05/12/2022

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Le voyage d’Eyadéma à Paris : une addition salée au trésor public togolais !

Le gouvernement togolais, c’est connu, bat le pavé depuis plusieurs années pour la reprise de la coopération avec Bruxelles. Une coopération suspendue depuis 1993 en raison d’un « déficit démocratique » flagrant et de l’hermétisme du pouvoir du général Eyadéma. En visite dans la capitale française à la veille des consultations entre l’institution européenne et le Togo, le général et sa suite n’ont pas seulement densifié le lobbying pour la réactivation de l’aide internationale ; les témoins de cette visite présidentielle n’en reviennent pas encore de l’intensité avec laquelle le « robinet » des billets de banques a été ouvert par le chef de l’Etat togolais…L’art de gaspiller de l’argent au moment même où on en demande !

Par Franck Ekon.

Fatou est une jeune Malienne de 23 ans vivant à Stains( Seine St-Denis). C’est la première fois qu’elle voit « ça »…Avertie par une amie sénégalaise de l’arrivée du chef de l’Etat togolais et de son extrême prodigalité lors de ses visites en France, elle a finalement cédé devant l’insistance de son amie et accepté de l’accompagner ce 6 mars 2004 au pied-à terre parisien du « crésus » togolais ».
Sa surprise, au bout du compte, n’a d’égale que sa perplexité : « je m’attendais pas du tout à un truc pareil », déclare-t-elle encore toute retournée de ce à quoi elle vient d’assister. Après avoir battu le rappel des quelques togolais résidant en île de France, les racoleurs de la représentation diplomatique togolaise en France ont fait passer le message habituel : « togolais ou pas, il faut remplir la salle ! » Voilà pourquoi ce 6 mars, les Franciliens coutumiers des agapes présidentielles se sont donnés le mot pour se retrouver à la salle Equinoxe dans le 15è arrondissement de Paris. Fatou et des centaines de ressortissants d’autres nationalités qui ne savent même pas situer le Togo sur un atlas, se sont vus remettre chacun la somme de 50 euros pour le service rendu.

Les bénéficiaires de la manne présidentielle qui en étaient à leur première communion à cette table ne sont pas près d’oublier la particularité d’une ambiance aux limites de la frénésie religieuse. En véritables metteurs en scène, les agents de l’ambassade du Togo en France ne se gênaient même plus pour rameuter tous ceux qui se trouvaient dehors quelques instants avant l’arrivée du général sur les lieux ; un zèle assez pathétique qui a visiblement été récompensé, puisque de nombreux riverains qui faisaient leurs courses dans ce secteur du 15è n’ont pas mis longtemps à comprendre tout le parti qu’ils pouvaient tirer de ce petit détour. Pour Jackson, un Congolais très régulier à ce type de rencontres, le décor n’a rien de surprenant : « ceux qui distribuent l’argent savent très bien que la majeure partie de ceux qui viennent ici ne sont pas des togolais », affirme-t-il comme pour justifier sa participation à une séance que les médias laudateurs du pouvoir togolais s’empressent de présenter comme le symbole d’une symbiose parfaite entre Eyadéma et la diaspora.

Mais la tendance dépensière du chef de l’Etat togolais déborde largement les frontières hexagonales puisque de fortes représentations de congolais, de maliens ou encore d’ivoiriens venues de Suisse, d’Allemagne et de Belgique notamment ont pris part à la fête parisienne. « C’est comme d’habitude, le réseau d’annonceurs à Bruxelles nous a avertis dès le 1er mars que le président arrivait et qu’il recevrait la foule samedi ; nous sommes donc arrivés par bus ce matin », explique Alfred un ressortissant de Côte d’Ivoire, installé depuis quelques années en Belgique en précisant que seule la perspective de « se faire un peu d’argent sans trop se gêner » l’avait motivé à venir.
Même si les 50 euros reçus individuellement ont fait grincer les dents à certains habitués de la chose et engendré de violentes scènes de pugilat, on imagine aisément la taille de l’enveloppe qu’une opération de cette envergure a dû nécessiter.

« A chacun de ces voyages Eyadéma emporte environ 1.500.000.000 (un milliard cinq cent millions) de francs CFA dans ses valises et la plus grande part de cet argent est destiné à être distribué aux gens qui vont le voir », assure un ancien collaborateur du dictateur togolais aujourd’hui en exil aux Etats-Unis. « Ce qu’il distribue lors des manifestations publiques du genre de celle de samedi, n’est rien à côté de ce qu’il donne en catimini aux personnalités et aux journalistes qu’il reçoit et à qui on demande des articles flatteurs pour le régime », poursuit-il en rappelant que ces voyages présidentiels constituent un véritable casse-tête pour le ministère des finances, le Directeur national de la Banque centrale des Etats de l’Afrique occidentale (BCEAO) ainsi que pour les directeurs des « vaches à lait » de l’économie togolaise comme le port autonome de Lomé, la LONATO, les douanes et l’ancien Office togolais des phosphates.

Et comme pour corroborer les dires de cet ancien collaborateur du général, de nombreuses personnalités de divers horizons ont « squatté » avec une rare régularité la salle d’audience de la résidence située sur l’avenue du Maréchal Maunoury : de Maurice Druont (Académie française) à Boutros Boutros Ghali en passant par Abdou Diouf(Francophonie) sans oublier les griots de circonstance, les services du protocole présidentiel n’ont pas chômé. Et, connaissant la propension du général Eyadéma à « soudoyer plus vite que son ombre », on comprend vite par où est passé le magot emporté de Lomé. Et comme par le plus grand des hasards, la visite parisienne du général a coïncidé avec une offensive médiatique d’envergure : Valeurs actuelles, France 2, le nouvel économiste, France soir, entre autres ont été mis à contribution pour relayer la bonne parole du chef de l’Etat togolais. Quant à François Soudan, l’œil d’Eyadéma à « Jeune Afrique l’intelligent », il n’y va pas par quatre chemins : comparant son mentor de Lomé 2 à « un indéracinable baobab », le directeur de la rédaction de l’hebdomadaire panafricain se lance dans une série de considération sur le caractère inacceptable du maintien de l’embargo européen sur le Togo. Des piges qui sont généralement rétribuées à leur juste valeur et aussitôt exhibées comme de véritables trophées par les officines propagandistes du pouvoir à l’image du site gouvernemental republicoftogo.com.

« L’Union européenne doit comprendre que c’est à ce triste sort que Eyadéma destine l’argent qui doit servir aux togolais ; il faut donc réfléchir avant de reprendre la coopération avec ce pouvoir dans les conditions actuelles », avertit-on du côté de l’Union des forces de changement (UFC) devant la diarrhée financière occasionnée par seulement quelques jours de visite du général à Paris.
Très demandeur de la reprise de l’aide internationale au pays ces derniers temps, le pouvoir attend fébrilement l’échéance des consultations avec les experts de l’Union européenne au point d’en faire actuellement l’épine dorsale du débat national. Et c’est justement le moment choisi par Eyadéma et son bataillon pour venir narguer la commission européenne à quelques encablures de son siège.
Samedi dernier, devant un auditoire qui avait du mal à cacher son ennui et qui s’impatientait de recevoir la manne, le général a ressorti son célèbre récital sur l’opposition et sa soif du pouvoir, l’immaturité des politiciens togolais et leur refus du dialogue ; « ma seule ambition est de construire l’avenir du Togo », a-t-on notamment entendu venant de celui qui est considéré à l’intérieur et à l’extérieur du pays comme l’obstacle majeur à l’ouverture démocratique. L’institution européenne accusée de se livrer à « une énorme injustice et d’être une succursale de l’opposition » doit certainement savoir désormais à quoi s’en tenir avec des interlocuteurs de cette trempe….

La rédaction letogolais.com