28/11/2022

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Elections Présidentielles de 2005 au Togo: problème ou solution à une crise chronique

La CEDEAO dans ses engagements, aux côtés du peuple togolais en lutte contre le coup d’état du 05 février 2005, a exigé le retour à la légalité constitutionnelle. Comment comprendre cette exigence clamée de partout : retour à la légalité constitutionnelle ! L’analyse, des points défendus depuis cette date, fait ressortir une grande variété d’interprétation selon que l’on se réclame du clan de la dictature qui se perpétue au Togo, des partis politiques de l’opposition, du peuple en lutte ou des institutions internationales en l’occurrence de la CEDEAO accouru au chevet du Togo malade.

LE CLAN DE LA DICTATURE

Toujours égal à lui même, le clan de la dictature a tout fait pour instaurer son ordre même s’il n’est pas constitutionnel. En cela, il est logique avec lui même puisqu’il a toujours piétiné, disons tout simplement bafoué, la constitution sauf lorsqu’il s’agit d’un article qui va dans le sens de son bon vouloir.
Nul ne peut donc s’étonner des différentes interprétations et gesticulations du RPT : investir, de façon illégitime et contre toute logique, un Président de la République puis nommer ou élire Député cette même personne pour qu’une fois auréolé du titre de Député il puisse à nouveau devenir Président de la République. Or depuis la veille ce Président de la République était déjà Président de la République et on ne l’a pas entendu démissionner avant sa nouvelle investiture.
Tout ce cirque soit dit en passant pour combler un vide à la tête de l’Etat. Et pour le bouquet – certainement pas final – investir une autre personne à sa place pour régulariser les faits incompris par le peuple et l’opinion internationale. Il faut être politiquement surdoué ou carrément inculte pour s’adonner à une telle gymnastique. Comprendra qui pourra.

L’IMMENSE MAJORITE DU PEUPLE

De droit, c’est le Président de l’Assemblée Nationale en poste, à l’heure du décès du Président de la République, qui prend les rênes de l’Etat avec pour mission essentielle d’organiser des élections dans les 60 jours. La constitution est très claire en la matière et ne souffre d’aucune modification une fois la procédure enclenchée. « aucune procédure de révision ne peut être engagée ou poursuivie en période d’intérim ou de vacance ou lorsqu’il est porté atteinte à l’intégrité du territoire ». article 144
Il faut dire ici que les courtisans de défunt Président avaient une peur bleue d’un coup d’Etat d’où qu’il vienne au point où ils avaient pris soins de verrouiller la constitution en plusieurs points de ses articles : aucun corps d’Etat ne pouvait modifier l’ordre constitutionnel, aucune modification de la constitution n’était tolérée pendant la période transitoire aucun, aucun, aucun.
De ce fait, seul le Président de l’Assemblée Nationale à l’heure H, en la personne du sieur Fambaré Natchaba, est la seule et unique personne que la constitution autorise à conduire la transition. Son vice Président n’avait aucune autorité en la matière, pas plus que le Premier Ministre qui est d’habitude chargé des affaires courantes en cas d’absence du Président de la République.
Ni Faure Gnassingbé ni Abbas Bonfoh n’est donc nullement habilité à occuper le fauteuil présidentiel et tous les deux sont disqualifiés pour organiser des élections. C’est la dernière volonté de Gnassingbé Père parce qu’au moment où Eyadema rendait l’âme, aucun d’eux n’était Président de l’Assemblée Nationale. Cette compréhension des textes par le peuple lui a permis de sortir massivement dans les rues pour défendre la constitution même si celle-ci est d’inspiration RPTiste bafouant en plusieurs points la morale et la justice.

LES LEADERS DE L’OPPOSITION ET LA CEDEAO

En un premier temps, les dirigeants de l’opposition démocratique ont aussi crié aux loups. Mais politique à géométrie variable oblige, ils ont vite fait de taire leurs revendications pour conclure un accord avec le RPT. De même, tous les démocrates du monde ont applaudi la CEDEAO lorsqu’en joignant ses voix à celles de l’U.A, elle réclamait le retour à la légalité constitutionnelle. Aujourd’hui, force est de constater que la CEDEAO à manqué à sa mission, a abusé du peuple togolais en acceptant des modifications illégales pour laisser le pays aux mains de ceux qui resteront, à jamais, criminels aux regards de la loi fondamentale togolaise.

La constitution dit bien en son article 148 que – Toute tentative de renversement du régime constitutionnel par le personnel des Forces Armées ou de Sécurité publique, par tout individu ou groupe d’individu, est considérée comme un crime imprescriptible contre la nation et sanctionnée conformément aux lois de la République.
Pour ceux qui seraient un peu dur d’oreille, en dehors de la tentative, la criminalité du renversement de l’ordre établi est reprise dans l’article 150 : Tout renversement du régime constitutionnel est considéré comme un crime imprescriptible contre la Nation … Ce même article 150 de la Loi Fondamentale fait obligation aux citoyens de défendre par tous les moyens l’ordre constitutionnel « Dans ces circonstances, pour tout togolais, désobéir et s’organiser pour faire échec à l’autorité illégitime constituent le plus sacré des droits et le plus impératif des devoirs ». Pour cette raison, il est impérieux de continuer par dénoncer le caractère illégitime du pouvoir actuel au Togo. Chacun à sa manière, tous les jours, à chaque instant, à chaque occasion propice, le togolais épris de justice et d’équité doit décrier l’abomination du régime instauré par la force et à coup de ruse.

Depuis quelques jours, le président de l’Assemblée Nationale est revenu au Togo. Plus rien ne doit l’empêcher d’assumer ses responsabilités constitutionnelles. Sans plus tarder, sauf à ne rien comprendre de la politique au Togo, Natchaba doit être installé dans ses fonctions. Lui même devrait continuer par revendiquer son fauteuil usurpé par Faure puis par Abbas. Un fois rétablit dans ses fonctions, plaise à lui de démissionner dans la foulée pour ouvrir un autre front de crise. Faute de quoi, il aura participé à l’imbroglio politique, cautionner les criminels.

Entendons nous bien : tout ce qui se fait aujourd’hui ou tout ce qui se fera dans les conditions actuelles sera à jamais entacher d’une faute criminalisée par la constitution. Les élections qui s’annoncent vont aussi s’organiser sur les ruines d’un coup d’Etat tout comme Eyadema a régné pendant 38 ans avec les mains ensanglantées par un coup d’Etat criminel. Ce sera un second précédent, bien malheureux, que le Togo va initier en Afrique.
Comment se fait-il que les grands constitutionalistes et manipulateurs de textes que regorge le RPT n’ont pu imaginer un autre scénario tout simple : En un premier temps, Natchaba est investi Président intérimaire et Faure Président de l’Assemblée Nationale. Ensuite démission ou décès de Natchaba et Faure régulièrement Président de la République. Au moins, l’honneur des togolais aurait été sauve.

Ayant raté ce tour de passe-passe, il ne reste véritablement qu’une solution au problème : Que rien n’arrive à Natchaba, que celui-ci puisse organiser des élections libres et démocratiques. Les caciques du pouvoir se sont déjà fait à l’idée que pour eux, Natchaba n’existe plus et ils vont s’évertuer dans leur détermination de l’ignorer. Pour eux, les élections, rien que des élections et surtout dans les meilleures conditions de tricherie possible. Pour ce qui concerne l’Union Européenne et les 22 engagements pris auprès de celle-ci, on en reparlera, après avoir gagné les élections c’est à dire une fois en position de force. D’ailleurs ils comptent sur le fait qu’Il y aura quelques porteurs d’eau dans l’opposition dite centriste pour intercéder auprès de l’U.E.

LA MESSE EST-ELLE DEJA DITE ?

Dans ce contexte, If faut ajouter qu’après la forfaiture, si par soucis de paix civile, l’on permet aux criminels de participer aux élections, celles-ci devraient être ouvertes à tous nous dirons ouvertes « mêmes aux chiens ». Le grotesque ne tue pas au Togo.

Nous espérons vivement avoir tord aux lendemains du 24 Avril 2005 en disant aujourd’hui que le Diable emporte nôtre âme si les élections prévues dans les conditions actuelles se déroulent de façon juste, équitable et démocratique. Eyadema a légué l’art du coup d’Etat, ne devons nous pas laisser ce privilège à ces héritiers légitimes.

Pour sa part, l’opposition démocratique doit respecter et faire respecter la constitution. Les leaders actuels de l’opposition seront comptables devant l’histoire de leur démarche électoraliste. Une Table ronde de Février 1963 avait déjà avalisé le coup d’Etat de 1963 aux motifs selon l’Annuaire officiel du Togo (1963-1964) « de poser les bases d’un rétablissement de la légalité par des élections générales libres et démocratiques. » On parlait déjà de légalité et d’élections démocratiques pour ainsi dire ouvrir la boîte de pandore à Eyadema lui permettant un règne sans partage d’une quarantaine d’année.
On croit rêver comment l’histoire peut se renouveler aussi cruellement au Togo. Si l’on n’y prend garde, ce seront plusieurs autres années de magistrature forcenée que va débuter le fils d’Eyadema.

On peut se poser des questions sous toutes les formes ! Il y a t’il ou non une constitution au Togo ? Que fait-on de celle de 1992 si bien et trop bien remaniée en 2002 et qui précise : l’imprescriptibilité du crime que constitue un coup d’Etat. Est-il acceptable d‘organiser ou de participer à des élections organisées par des criminels ? Au fait, qui va organiser ces élections ? Les institutions et organismes de l’état qui ont gravement mis en cause la légalité constitutionnelle ? Le gouvernement qui a promptement avalisé le coup d’Etat ? La cour constitutionnelle qui s’est ni plus ni moins comportée en basse cour ?

Il doit être clair pour tout le monde que la démarche actuelle indirectement imposée par le seul RPT et avalisée par la CEDEAO n’est que le prolongement de la violation de la Loi fondamentale et un pis aller pour l’opposition. A toutes ces questions une seule réponse s’impose : NON à la mascarade.

Mais soit dit, si la volonté populaire impose des élections, si le peuple togolais veut en découdre une dernière fois avec ses bourreaux pour se convaincre que ces gens là ne savent pas ce que veut dire démocratie ou respect du suffrage universel, alors que des élections se fassent. Mais de grâce, elles ne doivent pas, tout du moins, se dérouler sans respect de l’esprit des textes fondamentaux.
Seul le Président légitimé par la constitution en la personne de Outara Fanbaré Natchaba doit conduire ces élections. Autrement, ces élections seront entachées d’une faute grave, les puritains diront d’un péché originel. Sans relâche, le devoir des partis d’opposition est de continuer par demander à la communauté internationale et particulièrement à la CEDEAO le respect de l’esprit de la constitution et de l’assister ensuite à organiser des élections « propres » avec l’assistance active des organisations et institutions internationales.

Quant au peuple togolais, il doit surtout savoir que la tâche la plus ardue l’attend aux lendemains des élections. Il faudra faire d’énormes sacrifices pour revendiquer et imposer la victoire des démocrates qui normalement ne souffre d’aucun doute. Ce ne sera plus par des marches épisodiques d’ un jour de la semaine. Ce ne sera plus par de simples « sit in » ici et là.

Avant les élections, à la veille des élections, au soir des élections et aux lendemains des élections, il faut qu’il soit dit et entendu, aujourd’hui et pour l’histoire qu’en acceptant de participer à des élections organisées suite à des modifications, que dire, à des tripatouillages inconstitutionnels, pendant la période de transition, l’opposition aura de fait approuvé le coup d’état et conforté les putschistes dans le crime commis contre le peuple. La CEDEAO et toutes les voix qui se taisent seront aussi responsables du chaos togolais.

Le peuple togolais doit demeurer débout et s’opposer par tous les moyens au coup d’état qui continue de façon pernicieuse.

Togo, débout ! Luttons sans défaillance.
Vainquons ou mourons, mais dans la dignité.

Paris le 13 Mars 2005

Etienne DONI et Edouard SODJI.