30/06/2022

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Consultations UE-Togo: l’Union Européenne annonce un premier round de fermeté !

Le décor des prochaines consultations entre l’Union Européenne et le Togo est désormais bien planté : Au-delà de tout misérabilisme, les analystes de Bruxelles s’en tiendront à leur appréhension traditionnelle de la fréquentabilité d’un régime: résolument concentrée sur l’exigence d’ouverture démocratique, le respect des droits de l’homme et la garantie d’un environnement socio-politique sain, la position européenne est aux antipodes du triomphalisme précoce affiché ces derniers temps par le pouvoir togolais…

Par Franck EKON

Une chose est au moins sûre à la veille de l’ouverture des consultations entre l’Union Européenne et le gouvernement togolais : les experts mandatés par Bruxelles n’ont pas prévu de round d’observation. Quatorze années environ de surveillance leur ont permis de se faire une idée de la nature et des réactions du pouvoir du Général Eyadéma. C’est certainement à cause de cette connaissance du régime en place au Togo que l’équipe chargée de mener les consultations est décidée à ne pas s’en laisser conter et surtout à obtenir du chef de l’Etat togolais et de son camp, des gages objectifs de crédibilité et d’ouverture politique dans le pays. Du reste, l’Union européenne insiste que c’est sur sollicitation du gouvernement togolais qu’elle entame ce processus de consultations. Les termes de la lettre d’invitation sont on ne peut plus clairs : « Monsieur le Premier Ministre, lors de votre rencontre avec M. Prodi, président de la Commission européenne, en date du 2 octobre 2003, vous avez exprimé le souhait du gouvernement togolais de renouer le dialogue avec l’Union européenne dans le cadre de consultations menées conformément à l’article 96 de l’accord de Cotonou pour discuter du processus de démocratisation et de la situation des droits de l’homme au Togo… » « Nous savons très bien à qui nous avons affaire et l’agenda des discussions tient majoritairement compte de ce facteur », rassure-t-on du côté de la Commission Européenne, à quelques jours de l’entame des consultations. Il s’agit surtout, pour Bruxelles d’analyser les divers arguments « décisifs » que prétend détenir l’actuel gouvernement togolais en faveur d’une éventuelle reprise de la coopération. Mais, l’Union européenne exige de confronter ces arguments avec la réalité observée sur le terrain, l’évaluation par rapport à l’Accord-cadre de lomé et aux repères de l’article 9, de l’Accord de Cotonou.

Nous sommes bien loin de l’ euphorie des « envoyés spéciaux » de Lomé 2, qui ne semble guère émouvoir l’équipe de Bruxelles. Clins d’œil répétés, victimisation excessive et lourdes campagnes médiatiques, rien n’a été ménagé par le camp présidentiel pour peser sur l’issue de ces consultations et amener l’institution européenne à revoir sa position vis-à-vis du Togo; même l’artillerie lourde du marketing diplomatique a été mise à contribution par le Chef de l’Etat togolais pour « conditionner » l’ambiance des prochaines consultations. A preuve, une grosse pointure comme Boutros-Boutros Ghali ou du menu fretin tel Michel Scharbonchi multiplient des déclarations sur la nécessité de lever l’embargo qui frappent le Togo depuis 1993. « Ce ne sont que des avis exprimés et ils ne peuvent se substituer à l’appréciation de la Commission sur le pays », rappelle un eurodéputé très au fait du remue-ménage occasionné par la perspective de ces consultations auprès des autorités togolaises. Excédés par ce zèle aux limites de l’indécence, certains membres de la commission ne cachent même pas que ce matraquage risque de produire un effet radicalement contraire aux projections de leur commanditaire. Les autorités togolaises en ont d’ailleurs été discrètement avisées, avec injonction d’arrêter cette campagne de désinformation.

Même si le soutien de certains pays comme la France au régime du Général Eyadéma est devenu plus qu’évident, le cahier de charge de la Commission est, précise-t-on, « suffisamment clair et explicite » pour édifier les experts européens sur l’angle d’attaque de la question togolaise. C’est concrètement à travers le prisme de cette visibilité que l’Union européenne s’apprête à discuter avec la délégation gouvernementale. Et à ce propos, le schéma bruxellois est bien ficelé : le gouvernement togolais doit donner des précisions sur des points précis : la réactivation immédiate du dialogue politique national ; la détermination d’un cadre législatif réglementaire et électoral acceptable par l’ensemble des acteurs politiques ; L’état de la mise en œuvre de la loi sur la décentralisation de 1998, les conditions de détention et de traitement des opposants politiques ainsi que les mesures prises pour assurer le respect des droits de l’homme dans le pays.

Habituée aux facéties des autorités togolaises et à leur propension au dilatoire, l’Union européenne cherche, manifestement, à se prémunir contre « toute surprise désagréable. « Des garanties sérieuses et des actions réellement évaluées seront requises pour faire évoluer les choses et nous y veilleront », avertit-on du côté de Bruxelles, à propos de ces négociations. Cette fois-ci, l’arme fatale de la diabolisation des opposants ne devrait plus suffire à convaincre les interlocuteurs du gouvernement togolais. Comme le montrent les axes essentiels du planning européen, le débat sera rude…

La rédaction letogolais.com