28/06/2022

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Interview exclusive de G. Olympio:  » Le peuple a les moyens pour faire partir Eyadéma »

La situation politique au Togo évolue avec les appels aux réformes de hauts responsables du RPT, la défection de l’ancien Premier ministre Agbéyomé Kodjo et le récent message à la mobilisation de l’Episcopat togolais. On en est arrivé là grâce aux pressions exercées de toutes parts sur le régime du général Eyadèma et à la position affichée depuis toujours par le principal adversaire de celui qui a passé 35 ans à la tête du Togo. Notre collaborateur Dany Ayida a rencontré pour nous à Paris, M. Gilchrist Olympio. Il se prononce sur les derniers développements et les exigences actuelles pour le changement au Togo.

Question : Comment expliquez-vous les défections et dénonciations à l’intérieur du RPT au pouvoir ? Faites-vous confiance aux anciens collaborateurs d’Eyadèma qui le critiquent aujourd’hui ?

Gilchrist Olympio : Dans notre combat contre la dictature du général Eyadèma et pour l’avènement de la démocratie au Togo, nous n’avions jamais cessé de faire appel au sens de patriotisme et de sacrifice du peuple togolais. Depuis la Conférence nationale jusqu’aux consultations électorales fraudées par Eyadèma, nous avons expliqué aux compatriotes y compris à ceux qui agissent aux côtés du dictateur que cela compromettait les intérêts de notre pays. C’est heureux de constater aujourd’hui que ce sont les plus fidèles collaborateurs du chef de l’Etat qui se rangent sur nos positions. L’ardeur des dénonciations prouve que ces gens nous donnent raison. Aujourd’hui il est clair que le changement s’impose. Si Eyadèma ne veut pas le comprendre, nous trouverons le moyen de permettre au peuple de se réaliser enfin.

En ce qui concerne les anciens collaborateurs de Eyadèma, comme je l’ai dit il leur appartient de faire les preuves de leur rejet du système. N’oubliez pas qu’ils ont tous contribué à maintenir notre peuple dans l’état où il est encore. Si aujourd’hui ils veulent faire amende honorable, ils n’ont qu’à poser les actes concrets qu’il faut et à laisser le peuple apprécier. Moi je ne veux juger personne.

Question : Votre parti l’ UFC n’a jamais accepté de partager le pouvoir avec le RPT. Or on a l’impression que le général Eyadèma n’entend pas abandonner le pouvoir entre les mains de l’opposition.

G.O. : Il n’appartient pas à un individu, soit-il le chef de l’Etat d’imposer au peuple tout entier sa façon de voir l’alternance. Au Togo nous avons adopté une constitution qui règle ce problème. Le pouvoir se confère par les urnes à l’issue des élections libres et transparentes. Mais il se fait que depuis 39 ans il n’y en a pas eu. En 1998, les électeurs avaient voté clairement pour le changement, lors des élections présidentielles financées par l’Union Européenne. Les forces conservatrices du RPT ont décidé de confisquer cette victoire du peuple. Ce qu’elles en ont fait, c’est ce que nous voyons maintenant : une gestion calamiteuse des finances publiques, l’isolement diplomatique et économique de notre pays et la misère généralisée pour l’ensemble des citoyens. Le RPT et son chef ont échoué sur tous les plans.

Question : Comment expliquez-vous l’échec du Dialogue intertogolais ?

G.O. : Connaissant nos interlocuteurs, nous avions compris très tôt que ce dialogue voulu par la communauté internationale serait un nouveau marché de dupes. Lors des négociations lorsque Eyadèma a refusé de nous rencontrer (l’UFC reconnue comme véritable vainqueur des élections de 1998), il est apparu clairement que ces négociations ne pouvaient pas régler les vrais problèmes de notre pays. Nous avions toutefois accepté de signer l’accord-cadre de Lomé qui fixe les modalités d’organisation des élections législatives anticipées. Vous connaissez ce que les tenants de l’immobilisme en ont fait. Aujourd’hui, Eyadèma tente encore de faire réviser la constitution, trahissant sa parole de militaire, pour se présenter aux élections de l’année prochaine. C’est ce que nous dénonçons et nous sommes prêt à tout pour l’en empêcher.

Question : Qu’allez-vous faire ? Pousser le peuple au soulèvement ou prendre des armes contre le pouvoir en place ?

G.O. : Le peuple est déjà en état de soulèvement. Certaines conditions n’étaient pas remplies pour permettre aux Togolais de braver la dictature pour installer la démocratie. Aujourd’hui, grâce au sacrifice et à l’abnégation de tous et à la capacité de résistance de nos compatriotes, les ingrédients nécessaires sont réunis. Nous conduirons le peuple à la victoire, quels qu’en soient les moyens. Il est désormais clair que lutter pour le changement n’est point l’affaire des seuls partis politiques. Nous saluons pour cela l’appel que vient de lancer l’Episcopat pour que les citoyens prennent conscience de leur situation, évitent la résignation et se mobilisent pour gagner le pari de la liberté. L’UFC est déjà dans cette dynamique depuis plusieurs années. Notre peuple ne doit pas se laisser abandonner et aller au découragement. Nous avons affaire avec un système vieux de plus de 35 ans qui s’est approprié tous les moyens de l’Etat. La lutte a été déjà longue et les signes actuels ne trompent pas.

Ce que je puis vous dire quant aux moyens pour faire partir le dictateur, je pense que notre peuple sait se donner les moyens qu’il lui faut au moment indiqué. Nous avons le devoir de l’accompagner.

Question : Qu’attendez-vous des pays voisins dans cette nouvelle lutte du peuple togolais pour la démocratie ?

G.O : Nos peuples ont une longue histoire de vie commune. Le passé récent nous montre que les Togolais n’ont pas ménagé les efforts lorsqu’il s’était agi d’apporter leur contribution à l’évolution politique des pays frères. Tout ce nous leur demandons, c’est la compréhension. Ce qui se passe dépasse les intérêts de quelques individus. Nous devons agir en considérant l’avenir de nos peuples. Le défi qui nous attend est grand.
D’ores et déjà je remercie tous les pays de la sous région qui ont accepté d’accueillir nos compatriotes chassés par la dictature et la situation économique drastique dans laquelle les dirigeants ont plongé notre pays depuis de nombreuses années.

Question : Avez-vous un mot particulier en direction de nos lecteurs ?

G.O. : Le peuple togolais a trop souffert et il a consenti de grands sacrifices pour le changement. Les soubresauts que nous notons présentement sont les fruits de tous ces efforts. Mon contrat avec le peuple togolais, c’est de ne jamais désemparer. Il nous faut gagner l’espérance par notre engagement franc et courageux. Je remercie tous ceux qui croient à cet idéal et qui continuent d’œuvrer à sa réalisation.

Entretien réalisé par D. Ayida