28/09/2022

Les actualités et informations générales sur le Togo

Discours de François BOKO à Hambourg

Mes chers compatriotes de la grande diaspora togolaise en Allemagne,

Chers amis du TOGO,

Mesdames, messieurs

L’émotion est grande et la joie immense de me retrouver parmi vous en terre allemande ce jour du 22 avril 2006, un an jour pour jour après ma démission fracassante du gouvernement togolais. Pour cette première sortie publique en Allemagne, permettez-moi avant tout de saisir cette tribune de Hambourg pour exprimer toute ma gratitude aux autorités allemandes et essentiellement au ministre des affaires étrangères de l’époque monsieur Joschka Fisher pour le soutien, la protection et la solidarité dont il a fait preuve à mon égard en envoyant son avion me chercher grâce à une opération d’exfiltration d’un rare professionnalisme.

Le ministre Joschka Fisher à qui je vous demande de rendre un hommage exceptionnel, a montré que l’Allemagne, pour ceux qui peuvent en douter, se range du côté des peuples en lutte pour leur liberté. Les démocrates et les républicains togolais apprécient ce soutien et lisent cette attention comme une marque de solidarité de l’Allemagne vis à vis de notre pays.
Je salue ce courage du peuple allemand qui sait le prix à payer pour arracher la liberté condition indispensable à tout projet de développement. Mais ce soutien et cette protection même s’ils sont naturels, n’ont été possibles que grâce à votre détermination et surtout à votre mobilisation. En effet, depuis l’ambassade d’Allemagne où j’étais réfugié, j’ai pu suivre à travers les médias la mobilisation qui a été la vôtre dans les différentes villes d’Allemagne pour exiger des autorités allemandes de préserver ma vie et d’assurer ma protection.

Mes chers concitoyens, c’est pour vous témoigner de vive voix cette reconnaissance que j’ai tenu aujourd’hui date anniversaire de cet événement à le vivre en terre allemande parmi vous et avec vous. Oui c’est bien grâce à votre mobilisation que j’ai eu la vie sauve durant les évènements sanglants que le TOGO a connus en avril 2005.

Mais vous me demanderez que s’est-il passé au juste cette nuit du 21 au 22 avril 2005 ?
Rentré d’une réunion d’état major qui a pris fin vers 21h dans la nuit du 21 avril 2005, j’ai pu mesurer au regard du plan de gestion qui m’a été exposé comment la hiérarchie militaire se trompait de voie pour croire encore malgré les risques réels de déflagration, à l’épreuve de force comme alternative. J’ai donc compris aussi qu’un scénario sanglant était orchestré dans mon dos pour conserver vaille que vaille ce pouvoir en utilisant ma caution et en m’empêchant d’influencer le cours des événements pour éviter le pire à ce pays. Après avoir essayé en vain de conjurer le pire, j’ai mis ma démission dans la balance pour exiger le report du scrutin et l’ouverture d’une transition négociée que devrait instaurer le président par intérim de l’époque, issu du RP T avec un Premier ministre issu de l’opposition en vue d’apaiser le pays et aller vers des élections non conflictuelles après une transition maîtrisée.

Voilà le crime de lèse-majesté que j’aurais commis. Alors ma tête fut mise à prix par le clan GNASSINGBE qui justement tirait les ficelles pour capter dans la confusion et l’épreuve de force le pouvoir qui pouvait ainsi lui échapper. Si le ministre de l’intérieur en charge de la sécurité, informé quotidiennement par les services spéciaux des risques de dérapages dont le président par intérim de l’époque, le premier ministre et les généraux sont également au courant, si ce ministre de l’intérieur en charge de la sécurité ne peut pas faire cette proposition qui peut donc la faire ?
Les discours extrémistes tenus par l’un des responsables de l’Etat selon lesquels « il vaut mieux 3000 morts que de sacrifier un peuple » relèvent d’un manichéisme inouï, car avec 3000 morts, le peuple est déjà sacrifié. Je suis sûr que monsieur Kofi Sama ne peut plus aujourd’hui répéter cette grossièreté qu’il a sorti en plein conseil des ministres le 24 Mars 2005 pour contenir mes réserves face aux atrocités qui se commettaient afin de permettre à un clan de conserver le pouvoir. Je suis aujourd’hui d’autant plus surpris que le président par intérim de l’époque dise qu’il n’était au courant de rien y compris de ma menace de démission en plein conseil des ministres lorsque certains « va-t’en guerre » malgré les atrocités quotidiennes magnifiaient encore l’épreuve de force.

Alors Monsieur Abass BONFOH, président par intérim de l’époque, si vous prétendez ne pas être réellement informé des risques de dérapages, quel était l’objet de l’arbitrage que vous avez fait en plein conseil des ministres le 24 mars 2005 lorsque je vous demandais face aux thuriféraires qui croyaient que la seule manière de faire était l’épreuve de force, de chercher quelqu’un d’autre pour assumer les fonctions de ministre de la sécurité et que je rendais mon tablier ? Soyez sérieux, ne fuyez pas vos responsabilités. Si malgré tout cela vous prétendez ne pas être au courant de ces risques, dans ce cas, vous n’êtes qu’un figurant au sein de l’appareil donc vous ne méritez pas ces responsabilités d’Etat.
Je veux prendre à témoin tous les autres ministres notamment les va t’en guerre qui se reconnaîtront et en particulier monsieur Pitang Tchalla, ministre de la communication de l’époque, qui m’a sorti durant ce conseil du 24 Mars 2005 je cite : « le président est parti et certains veulent déjà nous quitter » et à moi de répliquer : « Oui si je suis mis en minorité sur des sujets qui touchent à la sécurité des citoyens, je partirai ». Et le 21 avril 2005, mis en minorité par la classe dirigeante et la hiérarchie militaire sur l’option à prendre, j’ai démissionné.
Comme réplique à cette attitude, ma tête fut mise à prix et le clan a voulu m’abattre.
Aujourd’hui, vous ne niez plus l’évidence, vous vous cachez derrière vos manteaux d’agneaux d’humanistes, de croyants, vous continuez à vous regardez dans la glace sans avoir honte de vous, vous osez encore communier à l’Eglise m’a t’on dit. Oui j’ai refusé de faire le sale boulot pour vous permettre de conserver ce pouvoir parce que mes convictions profondes ne me permettent pas de croire qu’il faille absolument marcher sur des cadavres pour accéder au firmament de la gloire.
Mais aujourd’hui vous voyagez librement, vous vous êtes assurés des retraites dorées. Mais nous irons jusqu’au bout dans notre lutte et nous obtiendrons lors d’un de vos passages en Europe une confrontation judiciaire sur ces faits pour le respect de la mémoire de ces centaines de nos compatriotes que vous avez poussé par votre zèle dans l’abîme.

Mesdames, Messieurs,

Ce fut dans ces conditions d’une extrême précarité qu’à deux heures du matin alors que je croyais mon chemin balisé je fus contraint de faire volte face et de solliciter la protection de l’ambassade d’Allemagne avec qui, il faut le souligner, je n’entretenais aucune relation particulière. Quelques jours ont permis au clan, à cause d’une indélicatesse, d’être au courant de ma position. La mèche a été vendue par un responsable de la CEDEAO qui se reconnaîtra ; pourtant avec cette personnalité qui donnait l’impression d’un humaniste effréné, nous avons échangé des informations en vue de sauver la paix au TOGO ; tout comme avec la fameuse ministre des affaires étrangères du Niger qui a qualifié ma démission d’irresponsable. Il est vrai qu’au début de la crise de succession les principes humanistes l’emportaient sur les intérêts frivoles qui sont venus par la suite perturber le cours normal des choses. Une fois les autorités ayant su ma présence au sein de l’ambassade d’Allemagne, elles commencèrent une campagne médiatique d’intoxication et de dénigrement sur ma personne et celle de l’ambassadeur d’Allemagne. La stratégie d’intoxication et de désinformation a atteint son paroxysme avec l’élaboration par un officier qui se reconnaîtra facilement d’un tract jeté aux alentours de l’ambassade dans lequel, il était écrit que l’ambassadeur m’a offert protection et asile parce que j’étais son complice dans le trafic de drogue qui lui permettait de préparer ses vieux jours. C’est vraiment ridicule et grossier.
Mais celui qui a fait distribuer ces tracts évidemment mensongers se rappellera le contenu et le motif exacts de sa punition que le général Eyadema avait à l’époque acceptée mais en demandant de masquer les motifs pour ne pas éveiller l’attention de la communauté internationale. Qu’il se souvienne du motif exact de sa punition qu’il a signée et dont j’ai refusé de changer une seule ligne et il me dira qui de lui ou de moi est le trafiquant de drogue que décrit le tract qu’il a distribué pour décourager les Allemands de m’apporter leur protection.
Toujours dans cette stratégie d’intoxication, un autre tract fut distribué. Il faisait état que l’Allemagne m’avait versé 17 milliards de FCFA pour obtenir ma démission.

Malgré les tracts insultants et même menaçants, l’ambassadeur d’Allemagne au TOGO Monsieur Klaus GRUMANN n’a pas cédé aux pressions et à continuer à m’accorder sa protection à titre humanitaire. Dans ce contexte, le clan au pouvoir décida tout simplement de m’éliminer. Un officier qui se reconnaîtra d’ailleurs m’appela en des termes menaçants, « désormais je cite, je ne suis plus ton cousin. Tu es mon ennemi. Si tu me vois le premier tue moi et si je te vois le premier je te tue. » J’ai néanmoins eu le temps de lui dire que je continue à le considérer comme un cousin et non un ennemi. Il mit ses menaces à exécution. Très rapidement, il posta des hommes armés de fusils silencieux à l’hôtel Bellevue qui est en face de la résidence de l’ambassadeur d’Allemagne. J’ai reçu par la suite un texto d’un ami dont je ne cite pas le nom m’invitant à sortir de l’ambassade d’Allemagne pour me rendre à l’hôtel Bellevue où m’attendait Charles DEBBASCH qui veut me parler. Ce même DEBBASCH qui le 6 février 2005 m’a proposé avec Faure GNASSINGBE de déposer des armes au domicile de NATCHABA à Lomé ou à Mango en vue de simuler une tentative de coup d’Etat ; ce qui selon eux le disqualifierait pour assurer l’intérim comme commençait à l’exiger la communauté internationale. Evidemment j’avais refusé en expliquant que personne ne pouvait croire à ce montage. Pauvre NATCHABA, il aura été bien servi par ses amis.
Je savais pour revenir à la proposition de mon soi-disant ami que je signerai ma mort en allant dans cet hôtel. Ayant refusé, les tireurs postés ont cherché le meilleur angle pour tirer. Le lendemain, nous retrouvons sur la terrasse contigue à l’endroit où je déjeunais avec le couple GRUMANN, un étui de cartouche que les services allemands ont pris pour identification. On l’a échappé bel. N’ayant pas réussi à m’atteindre, car l’angle de tir était réduit, il a été convenu selon les renseignements recueillis d’investir tout simplement l’ambassade pour m’en sortir et m’éliminer. Les conseils semble t’il de Charles DEBBASCH les en a dissuadé. C’est dans ces circonstances qu’a été organisée en échange de la première opération la destruction de l’institut GOETHE par des hommes en cagoule et armés. Evidemment toutes ces différentes opérations ont été exécutées sous le commandement de mon cousin, l’officier en question. Il faut dire au passage que cet officier a rarement fait preuve de stabilité morale.
A plusieurs reprises, ses positions, ses pratiques ont porté atteintes à la carrière de ses frères d’armes. Il a ainsi contribué en partie à mettre en péril la carrière du Lieutenant colonel BITENIWE dans un montage des plus inimaginables.
En parlant d’instabilité morale, il me souvient qu’en 1997 j’étais à Paris et cet officier suivait son cours d’état major à Compiègne en France. En ce moment, séjournait également à Paris sa fiancée qui n’est autre qu’une fille du général Eyadema. A cette époque sa fiancée le quitta pour un autre, une crise de ménage que j’espérais passagère. Après plusieurs tentatives vaines de les aider à retrouver le chemin de l’harmonie, on fut obligé de partir en constatant l’irréparable. Face à cette situation, il me proposa qu’à notre retour au Togo de faire un coup d’état au général car c’est à cause de lui que ses filles tournaient en bourrique les officiers avec lesquels elles sortaient me dit-il. Je lui répliquai non sans une pointe d’ironie de revenir à de meilleurs sentiments qu’une déception sentimentale n’est pas un mobile suffisant pour justifier un coup d’état encore moins pour réaliser une ambition politique. Quelques années auparavant, il avait voulu déserter l’armée togolaise et intégrer la légion étrangère suite à une éphémère déception venant de la même fiancée. Je l’en avais dissuadé. Evidement entre temps, elle est revenue à de meilleurs sentiments ; l’officier en question a retrouvé sa place et je peux comprendre le zèle dont il fait preuve y compris en tentant d’assassiner un de ses collègues de surcroît proche parent pour montrer sa fidélité au clan.
Je lui souhaite une bonne route en espérant que désormais, son soutien au régime ne variera pas au gré d’éventuels aléas sentimentaux. Car ce n’est pas dans ce cas le sorcier qui l’exposera au soleil mais plutôt le crime facile pour se racheter qui l’y exposera. Tout comme il pourra exposer au soleil le chef de cet officier cousin, un Colonel qui, lors de mon exfiltration, déterminé à en finir avec moi, avait fait monter une embuscade pour tirer sur le convoi avant de se raviser suite à des pressions exercées par certaines Chancelleries. Comment expliquer ce zèle d’un officier pourtant connu pour son inaptitude au commandement comme aimait l’apprécier le Général Eyadema. Quelques semaines avant, il est vrai que suite à sa volonté fermement affichée de rompre sans détails et sans ménagement une manifestation de l’opposition, il s’était engagé déjà une altercation entre lui et moi, relative à un conflit de compétence lorsque je lui rappelais que seul le Ministre de l’intérieur pouvait prendre une telle décision et que pour l’harmonie fonctionnelle, il fallait que chacun restât à sa place. D’ailleurs faut-il le souligner, le zèle dans le maintien de l’ordre amena cet officier à solliciter et à obtenir 600 millions de F CFA afin d’acheter des canons à eau pour gérer les manifestations publiques en lieu et place des armes. L’intention est louable. Seulement voilà, une fois cette somme débloquée, ce matériel n’a jamais été livré. En lieu et place, ce sont 2500 coupe-coupes qui ont été achetés. Pourtant l’homme d’affaires chez qui ces canons à eau ont été soit-disant commandés est connu. Il s’agit tout simplement du beau-frère par alliance de ce Colonel qui incessamment espère prendre le commandement des armées. On peut comprendre aisément alors le zèle de ce Colonel qui, je l’espère pourra un jour retourner les 600 millions au Trésor pour éviter que le crime ne l’expose.
Oui, dans les coulisses du pouvoir, on a des états d’âme, mais à cause des intérêts, on s’enferme dans un étau et on est les premiers à se plaindre en privé et les plus zélés à envisager en public des scénarios y compris sanglants pour montrer au clan au pouvoir son adhésion.
C’est le double langage avec à l’appui des attitudes contradictoires et c’est le propre des individus sans densité et incapables de s’assumer. Souhaitons que l’amour avec leur dulcinée soit au beau fixe et les espèces sonnantes soient toujours de mise afin de stabiliser leur conviction s’ils en ont.
Sans densité, comme un nouveau ministre délégué non encore initié aux subtilités des pratiques gouvernementales, qui croyant si bien faire, est venu dans un ministère d’un Etat européen dont il me plait de taire le nom, m’accuser d’avoir commandé le fameux bateau de drogue. Mal lui en prit, la manipulation n’a pas fonctionné. Il s’est ridiculisé car c’est ce ministère qui détient tout le dossier de la drogue au Togo, celui du fameux bateau, ainsi que les résultats des investigations menées par les polices européennes. L’Espagne et la France avaient demandé et obtenu l’arraisonnement du bateau PITEA et les investigations ont révélé des résultats scandaleux dont la décence demande qu’on travaille de sorte à redresser la barre pour crédibiliser l’Etat.
Le général EYADEMA l’avait compris et c’est triste que ceux qui prétendent le remplacer ne le comprennent pas et magnifient l’épreuve de force en prônant l’élimination physique de celui qui a en ses mains les dossiers gênants qu’il a promis pourtant ne pas s’en servir dans le débat politique. L’élimination physique n’est pas la solution et mieux elle peut sonner le glas et emporter ceux qui croient qu’ainsi ils peuvent étouffer les dossiers compromettants. Ils doivent savoir que dans la gestion des dossiers sensibles, on n’est jamais seul, on travaille toujours en synergie avec des structures internationales qui ont un intérêt dans la lutte contre ces pratiques illicites, on prend des garanties solides.
La manière de résoudre ces problèmes n’est pas de menacer d’éliminer celui qui a eu à connaître ces dossiers dans le cadre de ses fonctions.
La bonne manière c’est d’envisager des réformes audacieuses et structurelles pour que notre pays le Togo dans l’avenir ne prête pas le flanc à des pratiques illicites.
Nous avons promis des réformes crédibles pour éponger le contentieux éthique et résorber la crise politique. Et ce sont ces réformes que je demande au clan au pouvoir de mettre en œuvre pour crédibiliser l’Etat au lieu de se complaire dans un exercice permanent de manipulation et de renversement de preuves. Que le clan au pouvoir le sache, que ce soit dans l’affaire du bateau de drogue dénommé PITEA ou dans celle relative aux faux dollars ou celle du blanchiment, ou celle du trafic des armes, je n’accepterai pas d’être le fusible d’un Etat réfractaire aux réformes et ce ne sont pas les renversements de preuves, la calomnie, les menaces, les intoxications diplomatiques qui me feront plier. Bien au contraire, ces pratiques ridiculisent leurs auteurs et étalent au grand jour les errements de ceux qui prétendent gouverner le Togo et me confortent dans ma détermination. Jusqu’à présent et malgré les multiples provocations, aucun de ces dossiers n’est sur la place publique parce que j’ai une certaine vision des fonctions d’Etat.
Pourquoi le régime refuse-t-il des réformes ? Pourquoi fait-on semblant d’œuvrer pour la reprise de la coopération alors qu’au même moment on déclare subrepticement lors du grand rapport 2005 je cite : « mon père a dirigé le TOGO pendant 13 ans sans l’aide de l’Union Européenne et par conséquent avec ou sans la reprise de la coopération on peut tenir » Fin de citation.
Sur quelles ressources compte-t-on pour narguer ainsi la communauté internationale et prendre en otage tout un peuple réduit à la mendicité pour les uns et transformé en clientèle politique pour les autres qu’on fidélise en distribuant des miettes.
Qu’on soit clair, les ressources non fiables entretiennent une clientèle politique et renforcent ainsi le contrôle du pouvoir politique mais elles n’ont jamais permis de réduire la pauvreté, encore moins de développer un pays. Le contentieux politique et éthique se trouve à ce niveau, comment sortir de ce cycle pour capter des ressources susceptibles de créer des richesses pour faire reculer les frontières de la pauvreté. Il n’y a pas d’autres solutions que celles qui passent par des réformes courageuses pour recréer la confiance, promouvoir l’état de droit, garantir le retour des investisseurs.

LES PERSPECTIVES

Mesdames, Messieurs,

Dans la situation politique difficile que traverse le Togo, le pouvoir use évidemment de la désinformation pour faire croire que le pays est apaisé. Très récemment, à coup de milliers d’euros, le pouvoir à acheter dans un organe de presse des pages de publicité pour manipuler la communauté internationale alors que sur le terrain la tension est perceptible, les agressions sont légion. Les atrocités que le pays a connues il y a un an, ont laissé des plaies difficiles à cicatriser et il n’y a eu aucune suite judiciaire aux faits établis par le rapport des Nations Unies.
La situation politique est précaire et pousse les plus fatalistes à une sorte de résignation ou de collaboration et les autres à l’exil.
Face à cette situation, je lance un appel à la communauté internationale afin qu’elle reste vigilante et qu’elle ne tombe pas dans le piège des discours manipulateurs de certains zélés de l’équipe gouvernementale qui, pour empêcher les pays amis de manifester leur solidarité à l’égard des réfugiés togolais, tentent par des discours lénifiants tenus de capitales en capitales de faire croire que l’apaisement est de retour au Togo où tout marche désormais bien. La manipulation a atteint son paroxysme avec des images diffusées sur les médias officiels pour faire croire que les réfugiés retournent au bercail. Comment peut-on parler de retour à l’apaisement quand on tente d’assassiner des journalistes en pleine capitale ? Peut-on parler d’apaisement lorsque des informations persistantes font état d’élimination de journalistes usant de leur liberté de plumes en vue d’assainir la profession ? Certains réfugiés qui ont cru à ce discours lénifiant ont pris le risque de retourner dans leur ville d’origine notamment à Tchamba et ont payé les frais de cette naïveté.
Ils ont été humiliés, bastonnés et spoliés par des milices proches du pouvoir. Voilà la réalité de l’apaisement dont on nous parle inlassablement sur certains médias internationaux.

C’est le lieu pour moi tout en remerciant les autorités allemandes pour leur générosité et leur hospitalité de leur demander de ne pas écouter les sirènes de la démagogie et de la manipulation, et de continuer à faire preuve de solidarité et d’attention à l’égard de ceux de nos compatriotes qui ont choisi de vivre leur exil sur cette terre légendaire allemande. Je demande en retour à nos compatriotes de faire preuve de civisme pour mieux assimiler l’histoire, la langue et la culture allemandes afin de favoriser leur intégration et de vivre en parfaite symbiose et harmonie avec les lois, les us et coutumes du pays hôte.

Mesdames, Messieurs,

comment pourrai-je clore ce volet sans avoir une pieuse pensée et attention à l’égard de ceux de nos compatriotes qui vivent en exil au Bénin et au Ghana ? Je pense particulièrement aux réfugiés d’Agamé qui ont été doublement victimes de l’intolérance du clan au pouvoir à Lomé. En effet, contraint par les milices du clan au pouvoir de prendre le dur chemin de l’exil, ils n’en seront pas à leur dernier calvaire. Ils sont pourchassés jusqu’à leur lieu d’exil où cyniquement le pouvoir a infiltré des activistes qui se font passer pour des Béninois et sèment désolation et atteinte aux normes internationales en la matière. Voilà pourquoi du haut de cette tribune, je lance un appel aux organisations humanitaires notamment au HCR dont je salue au passage la détermination et le soutien apportés à nos compatriotes en exil, pour qu’elles redoublent de vigilance, de générosité et de solidarité afin que ce qui se passe à Agamé soit rapidement remédié dans l’intérêt des réfugiés. La mobilisation de certains acteurs humanitaires et de la société civile au côté du HCR peut remédier à une situation quasi délétère dans ces camps de réfugiés où le pouvoir togolais au lieu de travailler à donner des garanties de sécurité, harcèle les réfugiés de manière à les contraindre à retourner au bercail où les attendent certaines pratiques observées à Tchamba, il y a quelques semaines.

Mais face à cette situation catastrophique, la problématique reste la même. Que faire face à un régime qui refuse les réformes et la modernisation ? Comment arracher le progrès politique et bâtir l’Etat de droit surtout à un moment où l’on parle d’un dialogue dans lequel le pouvoir espère faire semblant pour ne rien concéder ?

Mesdames, Messieurs, chers concitoyens de la diaspora togolaise en Allemagne

Permettez-moi en cela de vous féliciter pour la pertinence du thème de votre rencontre citoyenne de ce jour.
L’union des forces de progrès pour sauver la Patrie.
Je voudrais m’approprier le thème de vos assises et lancer de façon solennelle encore une fois un appel à l’union sacrée de tous ceux qui luttent pour l’avènement d’un nouvel ordre politique au Togo. J’invite notamment les responsables de l’UFC, du CAR, de la CDPA, de l’ADDI , de l’ADP à se concerter quotidiennement avant et après les fameuses séances de dialogue pour harmoniser leurs points de vue et aboutir à des positions consensuelles et communes opposables au pouvoir afin que celui-ci n’exploite pas comme à l’accoutumée leurs divergences parfois légitimes. Il est dommage que les différentes forces politiques n’aient pas travaillé comme nous leur avons suggéré, il y a 2 mois pour l’élaboration d’une plate forme revendicative commune opposable au pouvoir. Ceci aurait permis d’éviter les divisions intestines qui font le jeu de ceux qui refusent le progrès dans notre pays. Néanmoins, une concertation au forceps peut permettre de réduire ces craintes et de présenter une alternative crédible au peuple togolais. Mais cette alternative ne doit pas être laissée aux seuls soins des partis politiques. La mobilisation citoyenne doit pouvoir constituer le ferment et le ressort essentiel de l’unité d’action des forces luttant pour le progrès au Togo. Dans ce sens, les acteurs de la société civile émergeante doivent sortir de leur léthargie et se positionner résolument comme alternative face au refus du pouvoir d’ouvrir le Togo à la démocratie et aux atermoiements d’une opposition minée par des querelles intestines. Les syndicats doivent aussi être à l’avant-garde du mouvement alternatif car c’est le refus du progrès politique au TOGO qui est la source principale de la précarité dans laquelle vivent les travailleurs tant du secteur privé que public. Dans ces conditions, il ne sert à rien de multiplier les revendications face auxquelles le pouvoir manipulateur oppose un dialogue social pour gagner du temps alors qu’il sait que l’état des finances publiques, l’absence d’aide extérieure et l’absence de réformes crédibles compromettent la satisfaction des revendications posées.
Ainsi, les syndicats doivent accompagner la mobilisation citoyenne car elle seule peut constituer une alternative pour résorber la crise que traverse le Togo qui est avant tout une crise politique à répercussion sociale, économique, culturelle etc…
Ne confondons pas la maladie aux manifestations de celle-ci. L’union des forces de progrès, la mobilisation citoyenne et celle des syndicats doivent permettre de poser 4 exigences principales devant aboutir à un accord politique susceptible de sceller un nouveau départ à travers la mise en place d’un nouveau gouvernement.

La première exigence est la nécessité d’une table ronde de réconciliation qui permettra de poser les vrais problèmes qui minent la marche vers le progrès politique et d’en trouver les solutions qu’un gouvernement pourra mettre en œuvre sous le regard très avisé d’un organe de suivi et d’évaluation. Au cours de cette table ronde, sera posée et débattue la question de la constitution notamment les dispositions à réintégrer en vue de ramener l’apaisement car les modifications de 2002 ont vidé notre loi fondamentale qui n’a plus rien de fondamentale. Le Premier ministre n’est plus nommé dans la majorité parlementaire, ses pouvoirs ont été réduits à un simple technicien de service, un valet du président, rendant ainsi sans signification et sans objet politique les prochaines élections législatives dont on nous fait miroiter les vertus.

La table ronde pourra également débattre de l’épineuse question de la restructuration de l’armée. La réforme de l’armée ne veut aucunement dire « réformer les soldats » comme certains manipulateurs du pouvoir ont pu inculquer à nos troupes pour braquer nos soldats et susciter leur méfiance vis-à-vis des mesures pourtant positives. Celles ci visent la professionnalisation de notre armée en vue de la soustraire des champs de ceux qui les instrumentalisent à des fins de pouvoir. La restructuration de l’armée et pour éviter toute équivoque sémantique signifie : l’octroi d’un statut aux forces armées, la définition d’un profil de carrière pour la promotion, les avancements, les stages de nos soldats qui ne doivent plus être gérés au pifomètre, ou avec l’arbitraire actuel qui récompense ceux qui commettent les basses besognes. Elle signifie aussi la conception et la mise en œuvre au sein de nos armées d’une culture républicaine mettant fin à l’idolâtrie en cours dans nos troupes.

La restructuration de l’armée occasionnera la maîtrise des effectifs qui permettra d’augmenter les salaires de nos soldats, de définir une politique sanitaire crédible ainsi qu’une politique sociale susceptible d’offrir une habitation à chaque soldat au moment de son départ à la retraite. C’est faisable car d’autres armées de la sous région ont réussi ce challenge et il n’y a pas de raison que ce pari ne soit pas tenu.
Après la table ronde, l’exigence de justice doit permettre de poser les fondations d’une vraie réconciliation susceptible de susciter un nouveau départ. L’exigence de cette justice ne s’enferme pas ici dans des démarches dogmatiques ou judiciaires classiques. Il s’agit de faire preuve d’inventivité au regard du rapport des Nations Unies qui à l’analyse des faits établis doit permettre dans le cadre d’une commission justice et vérité de faire une catharsis collective à travers la connaissance de certaines infractions commises. Ce mécanisme doit permettre de mettre face à face victimes et auteurs de façon symbolique pour établir la culpabilité et la réparation et sceller le grand pardon. Cette procédure pourra exorciser le mal, ramener la confiance et remédier à la culture de l’impunité qui fait que plus personne ne croit à un pardon factice. Avant de pardonner comme le demande à longueur de journée le pouvoir togolais, encore faut-il savoir qui a fait quoi et qui doit pardonner à qui.
La troisième exigence est celle de l’ouverture d’une transition gérée par un nouveau gouvernement censé mettre en œuvre l’accord politique issu de la table ronde, en réconciliant le pays et en organisant à la fin de la transition un processus électoral pour donner au peuple la liberté de choisir ses dirigeants.
Enfin la quatrième exigence est celle d’un dispositif électoral capable d’organier des scrutins crédibles dénués de toute crainte de défaite, cette crainte qui provoque souvent des stratégies les plus inimaginables des fraudes électorales. Le pays apaisé pourra connaître des élections moins conflictuelles sous la supervision d’une observation internationale et sécurisée comme en 1994 par un dispositif de forces internationales. Cette exigence est primordiale pour donner au vote tout son sens et garantir la liberté de campagne indispensable à l’expression libre du suffrage.

Ces exigences relèvent du bon sens et peuvent permettre de résorber la crise de succession que connaît le TOGO depuis un an ainsi que la crise politique que ce pays traverse depuis plus d’une décennie. Nos voisins ont fait des pas de géants pendant ce temps, et il nous appartient aujourd’hui de réaliser le miracle togolais pour rattraper le temps perdu.

Mesdames, Messieurs, mes chers concitoyens,

Le défi du progrès est énorme tant les forces qui s’opposent à lui, bien que minoritaires, ont une grande capacité de nuisance. Elles sont habiles dans l’exploitation des divisions et manipulent avec succès le double langage et l’intoxication pour tromper la communauté internationale. Cette communauté internationale une fois lassée de notre situation peut se satisfaire des solutions de rafistolage. Voilà pourquoi plus que jamais, l’unité d’action, devra être de mise, en vue de fédérer les énergies, harmoniser les positions et définir une plate forme revendicative commune susceptible d’arracher le progrès. Nous sommes à une période cruciale de cette lutte que nous autres venons d’embrasser même s’il faut le souligner mon combat pour le progrès a commencé déjà sous les drapeaux.
Parce que nous sommes les derniers venus dans l’arène, on caricature nos intentions. C’est de bonne guerre. Le RPT a annoncé les couleurs, aucun qualificatif dédaignant n’est de trop : traître, officier félon, ambitieux manipulé par l’opposition et les puissances occidentales. Que les uns et les autres se rassurent. Si l’opposition et le RPT réunis à l’hôtel de 2 février à Lomé pour le dialogue tant attendu, trouvent un compromis dynamique susceptible de résorber la crise, je me rallierai au consensus républicain. Ils ont l’impérieux devoir de trouver ce compromis qui ne doit brader ni le progrès encore moins la mémoire des centaines de nos compatriotes ayant versé leur sang pour la liberté. Mais s’ils échouent, ils ne pourront pas contenir pendant longtemps la soif de liberté des Togolais, encore moins empêcher des citoyens nourrissants plus d’ambitions pour leur pays et d’ouvrir une nouvelle page de l’histoire du Togo.

Vive la deuxième indépendance du Togo et que l’Eternel bénisse le Togo Je vous remercie