08/12/2022

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Dimas DZIKODO après sa sortie de prison :« La Police est un haut lieu de torture »

Arrêté le 14 juin 2003 dans un cybercafé à Dékon par la Police, Le Directeur de la Rédaction de l’Hebdomadaire privé togolais l’Evènement a passé 11 jours en garde à vu et un mois à la prison civile de Lomé. A la suite d’un procès le 22 juillet dernier, il a été condamné à payer 500.000F d’amende pour «tentative publication de fausses nouvelles ». Le 24 juillet 2003, il a versé les 500.000F d’amende et est sorti de prison à 9H33. D’un cybercafé de Lomé à la prison, Dimas Dzikodo raconte son calvaire.

Motion d’Information : D’un cybercafé à la prison en passant par les violons de la Police Nationale. Comment va Dimas ?

Dimas DZIKODO : Je rends grâce à Dieu de m’avoir accordé sa protection pendant tous ces moments de détentions arbitraires pendant lesquels au-delà des tortures qui nous ont été infligées, des montages grotesques et sordides ont été fignolés pour détruire ma personne. Mais Dieu merci, tous ces montages ont échoué. Je suis actuellement sous traitement.

Avant tout et pour tout, permettez-moi de remercier de vive voix mes Avocats, qui, dès que contactés, ont accepté de se constituer à mes côtés pour me défendre gratuitement et avec brio. Car en fait, est-ce que j’avais les moyens de payer les honoraires de plus d’une dizaine d’avocats ? Que le Seigneur Dieu bénisse abondamment leurs entreprises et leurs cabinets.

Les mots me manquent pour remercier les organisations de défense et de protection des droits humains et de la presse ainsi que les 11 organisations qui avaient pris position pour ma cause parmi lesquelles Survie de François-Xavier Verschave, Amnesty International, Reporters Sans Frontière de Robert Ménard, etc. Je n’oublie pas le Comité de Protection des Journalistes depuis les Etats Unis. Je ne voudrais d’ailleurs pas les citer nommément au risque d’oublier certains et de faire des mécontents.

Sur le plan national, la mobilisation a été extraordinaire. C’est ainsi que je ne finirai pas de remercier la Ligue Togolaise des Droits de l’Homme, son Président Me Koffimessa Dévotsou, la LTDH pour les efforts qu’ils n’ont cessé de déployer jusqu’à ma libération. Les partis politiques à l’instar du CAR, de la CDPA, de la CDPA-BT, de la CPP, du PSR, de l’UFC (je les ai cités par ordre alphabétique) et leurs leaders charismatiques dont le soutien sur tous les plans ne nous ont jamais fait défaut lors de notre épreuve, ne sauraient être remerciés en ci peu de mots.

Enfin, tout le monde a constaté la force de frappe inestimable de la presse qui s’est affirmée réellement comme le 4e pouvoir. Le professionnalisme déployé par tous les confrères des journaux qualifiés de « proches de l’opposition » et des radios et télévision privées de la place a mis en déroute tous les honteux montages et les abus d’un pouvoir qui perd les repères. Félicitations et remerciements à tous les confrères et mes doyens et responsables des associations UJIT, OTM et ATEPP qui ont toujours été à nos côtés pour obtenir de haute lutte notre libération.

Je ne saurai terminer sans remercier les membres de ma famille tant naturelle que chrétienne, mes amis personnels au Togo comme ailleurs, et les bonnes volontés à travers le monde entier qui se sont mobilisés pour obtenir ma libération. Je sais aussi que du côté du pouvoir en place, tout n’est pas aussi parri et d’aucuns ont lutté pour ma libération. Je leur en suis gré. Que Dieu bénisse tout un chacun et rembourse par milliers, toutes les dépenses pour moi.

Plus de quarante jours de détention pour… rien ! Etes-vous satisfait du verdict du Tribunal ?

Pour rien ? Je ne le pense pas. Au fait si c’est dans le sens de notre innocence, là, je suis d’accord avec vous. Mais je pense que notre arrestation a permis de ternir encore plus à l’extérieur l’image du système qui nous régente et a suscité un sentiment de révolte au sein de la population. Tout cela constitue des germes de destructions d’une dictature qui visiblement n’a plus de beaux jours devant elle.

Satisfait du jugement ? Je dirai que le Tribunal a eu le courage de relaxer mes deux autres confrères mais n’a pas pu aller jusqu’au bout de ce courage pour m’acquitter. C’est ainsi que le Président du Tribunal a suivi le Parquet qui s’est mu en législateur en forgeant un délit imaginaire de « tentative de diffusion de fausses nouvelles ». Malgré les efforts déployés par mes conseils pour démontrer que ce délit n’existe ni dans le code pénal, ni dans le code de la presse, il m’a condamné à un demi million d’amende. Ce que je crains de plus dans cette affaire, est que ce verdict du Tribunal de première instance de Lomé, risque de faire l’objet d’une jurisprudence qui ouvrira à coup sûr, la voix à d’autres abus comme l’a constaté d’ailleurs Robert Ménard.

Comptez-vous alors relevez appel de cette décision ?

Je compte bien le faire mais vous savez, je doute fort que la Cour d’Appel ne dise le droit. Car sans toutefois manquer de respect à ceux qui sont aux commandes de cette instance, je dirai qu’en me référant à leurs expériences passées, il me sera difficile d’obtenir gain de cause. Je risque de voir mon amende augmenter, et même écoper d’une condamnation ferme.

Ce n’est tout de même pas la dernière instance ?

S’ils augmentaient au niveau de la cour d’appel mon amende avec contrainte de corps, je risque d’être jeté de nouveau en prison. Et cette fois-ci, il me serait difficile de regrouper la somme requise. Et je risque aussi de perdre du temps de l’énergie à mes avocats. De toutes les façons, j’analyserai la faisabilité de la chose avec eux.

Justement comment avez vous pu rassembler la somme requise pour payer l’amende d’autant plus que vous étiez contraint de la payer avant de sortir ?

C’est toute une longue histoire. Je remercie tout d’abord et du fond du cœur, le doyen Lucien Messan qui a parachever sa noble mission de nous voir libérer en sortant ses propres fonds pour pourvoir payer l’amende, quitte à lui rembourser après. Ce qui fut fait. Je ne saurais être d’accord avec ceux qui veulent le diaboliser. Dans cette affaire, il a été l’un de ceux qui sont partis le plus loin possible pour exiger ma libération ou notre libération. Ce qui lui vaut d’ailleurs une plainte déposée contre lui à la justice par le Colonel Takougnadi, celui-là qui dirige l’institution qui nous a torturés et que le Combat du Peuple à l’instar de tous les journaux et organisations de défense des droits de l’homme ont dénoncé. Je le remercie de tout mon cœur et je prie Dieu d’apaiser son cœur blessé.

Je remercie la Concertation Nationale de la Société Civile (CNSC), avec laquelle je n’ai aucune relation, je précise, d’avoir envoyé une somme de 515000 F pour payer l’amende. Mais la somme étant arrivée un peu tard, j’ai demandé à mes avocats de remettre de nouveau à la CNSC, ladite somme. Car je ne saurais exploiter ma situation inconfortable pour encaisser malhonnêtement les sous des bonnes volontés.

Mais, en fait, pouvez-vous nous dire franchement, à l’heure actuelle, qui a finalement payé l’amende ?

Mais voyez, pourquoi cela vous tient à cœur ? Voulez–vous y contribuer ou c’est par simple curiosité ? En tout cas, pour le premier vous serez les bienvenus ! (Rire).

Non, mais c’est compte tenu de l’exploitation médiatique que les gens font de cette affaire ?

Ceux qui veulent m’opposer à mes avocats, particulièrement Me Sokpoh Jonas, et même à Lucien Messan, se trompent de cible. C’est moi qui ai donné blanc sein à Me Sokpoh d’aller payer avec la somme que le doyen Lucien à bien voulu mettre à ma disposition. Or il s’est fait que le régisseur qui devait réceptionner les fonds n’est pas au bureau et l’opération n’a pas été effectuée ce jour. Le lendemain très tôt, ma famille a bêché et creuser des trous pour assembler les fonds qu’elle a remis à Me Sokpoh, un des Conseils qui se sont constitués pour notre défense. Ne voulant rien faire sans mon avis, il m’a demandé ce qu’il faut faire des deux montants disponibles. Je luis ai alors dit : « le doyen Lucien est parti très loin dans cette affaire et je ne veux pas lui créer des dépenses supplémentaires. Donc il faut utiliser les fonds rassemblés par la famille en attendant que je sorte et on verra le reste ». C’est comme cela que les choses se sont passées. Il n’ y a jamais eu de récupération quelconque de ma personne dans cette affaire. Je ne saurai être un héros aux dépens de ceux qui m’ont sauvé de l’abîme. A tout Seigneur, tout honneur.

D’aucuns disent sur les sites Internet que ce sont les fonds du Conseil Togolais des Editeurs de Presse Privée (CTEPP), que le confrère Lucien Messan a utilisés pour vous libérer et voient au travers une tentative de récupération de Lomé 2 de votre personne.

Ecoutez, soyons sérieux. Le mercredi 23 juillet où le doyen Lucien m’envoyait les sous, CETEPP n’était pas encore porté sur les fonds baptismaux. Comment peut-il être opérationnel ? De grâce, un peu de retenue dans nos propos au risque de ne plus voir personne à nos côtés quand le malheur va frapper à nos portes. Et surtout ne nous trompons pas d’adversaire.

Revenons un peu sur votre condition de détention dans les locaux de la Police. L’affaire a fait couler beaucoup d’encres et salives. Avez-vous été réellement torturé ?

Nous avions devant le Tribunal apporté la preuve des traitements inhumains et dégradants que les sbires de ce régime autocratique nous ont infligés dans les locaux de la Direction Générale de la Police Nationale. Nous attendons que le dossier de la plainte contre le doyen Lucien Messan soit enrôlé pour apporter d’autres éléments à ce dossier. Nous affirmons que la Police est un haut lieu de torture et un sanctuaire pour des tortionnaires qui infligent des traitements inhumains et dégrandants à ses paisibles citoyens. Tout cela doit cesser.

Pour finir, vous sentez-vous en sécurité au Togo ?

La sécurité ne se trouve qu’en Dieu. Ce serait une peine perdue que de vouloir attenter à ma vie rien que pour taire le dossier de la torture. Le dossier en lui-même existe et constitue une hydre pour le régime. Je ne sais pas si vous me demandez si je veux quitter le pays. Vous savez, la dictature peut frapper partout et le fait de s’exiler ne vous met pas à l’abri des snipers en missions commandées. C’est pourquoi je vous dis que la sécurité ne se trouve qu’en Dieu.

Propos recueillis par Gilles BOCCO