPE vient de s’effondrer suivi de huit autres en l’espace de trois jours. La nationale N°1 est donc coupée en deux de même que les différents tronçons concernés dans la Région maritime. Quelques pertes en vies humaines sont à déplorer. Des dégâts matériels importants sont enregistrés. La circulation est ainsi rendue difficile dans le pays et l’accès à certaines zones est devenu impossible avec pour conséquence le renchérissement des prix des produits alimentaires et des autres produits de premières nécessité. La famine se profile à l’horizon.

Le GRAD très touché par la souffrance des populations victimes de cette inondation, témoigne aux sinistrés, toute sa sympathie et sa compassion et leur assure son soutien. Il lance un appel vibrant à toutes les bonnes volontés pour qu’elles apportent aux populations éprouvées les secours nécessaires.

Le GRAD se félicite de la prompte réaction du Gouvernement même si le Premier Ministre a cru devoir, selon ses propos, attendre les instructions du Chef de l’Etat pour se rendre sur les lieux. Deux conseils des Ministres se sont tenus les 29 et 30 juillet 2008 et une réunion de crise le 31 juillet. Le Gouvernement a demandé l’assistance des partenaires en développement, à la fois pour venir en aide aux populations sinistrées et aussi pour restaurer les installations et services nécessaires en vue de rétablir la circulation et l’activité économique. Il a énoncé des mesures propres à prévenir ces catastrophes et suggère la mise en place, entre autres, de comités d’alerte.

I)Les causes du sinistre

Le GRAD s’interroge sur les causes réelles des dégâts de nature à paralyser toutes les activités socio économiques du Pays. La cause évoquée, c’est la grande pluie qui s’est abattue sur notre pays. A priori, cela est évident vu l’ampleur des inondations. Mais avouons que neuf ponts effondrés en l’espace de trois jours en différents endroits rendent cet argument excessif et la pluie ne suffit, à elle seule, pour expliquer l’ampleur du sinistre. Il est probable qu’une expertise technique appropriée révèle que les effondrements enregistrés soient pleinement facilités par le non respect des règles de l’art tant pendant la conception que pendant l’exécution des travaux, le manque d’entretien et l’état désastreux de nos infrastructures. Il va sans dire que :
la maîtrise d’ouvrage, gage de la pérennité des infrastructures (ponts, routes, barrages, bâtiments, caniveaux, etc.) réalisées pour le développement du pays, devient pour le GRAD, un sujet d’actualité surtout que le communiqué du Conseil des Ministres a oublié d’en faire cas et de mentionner des mesures coercitives et des dispositions facilitant le contrôle, le suivi et l’entretien périodique des ouvrages publiques ; la pertinence de l’option technique retenue pour la gestion du système lagunaire et des cours d’eau ainsi que les approches de solutions qui sont expérimentées en matière de drainage, d’assainissement et d’évacuation des eaux de pluie ne sont pas satisfaisants.

II) Comment assurons-nous la protection et l’entretien de nos ouvrages ?

La question se pose. En effet les ouvrages de protection devraient permettre de protéger les infrastructures importantes contre les crues exceptionnelles aux proportions catastrophiques. Des programmes d’entretien périodique exécutés dans les formes requises permettront de localiser très tôt les failles engendrées ou des points de rupture éventuelle et de les colmater à temps. Ceci développe chez le citoyen un sentiment de sécurité. Malheureusement, nous ne savons pas si des dispositions institutionnelles et favorables existent ou sont prises pour assurer la protection de nos ouvrages contre les inondations ne serait-ce qu’à un coût économiquement acceptable. Si tel est le cas, quels sont les moyens et ressources dont disposent les services techniques compétents ? Ces derniers sont-ils toujours opérationnels ? Qu’en est-il de l’efficacité du contrôle effectif des travaux ? Quelles sont les qualifications des entreprises adjudicataires des travaux ?

Le constat est qu’il est rare au Togo et presque impossible de voir des services compétents consacrer un temps à l’examen périodique et à l’évaluation technique des ouvrages mis en place. Or, c’est un entretien insuffisant qui entraîne souvent des problèmes du genre que nous venons de vivre. Malheureusement notre pays n’accorde pas suffisamment d’attention à cette question et ce n’est pas étonnant si le communiqué du Conseil des Ministres n’en fait pas cas. Cette façon de procéder est si ancrée dans les habitudes que les ingénieurs même finissent par s’en convaincre et à ne plus donner d’importance au suivi et au contrôle des travaux. On n’en fait une simple formalité sans importance conférant à celui qui l’exécute des privilèges pour se faire soudoyer. Pour s’en convaincre, il suffit de jeter un regard sur l’état actuel de nos routes qui, après d’incessants colmatages des nombreux nids de poules, se présente dans une situation encore plus déplorable. Déjà, l’absence de coordination interne et externe qui prévaut au démarrage des travaux de bitumage de nos routes est assez révélatrice. L’amer constat est que les services techniques ne se concertent pas assez. Sinon comment comprendre que ce n’est qu’après que le bitumage soit fini que commencent les premiers travaux de destruction de la chaussée. Dans cette entreprise, la Société Togolaise des Eaux (TdE), et la CEET qui se relèvent pour saigner la route dans le but de faire passer leurs câbles et tuyaux divers. Tout ceci fragilise déjà l’ouvrage qui de surcroît bénéficie de peu d’entretien.
Dans la même veine, les immeubles publics ne sont pas du reste. Les togolais sont habitués à voir dans des enceintes publiques, des bâtiments inachevés et laissés à l’abandon plusieurs années, comme si déjà à leur conception, ces futurs bâtiments qui ne finissent jamais n’avaient aucune utilité, aucune affectation précise, donc aucune raison d’exister.

Des édifices hérités de l’époque coloniale sont pour certains difficilement entretenus et même abandonnés. Ce manque d’entretien conjugué à l’absence de plan d’urbanisation, fait de Lomé une ville encombrée, désordonnée et délabrée qui n’offre pas un cadre de vie propice à l’épanouissement des habitants. Et pourtant, au lendemain de l’indépendance en 1960, les togolais avaient une conscience de la propreté de l’environnement dans lequel ils vivent. L’entretien était si ancrée dans les habitudes que Lomé, à l’époque, était qualifiée de ville propre et belle.

Malheureusement, depuis un certain temps le Pays s’enlise davantage dans des pratiques foncières malveillantes encouragées par le Gouvernement et pour des intérêts particuliers. Des constructions sauvages s’opèrent un peu partout. Les bas-fonds et les lits des cours d’eau sont occupés par des citoyens très peu soucieux des dangers qu’ils encourent. On se préoccupe peu des problèmes qui touchent à l’environnement physique et humain, à l’environnement immédiat (alentours…), aux phénomènes naturels, aux infrastructures de base (voiries, assainissement intégral par le traitement des déchets, etc.), comme le témoigne l’emplacement actuel des décharges d’ordures dans l’emprise des lagunes de Lomé dont les eaux polluées par les déchets deviennent un véritable bouillon de culture microbienne dégageant permanemment des odeurs nauséabondes
Face à ce désordre et à ce délabrement entretenus on est en droit de s’inquiéter pour le barrage d’Anié, et pourquoi pas de Nangbéto dont la rupture si elle advenait pourrait se transformer en une catastrophe sans précédent.

Mieux vaut prévenir que de guérir. Le GRAD lance un vibrant appel aux autorités, pour qu’au-delà des solutions immédiates qu’elles recherchent pour soulager les sinistrés, elles consultent les populations et engagent un dialogue avec elles en vue de recueillir leur consentement sur les décisions de choix de société qui nous appartient à tous. Il faut définitivement faire participer la société civile ainsi que les collectivités locales à l’élaboration des politiques environnementales.

Les décisions unilatérales, sans études préalables et sans le consentement de la population jamais consultée, vont à l’encontre des règles élémentaires de la démocratie. Le cas récent d’une société immobilière autorisée à ériger une cité privée (Résidence des Cocotiers) sur un domaine public à savoir notre littoral, suscite des réactions compréhensibles de la part des riverains. On ne peut pas vouloir le bonheur d’une collectivité contre son gré ou malgré elle. Il faut donc revoir la copie sur ce cas précis.

III) la gestion des cours d’eau et le système lagunaire de la région maritime

Pour le GRAD, l’option qui consiste à récupérer des terres dans le lit de la lagune, dans les lits majeurs des fleuves ou dans les bras morts de ceux-ci est suicidaire. La preuve en est que depuis longtemps, Lomé est confronté à un problème récurrent d’inondation à chaque pluie. Il eut été plus sage de laisser les lits en l’état et de prévoir des ponts comme c’est le cas à Abidjan car le système lagunaire du Togo n’est qu’une partie de celui de la Côte d’Ivoire, du Ghana, du Bénin et du Nigéria. Que faire sinon de rechercher des solutions techniques adaptées aux caractéristiques topographiques, hydrologiques et géomorphologiques des différents sites. Il faut :
– Créer des voies d’eau sur le tracé en s’accordant sur les conditions naturelles existantes ;
– Rétablir le système lagunaire ;
– Désengorger tous les lits majeurs du Zio dans les secteurs de Kégué, Adakpamé, Adamavo, Kangnikopé, etc. ;
– Recourir à des techniques représentant une alternative aux réseaux classiques (techniques alternatives ou techniques compensatoires).

Lomé le 1er Août 2008