08/12/2022

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Faure Gnassingbé sous pressions

Par Monique Maas

Lomé, Togo(RFI)–Faure Eyadéma n’a convaincu personne avec le discours-programme à la Nation qu’il a prononcé mercredi, à l’intention du sommet de la Communauté des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cedeao) réuni au pied levé à Nyamey. Chacun aura compris qu’il veut bien examiner tout arrangement possible, pourvu qu’il conserve le fauteuil présidentiel légué par son père. C’est d’ailleurs déjà dans cet esprit de «consensus» que militaires et députés de la maison Eyadéma ont jugé utile de réécrire la Constitution et d’investir, en toute hâte, l’héritier désigné. Vendredi, le nouvel occupant de Lomé II recevra une délégation de chefs d’Etats représentant l’Union africaine et la Cedeao. Ils menacent de le sanctionner, à défaut d’un «retour à l’ordre constitutionnel» qu’ils seraient bien en peine d’imposer.

En bon fils de son père, Faure Gnassingbé s’est véritablement précipité pour prendre à la hussarde le fauteuil présidentiel. Conseillé – si l’on en croit diverses sources concordantes – par l’un des pères français de la constitution togolaise, le juriste Marcel Debbasch, il n’avait guère de raison de douter du succès des recettes cosmétiques régulièrement appliquées par le colonel Eyadema pour soigner quelque grogne extérieure de nature à fermer les cordons de la bourse internationale, européenne essentiellement. Pourquoi du reste, les citoyens Togolais tout comme les décideurs africains et occidentaux n’auraient-ils pas accepté de lui ce qu’ils ont supporté quatre décennies durant de son père ? D’autant que Faure Gnassingbé n’est pas le premier d’un genre peut-être promis à faire école sur le continent. On se rappelle par exemple le concert international de soulagement qui avait salué le remplacement du défunt président de la grande République démocratique du Congo, Laurent-Désiré Kabila, par son fils Joseph.

«Chef d’Etat de fait»

Visiblement, Faure Gnassingbé ne doute pas de gagner du temps voire de convaincre lorsqu’il promet à son tour les législatives annoncées de longue date par son père pour rentrer à peu de frais dans les grâce européennes. D’ailleurs, Paris le traite déjà en quelque sorte en «chef d’Etat de fait, en attendant le chef d’Etat de droit», selon le mot fameux de l’ex-Premier ministre socialiste, Lionel Jospin, à propos du président-putschiste du Niger, le colonel Ibrahim Baré Maïnassara, au milieu des années quatre-vingt-dix. Le ministre français de la Coopération, Xavier Darcos a en effet «entendu Faure Gnassingbé dire qu’il souhaitait très rapidement organiser des élections libres et démocratiques». «Nous allons vérifier si ces promesses sont tenues», projette le ministre français, en ajoutant que «si ce n’est pas le cas, la France jouera son rôle plein et entier dans le cadre des institutions internationales, en particulier l’Union européenne qui avait décidé de reprendre les négociations de partenariat en avril prochain avec le Togo».

Pendant son interminable règne, Gnassingbé Eyadéma avait pris soin d’arroser largement, toutes obédiences politiques confondues, les dignitaires français qui se succédaient à Lomé Toujours extrêmement arrangeant, Lomé a même permis la délocalisation dans son aéroport international d’une partie de la force aérienne française de l’opération Licorne, après les évènements de novembre en Côte d’Ivoire. Le 6 février dernier, il était en tout cas bien difficile d’interpréter les déclarations sibyllines de la ministre française de la Défense, Michèle Alliot-Marie, annonçant à toutes fins utiles la mise en alerte par la France de ses «forces qui sont aux alentours, et qui pourraient avoir besoin d’intervenir pour protéger nos compatriotes». Il est peu vraisemblable toutefois que l’accord de défense conclu avec le père vaille également pour les agissements du fils, quelles qu’en soient les clauses secrètes. Mais il n’est guère douteux que certains réseaux de la Françafrique répugnent tout autant que le clan Eyadéma à voir des tiers fourrer leur nez dans les lucratives affaires de famille.

Face aux condamnation de l’UA, de l’UE et après l’exclusion prononcée par l’Organisation internationale de la francophonie (OIF), l’entourage de Faure Gnassingbé veut faire croire à sa bonne volonté lorsqu’il se risque à lui prêter l’idée d’un possible scrutin présidentiel. Mais l’essentiel est ailleurs puisque ses détracteurs lui demandent purement et simplement de se retirer. A supposer même que Gnassingbé fils promette un scrutin présidentiel avant 2008, terme lointain du mandat du général Eyadéma qu’il prétend achever, et quels que soient les habillages «démocratiques qu’il présentera aux envoyés de la Cedeao, ces derniers auront du mal à le croire.

Avec ou contre les observateurs internationaux, invités pour ravaler la façade éclaboussée par des assassinats politiques, le général Eyadéma n’a pour sa part jamais consenti d’élections sans être sûr de les contrôler. C’est d’ailleurs ce que suggère son ancien chargé de communication passé à son héritier, Pitang Tchalla, lorsqu’il assure : «Si nous nous entendons avec l’opposition et qu’un consensus est trouvé à temps, on peut même envisager d’aller jusqu’à la présidentielle. Faure Eyadéma pense qu’il peut la gagner». Nul n’en doute, Gnassingbé n’a pas pris ouvertement les rênes de force, pour les rendre. Et il faudrait aux Africains attendus à Lomé beaucoup de détermination politique collective, mais aussi des moyens plus coercitifs pour le dissuader de s’accrocher au pouvoir. Il n’a même pas toléré l’intérim constitutionnel qui revenait pourtant à un fidèle bon serviteur, le président de l’Assemblée nationale, Fambaré Natchaba.

Incapable de faire le deuil du pouvoir, la maison Eyadéma fait attendre la dépouille du défunt président mort officiellement depuis bientôt une semaine. Le ministre Pitang Tchalla croit savoir que bientôt «la famille va se prononcer sur les obsèques». «On ne veut pas agir dans la précipitation», dit-il,en ajoutant qu’il «pense qu’il y aura des funérailles nationales à Pya et à Lomé». En attendant, ce ne sont pas pour des condoléances ou des obsèques que les anciens pairs du général Eyadéma seront à Lomé vendredi. De son côté, l’opposition appelle à une marche pacifique, le 12 février, pour exiger «le rétablissement de la légalité constitutionnelle suivie d’une concertation de la classe politique en vue d’organiser la période transitoire».

Appel du pied à Paris, l’opposition cite dans ses tracts l’article 150 de la Constitution togolaise qui donne le «droit et le devoir» à tout ministre ou député d’utiliser tous les moyens pour restaurer l’ordre constitutionnel en cas de «coup d’Etat ou coup de force», y compris dit le texte «le recours aux accords militaires ou de défense existant».

RFI
Radio France internationale (RFI)