09/12/2022

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Congrès extraordinaire du RPT: un responsable du parti interpelle ses collègues!

Dans une correspondance adressée aux membres du comité central du Rassemblement du peuple togolais (RPT), Komlan Siliadin, un responsable de l’organe central du parti au pouvoir, avertit ses « amis » : coutumier de l’atmosphère byzantine qui pèse généralement sur ces agapes du parti, M. Siliadin appelle les participants à surmonter « la peur » et à faire de ce congrès celui du choix du changement et de l’audace…

Le RPT tiendra les 28 et 29 décembre prochains à Lomé un congrès extraordinaire. Une telle information n’a, normalement rien qui puisse susciter l’intérêt du togolais moyen puisque les congrès du parti au pouvoir, généralement annoncés tambour battant déçoivent les observateurs tant par l’apathie des débats que l’ombre omniprésente des autorités (le président Eyadéma en tête), sur les décisions prises.
« Je sais que l’immense majorité d’entre vous veut plus de démocratie, un plus grand respect des droits humains, plus de transparence dans la gestion des affaires publiques et une meilleure répartition des richesses nationales », constate Komlan Siliadin dans sa lettre du 26 novembre adressée aux membres du comité central du RPT.
Soumis depuis 2002 à une fronde non-négligeable dans ses propres rangs, le RPT se réunit officiellement pour procéder au renouvellement de son bureau politique et à l’élection de son nouveau secrétaire général. Les responsabilités de chef de gouvernement sont jugées « suffisamment prenantes » pour l’actuel secrétaire général Koffi Sama qui a hérité du poste de premier ministre à la démission d’ Agbéyomé Kodjo en juin 2002.

Dénonçant pêle-mêle l’absence de dialogue national, le déficit démocratique et le renvoi du développement national aux calendes grecques, M. Siliadin invite, dans sa lettre, les membres du comité central De l’ex-parti unique à « aller au-delà du soupir lâche et résigné » et à prendre le parti de l’audace pour se remettre en phase avec une population écœurée par les turpitudes de ceux qui ont « pris le parti en otage ». « Le parti est assiégé par une horde de barbares, militants de la 25è heure, qui ont pour seul leitmotiv la triviale trilogie : tromper, voler, insulter », écrit-il dans sa correspondance avant d’encourager ses anciens « amis » à s’affranchir des pressions habituelles.

De l’avis de plusieurs observateurs de la vie politique togolaise, aucun indicateur ne permet actuellement de croire que ce congrès du parti présidentiel accouchera de décisions majeures pour décrisper le débat national. La modification de la constitution, les élections présidentielles controversées du 1er juin dernier, les contorsions à peine voilées pour monarchiser le pouvoir représentent, de leur point de vue, autant de signaux forts de l’acharnement des autorités à verrouiller tous les secteurs de l’activité nationale…
« C’est en rejetant le changement que le changement se fera sans nous et c’est en nous barricadant dans l’exclusivisme que nous serons exclus de l’avenir », souligne encore Siliadin dans sa lettre en insistant sur la nécessité de tourner le dos à la « logique des plus hautes autorités de l’Etat qui les éloigne de la volonté générale exprimée par le peuple ».
Dans les conditions habituelles de tenue de ces congrès du RPT , même l’élection du Secrétaire général du parti est devenue sans enjeu, puisque selon une source proche du parti, le candidat du « président-fondateur » est toujours désigné à la fin « par acclamation », consacrant la clochardisation de la rencontre.
« Toutes ces choses-là, vous en avez conscience et vous les vivez chaque jour dans votre entourage immédiat, mais vous avez peur de les dénoncer ; vous avez peur d’être excommuniés, peur de perdre votre confort relatif », poursuit Komlan Siliadin à l’adresse des membres du comité central du RPT.
Les cas de Dahuku Péré, Agbéyomé Kodjo et Adaoutéma Philomène exclus du parti après en avoir dénoncé les dérives despotiques permettent de prendre la mesure de la fébrilité qui s’empare des dirigeants togolais dès qu’une velléité de contestation se manifeste dans les rangs de l’ancien parti unique.

C’est aussi pourquoi après les premières fissures au sein du RPT le congrès de fin novembre sera suivi de près pour décrypter les réactions du pouvoir aux différents soubresauts de la scène politique togolaise ces derniers temps.

Par Franck Ekon