05/12/2022

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Grad-Togo: Encore un rendez-vous manqué pour la démocratie au Togo

Les différents scrutins présidentiels organisés depuis 1993 jusqu’à ce jour n’ont apporté aucune solution à la crise socio politique du TOGO. Au fil des années, la situation se détériore. D’espoir en désespoir, la population a toujours répondu aux rendez-vous électoraux en pensant qu’ils peuvent l’aider à sortir de la crise. Peine perdue. Les élections ont au contraire, contribué à son enracinement.

Dès l’annonce de l’implication de l’Union Européenne (UE) dans le processus, certains Togolais ont à tort ou à raison manifesté un certain optimisme par rapport à l’élection du 04 mars 2010, car voyant dans cette institution un arbitre sérieux. D’autres par contre, ont tout simplement pris la route de l’exil tant l’intoxication, la manipulation et la désinformation entretenues à l’approche de ce scrutin ont eu raison d’eux, surtout que les massacres post électoraux de 2005 hantent encore les esprits.

I. NON TRANSPARENCE ET HOLD UP: NORME ELECTORALE AU TOGO

Des élections peuvent être entachées d’une marge tolérable d’irrégularités sans compromettre pour autant leur transparence. Elles constituent des exceptions à la règle. Mais lorsqu’elles deviennent la norme, la transparence ne peut jamais être au rendez-vous.

Pour qu’une élection soit estampillée libre, transparente et crédible, il faut tout simplement que les règles du jeu électoral soient claires. Au TOGO, il est inconcevable de perdre des élections qu’on organise soi-même. Du coup, il faut tout faire pour s’accrocher au pouvoir.

En 1993, le National Democratic Institute for International Affairs (NDI) dans sa correspondance en date du 1er sept 1993 précise entre autres:

« Après des années de régime de parti unique et des conflits sociaux, le calendrier électoral de six semaines établi par les accords de Ouagadougou s’est peut-être avéré trop ambitieux. Si certains progrès ont été enregistrés au plan des préparatifs électoraux, plusieurs facteurs importants ont contribué à miner le processus de consultations populaire… »

« Toutefois, lorsque le gouvernement togolais décida de ne point retarder le scrutin, c’est avec regret que les représentants du NDI et du CARTER CENTER ont conclu que les conditions minimales d’une élection significative le 25 août faisaient défaut… Monsieur CARTER et les six membres de l’équipe de NDI devaient quitter Lomé le 24 août. »

Dans un communiqué rendu public par le département d’Etat le 27 août 1993, on peut lire:
« Bien que les résultats officiels ne soient pas encore annoncés, nous suivons de très près le processus. Nous regrettons que le gouvernement du TOGO n’ait pas été en mesure de résoudre de façon adéquate les problèmes techniques qui existaient ou n’ait pas voulu accepter un bref report pour que ces problèmes soient résolus. »

Les autorités togolaises du moment ont annoncé à cor et cri qu’elles vont organiser des élections à la « ghanéenne » c’est-à-dire des élections transparentes. A l’approche du scrutin, il fut servi quotidiennement à la population la recette d’une élection dite apaisée au détriment d’une élection transparente. Les élections présidentielles de 1998,2003, 2005 et 2010 respecteront le schéma Non transparence et Hold up.

En effet, organiser des élections transparentes, libres et crédibles requiert une préparation minutieuse, étant entendu que les parties prenantes doivent définir, de façon consensuelle, les règles du jeu et prendre l’engagement de les respecter scrupuleusement. Il s’agit bien d’une obligation de comportement et non d’une simple déclaration d’intention.

Le scrutin du 04 mars 2010 chante le requiem des élections au TOGO. Il vient de donner un coup de grâce à la crise togolaise et cela était déjà prévisible. Le GRAD, dans son article intitulé: « Faut-il s’attendre encore à un accord politique après le scrutin de 2010?, n’a pas manqué de tirer sur la sonnette d’alarme. Malheureusement rien n’a été fait et les événements lui donnent aujourd’hui raison.

Si des efforts ont été consentis, par rapport au processus électoral, il faut reconnaître que les résultats escomptés ont été compromis car les règles n’ont pas été respectées. Les concessions sont difficiles à obtenir. La révision du fichier électoral n’est pas arrivée à son terme avant le démarrage de la campagne électorale. Il est difficile de préciser le nombre exact des électeurs inscrits. La maitrise du fichier électoral est un élément très important du processus.

L’apaisement qui devrait entourer tout le processus a fait défaut. Les recours occasionnels au facilitateur pour régler des problèmes qui normalement peuvent faire l’objet d’un « gentlman agreement » entre les différents acteurs politiques montrent de façon éloquente que la confiance a déserté la cité.

II. RESPONSABILITE DE LA CLASSE POLITIQUE

Faire la politique au TOGO n’est pas un exercice aisé. Mais cela ne justifie pas les spectacles de médiocre valeur que la classe politique togolaise offre à la population à l’approche des scrutins. L’arrogance, les incartades et les violences verbales ont colonisé les propos et les comportements des uns tandis que le cynisme et le dénigrement constituent des divertissements chez les autres.

Quand on interroge le passé, il faut saluer le courage de Monsieur Dahuku PERE qui a pris des initiatives louables pour demander une profonde autocritique du parti RPT. Monsieur Agbéyomé KODJO dans un document intitulé : « Il est temps d’espérer » a appuyé l’auteur desdites initiatives. Ces personnes qui ont occupé des postes importants aussi bien dans le parti que dans le pays n’ont pas été comprises. Elles ont commis, aux yeux de la cour du président EYADEMA, un crime de lèse majesté politique au premier chef. Elles ont été taxées de tous les noms. Monsieur PERE, considéré comme traite, a été exclu du parti.

Tout récemment en 2005, Monsieur François BOKO, alors ministre de l’intérieur, sentant venir le danger, a proposé de surseoir à l’élection, d’ouvrir un dialogue, de faire une transition d’un ou deux ans avant d’aller à l’élection. Son portrait a été noirci. Il a été traité d’irresponsable. La suite, on la connait.

Tout se passe comme si le pouvoir en place s’est donné pour mot d’ordre : « J’y suis j’y reste et seule la fin justifie les moyens. »

De son côté, l’opposition dans son ensemble, même divisée veut tout mettre en œuvre pour une alternance. Dans cet environnement, le pouvoir oppose une fin de non recevoir à tout ce qui lui est proposé. Il se réfère à la constitution pour peu qu’il y trouve un intérêt. Les réformes constitutionnelles et institutionnelles prévues par l’APG n’ont pas été entreprises. Le recensement général de la population dont le dernier remonte à 1981 a été renvoyé aux calendes grecques. Dans cette mêlée, « aller voter » est pour le citoyen togolais un véritable traquenard, une période de tous les dangers. C’est aussi une occasion pour certains de se remplir les poches selon qu’ils sont simples exécutants ou organisateurs des farces. On parlera ainsi « d’import-export » ou de « manger ici, voter là-bas ». Tout ceci se fait sans aucun souci de bonne gouvernance, ignorant superbement les méfaits de la corruption à grande échelle qui, silencieuse et fatale, entrave les efforts de développement. (cf. le dernier rapport de la Banque Mondiale mars 2010). Tout cela se solde par le cycle « Election- Violence-Négociation » dans lequel le pays s’est enfermé depuis de nombreuses années.

Au terme du scrutin présidentiel du 04 mars 2010, les résultats provisoires contestés par l’ensemble de l’opposition ont été, comme on peut s’y attendre, favorablement accueillis par le pouvoir. Ces résultats font apparaître un TOGO artificiellement coupé en deux. Une bipolarisation d’intérêt qui invalide tous les efforts de réconciliation en cours.

Bizarrement, les chiffres ayant sanctionné les différents scrutins présidentiels depuis 1998 font apparaître, année après année, de curieuses coïncidences. Pour l’histoire, il est intéressant de rappeler les résultats proclamés en pourcentages.

1998: RPT: 52,19%
UFC: 34,2%

2003: RPT: 57,8%
UFC: 33,7%

2005: RPT: 60,15%
UFC: 38,25%

2010: RPT: 60,26%
UFC: 33,98%

Le reste se passe sans commentaire

Concernant l’élection du 04 mars dernier, le rapport d’étape des observateurs de l’UE, institution qui a financé les élections, a mis en évidence les anomalies et les irrégularités qui ont entaché la transparence et surtout la crédibilité du scrutin.

CONCLUSION

Le train du 05 octobre 1990 a pour destination l’avènement de la démocratie. Les leaders de l’opposition qui y ont pris place gratuitement en cours de chemin pour prendre les commandes, ne l’ont pas conduit à bon port. C’est un échec. Préoccupés par leurs propres ambitions et par des calculs politiciens au détriment des aspirations légitimes du peuple, ils ont déçu en hypothéquant le mouvement du 05 octobre. Ils sortent, les uns après les autres, par la petite porte.

Quand aux leaders du pouvoir et ses alliés, il est indiqué de préciser que le déclin de tout système politique réside, entre autres, dans l’absence totale de vision par rapport à la conduite des affaires de la cité et dans l’incurie qui gangrène la manière dont le vécu quotidien du citoyen est géré. La corruption généralisée qui s’installe dans tous les compartiments de la vie des Togolais, les détournements, les gaspillages, les passe-droits, l’impunité, la paresse endémique et l’incompétence sont devenus des tares à la mode dans le pays. De plus, lorsque les actes ne suivent pas les paroles, la légitimité recherchée ne sera jamais au rendez-vous.

Aujourd’hui, la grande majorité des Togolais aspire à vivre dans une société de liberté, de vérité, de justice, de travail et de dignité. Elle rêve d’une société où seront proscrits le cynisme, l’arbitraire, l’hypocrisie, l’intolérance, l’imposture, le népotisme, l’usurpation et le culte de personnalité.

Toute proposition de changement qui ne prendra pas en compte les préoccupations ci-dessus, sera vouée à l’échec. Le peuple souverain, seul juge du jeu politique, saura faire la part des choses et condamnera à l’indignité nationale tous ces leaders, aussi bien ceux de l’opposition que ceux du pouvoir qui lui ont perdu du temps pendant ces deux décennies.

Lomé le 27 mars 2010

Président du GRAD