03/12/2022

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Du Togo à la RD Congo, l’Union Européenne face à ses contradictions

Par Kenge Mukengeshayi

Ce qui se passe en ce moment à l’Union européenne (UE) est surprenant, du moins en ce qui concerne les dossiers Togo et Rdc.

Commençons par le Togo, car c’est là où on ne reconnaît plus l’Ue par rapport à l’un de ses principes fondateurs qui est celui de faire rayonner les valeurs démocratiques à travers le monde.

Après le scrutin chaotique qui a porté Faure Eyadema, le fils du dictateur défunt, au pouvoir par la voie des urnes, l’UE avait observé un silence déconcertant. Celui-ci a très vite été interprété comme un désaveu au hold up électoral réalisé par le clan Eyadema au Togo. Auparavant, l’Union européenne avait pris soin de ne pas mandater ses observateurs pour couvrir le processus électoral togolais dont la précarité de la préparation ne donnait aucun gage sur la régularité du scrutin lui-même.

Cette réserve est une preuve que l’Ue était bien consciente que les conditions de la tenue d’un scrutin plus ou moins régulier n’étaient pas réunies. Ce qui fut confirmé plus tard, non par le rapport alambiqué des observateurs de la Cedeao qui eux ont rapidement et honteusement avalisé ce scrutin. Mais plutôt par des images de presse indiscutables montrant des militaires en train d’arracher des urnes dans des quartiers favorables à l’Opposition.

Ces images que personne n’a contesté jusqu’à ce jour ont fait le tour du monde. Elles ont montré comment l’armée de Faure Eyadema s’était muée en Commission électorale et comment elle a infligé des bastonnades sanglantes aux électeurs qu’ils soupçonnaient de vouloir voter pour l’Opposition. Ces images ont surtout ridiculisé la Cedeao qui a accrédité le scrutin, malgré les preuves patentes de l’existence du racket électoral organisé par la dictature militaire togolaise.

L’Union européenne avait donc raison d’émettre des réserves sur la régularité avant même la tenue du scrutin. La France était jusque là le seul pays européen à soutenir effrontément le hold up électoral de Faure Eyadema. Mais tout le monde connaît le sentiment des officiels français vis-à-vis des dictateurs africains qu’ils ont soutenus à bout de bras pendant des années contre la volonté des populations.

Ce qui est grave, c’est que l’Ue avait effectivement raison. Car contrairement au rapport très contestable de la Cedeao, les représentants de l’Ue au Togo ont fait le leur, qui s’est retrouvé dans la presse avant toute manipulation possible. On y découvre que dans des circonscriptions favorables à Faure Eyadema, il y a eu près d’un million de votants fictifs non inscrits sur les listes électorales. Un million de faux bulletins sur un total de 3,8 millions de votants, c’est déjà la victoire.

Ce n’est pas tout. Les représentants de l’Ue au Togo ont également noté que dans des secteurs favorables à l’Opposition, l’armée a empêché 450.000 votants d’accomplir leur acte civique. Quel trou pour l’adversaire de M.Eyadema. Les représentants confirment aussi de nombreux cas des urnes arrachées et emportées par des soldats ainsi que beaucoup d’autres irrégularités qui stigmatisent le fait que Faure Eyadema a bel et bien triché avec l’aide de l’armée.

On ne comprend pas comment l’Ue, forte de ce rapport accablant élaboré par le soin de ses propres mandataires sur place, fait un revirement inexplicable au moment où on attendait d’elle un signal fort en direction de Lomé. En effet, le vendredi 06 mai 2005, l’Union européenne était livrée à ses propres contradictions lorsque, par la bouche de M.Louis Michel, elle a pris acte de l’élection de M.Eyadema à la Présidence du Togo.

Le Porte-parole de M.Louis Michel, le commissaire européen chargé du développement a souligné qu’ils n’ont pas tenu compte de ce rapport du fait que l’Ue n’a pas observé ces élections et qu’il est du bon droit que leur Organisation s’aligne sur la position de la Cedeao qui a observé le scrutin. Heureusement que le ridicule ne tue pas. Car là, l’Union européenne qui nous donne des leçons de bonne gouvernance et de démocratie à longueur de journées, nous apprend aussi dans ses contradictions qu’on peut construire un Etat solide sur la tricherie et le banditisme d’Etat. Mais on sait que s’il ne s’agissait que de ces tares-là, beaucoup de pays africains et notamment la Rd-Congo seraient loin sur le plan du développement et de l’épanouissement de leurs populations.

C’est le contraire quand on voit le degré de misère indicible des populations dans ces pays qui pratiquent contre leurs peuples le terrorisme d’Etat comme c’est le cas auTogo de Eyadema père et fils. Puisqu’un Etat ne peut se construire sur la tricherie et la machination, tous ceux qui ont avalisé le hold up de Faure Eyadema n’ont fait qu’aider ce dernier à ramener le Togo à la dictature abjecte et sanguinaire de feu son père, le général Eyadema. Pourtant on pouvait espérer que l’Ue joue le rôle de régulateur dans le casse-tête togolais afin d’exercer des pressions pour arriver à l’organisation d’un scrutin transparent et assurer ainsi le décollage économique de ce petit pays ruiné par les 38 ans du pouvoir d’Etienne Eyadema.

L’Ue devra tirer les conséquences de sa reconnaissance de la victoire de Faure Eyadema aux élections et reprendre sa coopération avec cette nouvelle dictature. La question est alors de savoir pourquoi avoir placé le régime du père sous embargo alors que le fils est encouragé à devenir l’émule de son père. La répression sans visage consécutive à l’élection contestée de M.Eyadema est un indicateur sur le système de gouvernement qui aura cours à Lome.

I/T Les Congolais déçus En Rdc, les Congolais sont également déçus des positions prises par l’Union européenne en rapport avec le processus politique. Dernièrement, lors de son passage à Kinshasa, M.Louis Michel a donné la position de son Organisation et qui est qu’il n’y a pas d’alternative au processus de transition actuel. Peut-être que ces déclarations faites très superficiellement ne sont destinées qu’à contenter les gouvernants congolais pour des raisons évidentes. Car on ne peut s’imaginer un seul instant que l’Union européenne ne puisse pas voir que le même processus a échoué et est sclérosé de l’intérieur. Et que même des esclaves ne peuvent pas accepter d’être dirigés par des personnes qui ont échoué et dont la gouvernance est totalement gangrenée. Des personnes qui n’ont aucune volonté politique d’organiser les élections.

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Grosse contradiction quand on sait que l’Ue, dans toutes ses déclarations antérieures, harcelait les autorités congolaises pour les amener à appuyer sur l’accélérateur afin que les élections se tiennent avant la fin de la période de la transition qui court au 30 juin 2005 sans une minute de plus.

Aujourd’hui, l’Organisation de M.Louis Michel trouve aberrant que la population harcèle les autorités de la même manière en leur disant que la transition se termine au 30 juin 2005 sans une minute de plus. Alors que, après 24 mois de transition, aucune opération pré-électorale n’a été organisée en Rdc, ce qui montre que tout reste à faire. Sans doute que l’Ue a confondu aussi le test de validation des équipements à commander présenté sournoisement par l’Abbé Apollinaire Malu Malu de la Cei comme une opération pré-électorale. Un test sur le fonctionnement d’un équipement n’est pas une opération pré-électorale.Là, aucune polémique n’est possible.

Le Phare du 9 Mai 2005( Kinshasa)