03/03/2024

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COMMENT -LES MAINS NUES (!) – SUBSTITUER LA DÉMOCRATIE À UNE DICTATURE

INTRODUCTION

Pour traduire la pensée de Frantz Fanon, je dirais que « Sortir de la domination, c’est démanteler radicalement (!) le mécanisme lui-même de la domination ». À l’aurore de la révolution bolchévique de 1917, réfugié en Suisse, désireux de tonifier sa matière grise, Vladimir Ilitch Oulianov alias Lénine se mit à étudier, entre autres choses, ‘’La Grande Logique’’ de George Wilhelm Friedrich von Hegel. Et, parvenu à un certain passage, le grand révolutionnaire glose et écrit, fébrilement, dans la marge de l’ouvrage : « L’âme vivante du marxisme, c’est l’analyse concrète d’une situation concrète ». Le même illustre homme déclare : « Sans théorie révolutionnaire, pas de mouvement révolutionnaire ». Puis il ajoute immédiatement : « Mais la pratique est supérieure à la théorie parce qu’elle nous met directement en contact avec la réalité ».

Ce qui suit, dans le présent griffon, n’est autre chose que le combat politique non (!!!) violent, qu’un résumé, qu’un condensé : une sorte de synthèse de tout ce que j’aurai vécu, observé, écrit moi-même, lu dans ma chétive vie de militant politique. Une synthèse de tout ce que j’aurai lu, dont, bien récemment, le livre de Srdja Popovic titré : ‘’Comment faire tomber un dictateur quand on est seul, tout petit, et sans armes ‘’. Editions Payot, Paris, 2017. En somme, c’est mon humble expérience militantiste que je souhaite transmettre humblement à la jeunesse afro-togolaise avant de passer de l’autre côté de ce monde des hommes.

Nous avons affaire, l’analyse concrète d’une situation concrète ayant révélé que la violence serait, en occurrence, une idiotie, une démence, pour ne pas dire une folie, d’un certain nombre de principes premiers, essentiels, fondamentaux, de pratiques, de conduites, adaptés aux contextes donnés. Et ce, comme suit ci-après.

À cet égard, je tiens à remercier, du fond de mon cœur, Mohandas Karamchand Gandhi dit Le Mahatma Gandhi [= La Grande Âme Gandhi]le Révérent Pasteur Martin Luther KingMarcus GarveyFrancis Kwame N’KrumahSylvanus Olympio, Julius NyéréréGene SharpSrdja Popovic, pour ne citer que ceux-là. 

Entrons maintenant dans le vif de notre sujet.

  1. BANNIR RÉSOLUMENT (!!!)  LE SENTIMENT QUE NOUS NE POUVONS PAS REUSSIR LÁ OÙ D’AUTRES COMBATTANTS ONT RÉUSSI

Oui ! Soixante-quatre ans après l’obtention de nos « indépendances », la plupart de nos pays africains pataugent encore sous une dictature d’un autre âge. Voilà pourquoi nos peuples ont fini par douter de leur capacité à se débarrasser de l’oppression endogène. Et ce, les mains nues. Or, tout combat politique commande, chez les combattants de la liberté, du caractère. Srdja Popovic écrit : « après tout, les sociétés qui ont connu des années de dictature souffrent de traumatismes qui peuvent être très longs à guérir » (Cf. op.cit., p. 102).

Alors, il nous faut rejeter catégoriquement (!!!) toute peur de ne pas réussir là où d’autres ont réussi.

  • Oui ! « Le cerveau est un organe universel » (Karl Marx). Donc, l’essentiel, c’est de découvrir le ‘’Talon d’Achille’’ du régime dictatorial, la Cause globale, le Chaînon majeur du système que l’on entend liquider … À cette fin, l’« analyse concrète d’une situation concrète » apparaît indispensable.
  • COMMENCER PAR DE PETITES ASTUCES SUSCEPTIBLES DE MOBILISER (!!!) TOUT LE PEUPLE

Ici, les spécialistes conseillent de mettre à contribution l’HUMOUR … De nombreux exemples sont fournis par la littérature y relative. La mise à contribution de l’HUMOUR requiert de l’Imagination (!) et une bonne formation politique …

  • « DÉVELOPPER UNE VISION POUR DEMAIN (S. Popovic, op.cit., pp. 77-102)

Dans le titre du présent texte, nous avons parlé de substitution de la démocratie à la dictature et non de la simple liquidation de la dictature. Pour cette raison, il nous incombe de développer une vision pour l’avenir, pour le moyen et le long termes.

Il nous faut élaborer une théorie qui puisse « devenir une force matérielle dès qu’elle aura pénétré les masses populaires » (K. Marx)

  • DÉCOUVRIR LES PILIERS VÉRITABLES DU RÉGIME DICTATORIAL 

EN CAUSE

Le médecin qui veut guérir un malade se doit de commencer par diagnostiquer, c’est-à-dire rechercher et trouver la racine du mal dont souffre son patient. De même, les militants non violents qui entendent éradiquer une dictature se doivent, avant toute chose, d’identifier les vrais piliers sur lesquels repose l’édifice de cette dictature. « Les révolutions réussies ne sont pas des explosions cataclysmiques ; ce sont des feux qui couvent longtemps, soigneusement entretenus sous la cendre » (S. Popovic, Op.cit., pp. 106-107).

Ainsi donc, pour autant que faire se peut, il sied de « Retourner l’oppression contre elle-même » (idem, pp. 166-167 et 190-191).

  • L’IDÉAL, C’EST L’UNION SACRÉE (!!!)  DES COMBATTANTS

DE LA LIBERTÉ

« L’union fait la force », dit l’adage populaire. Et cela n’est nullement faux (!). Voilà pourquoi les mouvements qui combattent une dictature coriace, vieille de plusieurs décennies, ont l’obligation, avant toute chose, de s’unir, de réaliser une unité, une UNION SACRÉE !!! Il ne s’agit pas d’une baliverne ! Loin s’en faut ! Mais il se trouve que de tels mouvements sont des organismes vivants. D’où la difficulté extrême concernant la réalisation de cette unité d’action.

À ce sujet, il est recommandé de se doter d’une ‘’PLATEFORME minimale’’ contraignante !!!

Oui ! « Le pouvoir du peuple est un sport d’équipe » (S. Popovic, op.cit., p. 319)

Mais, dans le cas où, pour une raison ou une autre, cette union s’avère définitivement (!!!) irréalisable, il convient de se contenter de la thèse de Léon Trotsky qui dit ceci : « Dans certaines circonstances dialectiques, la minorité qualitative devient plus puissante que la majorité quantitative »

À bon entendeur, salut trois fois !

  • DE LA JUSTESSE DE NOTRE CAUSE ET DE NOTRE BUT ULTIME : LA DÉMOCRATIE (!!!) POUR LA RENAISSANCE AFRICAINE !!!

Il va sans dire que cette Cause du Combat non violent doit être d’abord juste, légitime, humaniste. Sinon, elle ne faudrait point (!) la peine d’être menée. Dans notre cas d’espèce, les peuples africains, après des siècles de diverses formes de traite et d’esclavage, après des décennies de colonialisme et de néo-colonialisme, ne sauraient qu’aspirer à la Démocratie, soit à un « Gouvernement des peuples, par les peuples, pour les peuples » (Abraham Lincoln). Et les peuples africains méritent bel et bien la Démocratie pour une Renaissance. À ce sujet, je remercie, de tout cœur, l’immortel Mahatma Gandhi, le Révérend Père Martin Luther King, les professeurs Gene Sharp et Srdja Popovic, pour ne nommer que ceux-là.

  • DE LA NÉCESSITÉ INCONTOURNABLE DE LA STRATÉGIE (!!!) 

ET DE LA TACTIQUE !!!

Dans mon opuscule intitulé ‘’Des principes fondamentaux du militantisme‘’. Editions Haho, Lomé (Togo), 2004, j’ai suffisamment traité le thème de ce paragraphe-ci. Le lecteur gagnerait dès lors à s’y référer. Ici, je dirais seulement que la stratégie, c’est la vision globale, à court, à moyen, à long termes, de bout en bout, du combat auquel les combattants font face. Tandis que les tactiques, ce sont les modifications, les adaptations, les ajustements circonstanciels, les tenants et les aboutissants requis par le combat chemin faisant. Requis par le truchement des analyses concrètes de circonstances concrètes. Lisons Srdja Popovic :

« Stratégie. Il s’agit, nos dit Sharp, de « déterminer la meilleure manière d’atteindre les objectifs visés lors d’un conflit. […] La stratégie consiste à se demander s’il faut combattre, quand, et de quelle manière le faire avec le maximum d’efficacité pour atteindre certains buts. La stratégie permet de déterminer la distribution, l’adaptation et l’utilisation des moyens dont on dispose en vue d’atteindre les objectifs poursuivis. »

Là encore, notre héroïque hobbit Frodon Sacquet montre qu’il n’a pas les deux pieds dans le même sabot. Une fois sa stratégie générale mise en place, il comprend que sa meilleure chance d’être efficace consiste à faire équipe avec des gens particulièrement doués dans l’art de mettre des coups de pied aux fesses : les elfes. Et quand il arrive enfin au royaume des elfes, il évalue à nouveau la situation à la l’aide d’une session de distribution des moyens, en choisissant les meilleurs alliés qu’il peut rassembler dans ces circonstances, chaque participant ayant son rôle à jouer dans le combat à venir. Ce qui se révèle très pratique quand le temps est venu de choisir sa…  

Tactique. Pas besoin d’aller chercher Gene Sharp pour une définition ici, puisque la tactique recouvre tout simplement les plans d’action très limités que vous mettez au point à un moment précis. Le col du Caradhras est-il sous l’œil vigilant du sorcier maléfique Saroumane ? Essayez les mines de la Moria. Boromir est-il massacré par les orques ? Faites équipe avec son frère cadet Faramir. La Porte Noire est-elle fermée ? Essayez d’atteindre le Mordor par le chemin secret de Minas Morgul. Contrairement aux stratégies, la planification tactique est souvent immédiate et peut être modifiée constamment. Elle exige une compréhension aiguë des réalités du terrain et une approche imaginative pour utiliser de façon optimale toutes les ressources disponibles. » (Cf. op.cit., pp. 242-243).

  • DE L’IMPORTANCE CRUCIALE (!!!) DE LA PLANIFICATION 

DES ACTIONS MILITANTES

En évoquant, en matière de combat non violent, la planification, les spécialistes pensent, essentiellement, au ‘’TIMING’’. Ils pensent au temps, au ‘’QUAND ?!’’, à l’heure (!) à laquelle une telle ou telle action devrait s’exécuter.

Pour ma part personnelle, j’ajoute le ‘’OÙ ?!’’, le lieu, l’endroit géo-politico-stratégique le mieux indiqué !!! J’ajoute enfin le ‘’COMMENT ?!’’, la manière de s’y prendre (!!!) pour mettre en œuvre telle ou telle action révolutionnaire…

  1. NON-VIOLENCE N’EST NULLEMENT (!) SYNONYME DE NAÏVETÉ ET COMPROMIS NE SIGNIFIE GUÈRE (!) COMPROMISSION

Certes, Karl Marx a écrit : « L’arme de la critique ne saurait remplacer la critique des armes. La force matérielle ne peut être abattue que par la force matérielle. Mais la théorie devient, elle aussi, une force matérielle dès qu’elle pénètre les masses ». Mais un combattant de la liberté est une personne intelligente, de caractère, rationnelle, réaliste, patiente, pas du tout (!) obtuse. Raison pour laquelle il ne confondra point (!) la non-violence avec la naïveté, avec la stupidité, avec l’ineptie. Car, il y a des circonstances où la non-violence ne saurait libérer un peuple assujetti.

Alors, les combattants de la liberté se doivent de savoir dans quels cas il leur incombe d’adopter la ‘’NON-VIOLENCE’’. Ils se doivent également de savoir quels compromis accepter s’il s’avère nécessaires (!!!), s’ils favorisent (!!!) leur Cause.

À la page 207 de son fameux ouvrage portant le titre ‘Toussaint Louverture – La Révolution française et le problème colonial’’. Editions Présence Africaine, Paris 1981, Aimé Césaire écrit : « Lénine a dit ce qu’il faut penser de la notion de compromis ; que si à des révolutionnaires inexpérimentés il paraît dangereux et incompréhensible, le révolutionnaire authentique se rend compte que le compromis, est inséparable de l’action ; le compromis, c’est-à-dire en définitive l’art « d’utiliser de la façon la plus minutieuse, la plus circonspecte, la plus intelligente, la moindre fissure entre les ennemis, aussi bien que la moindre possibilité de s’assurer un allié numériquement fort, fût-il un allié temporaire, chancelant, conditionnel, peu solide, et peu sûr » » 

  1. IL FAUT FORMER POLITIQUEMENT (!) LES COMBATTANTS 

DE LA LIBERTÉ

À mon humble avis, tous les partis politiques qui aspirent à l’avènement de la Démocratie et d’une Renaissance africaine devraient mettre sur pied une école de formation politique de leurs militants. C’est-là, j’en suis convaincu, le meilleur moyen de les rendre intellectuellement équipés, politiquement courageux et opérationnellement efficaces. (Cf. S. Popovic, op.cit., P. 263)

CONCLUSION

Soixante-quatre ans après nos « indépendances », à l’heure où, presque chaque semaine, nous sommes informés, par de macabres statistiques, qu’en d’époustouflantes quantités, des jeunes Nègres viennent s’immoler, bêtement (!), dans le Sahara ou la Méditerranée, sur l’autel de fictifs eldorados européens, il me semble qu’il est grand temps que les cadres du Continent africain se lèvent comme un seul homme, pour substituer, aux régimes dictatoriaux archaïques qui régentent encore la Terre de nos Aïeux, la Démocratie et une Renaissance africaine. Oui ! La Démocratie : « Le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple » (Abraham Lincoln).

Dans cet ordre d’idées, nos combattants de la liberté se doivent d’adopter un combat politique non-violent dont nous venons, ci-avant, d’exposer les Principes premiers, essentiels, fondamentaux. Les Principes que, personnellement, à l’âge où je m’attends, d’un moment à l’autre, à passer de l’autre côté de ‘’la fatale barricade existentielle’’, je souhaite instamment (!) léguer à la Jeunesse afro-togolaise.

Paris, le 05 janvier 2024
Têtêvi Godwin TÉTÉ-ADJALOGO