25/06/2022

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Investiture du candidat de l’opposition: Démonstration de force du peuple togolais

Ce samedi 19 mars 2005, le peuple togolais a saisi l’occasion du retour au Togo de Gilchrist Olympio pour le meeting d’intronisation du candidat unique de la coalition des six partis de l’opposition démocratiques engagés dans la campagne pour un « Retour à la légalité constitutionnelle » pour faire, à nouveau, une démonstration de force à Lomé. Bob Akitani a été investi candidat unique de l’opposition devant plus de 50 000 militants.

Le retour de Gilchrist Olympio

Une foule immense de plusieurs dizaines de milliers (environ 50 000) de militants des partis de l’opposition démocratique était présente à la frontière d’Aflao pour accueillir Gilchrist Olympio. Il n’était pas revenu au Togo depuis deux ans, date où il avait fait un bref séjour à Lomé pour animer le grand meeting de la campagne de soutien à Bob Akitani, le candidat de l’UFC à l’élection présidentielle de juin 2003.

L’arrivée à Lomé de Gilchrist Olympio était prévue à 9 heures, par le poste de la frontière ghanéo-togolaise d’Aflao . Mais la foule a dû attendre longtemps à Aflao avant de voir Gilchrist Olympio retenu pendant près d’une heure pour des formalités administratives visant manifestement à le provoquer et à l’humilier. C’est ainsi notamment qu’on a vu des policiers togolais procéder à une fouille aussi tatillonne qu’imbécile des véhicules du convoi de Gilchrist Olympio.

Toutes ces tracasseries ont provoqué un retard considérable du programme des manifestations, au point où l’habituelle cérémonie d’accueil en terre togolaise a dû être remise en cause. Annulée donc, la cérémonie pour laquelle la très jeune fille préparée pour la circonstance attendait patiemment, drapée du pagne traditionnel « Kenté » ceint avec des foulards tressés et spécialement maquillée au kaolin, gerbe de fleurs en mains qu’elle devait offrir au nouvel arrivant pour lui souhaiter la bienvenue.

Le convoi venu d’Accra, rejoint par une délégation des responsables nationaux de l’UFC, parmi lesquels Bob Akitani, Jean-Pierre Fabre et Patrick Lawson, se dirigea vers la maison familiale de feu Sylvanus Olympio. La route fut longue pour les véhicules du convoi qui, happés par cette foule immense qui voulait toucher et voir les arrivants, mirent près de trois heures pour couvrir ce parcours d’à peine 3 à 4 kms. Arrivé à sa maison familiale, Gilchrist Olympio, après la traditionnelle cérémonie de bienvenue, a tenu une Conférence de presse après s’être ressourcé dans cette maison qui l’a vu grandir jusqu’à son départ du Togo, à la suite de l’assassinat de son père, Sylvanus, au petit matin de ce fatidique 13 janvier 1963.

Le meeting d’investiture de Bob Akitani comme candidat unique de l’opposition :

Convoqué à 14heures précises au Stade Terrainvi de Bèniglato (Cimetière), la tenue et le déroulement du meeting furent un intense moment de ferveur populaire et de démonstration de force pour la population, venue par dizaines de milliers non seulement de Lomé et ses environs mais aussi des villes de l’intérieur du pays. On notait même la présence de Togolaises et de Togolais qui avaient fait le choix, ces dernières années, d’aller vivre dans les pays voisins, en raison même de la multiplication des exactions de toutes sortes dont le régime RPT est coupable.

A l’heure dite, le stade était comble malgré la chaleur caniculaire de ce mois de mars, mois le plus chaud de toute l’année au Togo et sur cette côte du Golfe du Bénin. La bonne pluie qui était tombée la veille annonçait un providentiel présage de paix pour les événements du lendemain. Beaucoup pensaient que les aïeux avaient placé sous leur protection toutes les cérémonies de ce jour puisque les chantres du régime RPT n’avaient pas envoyé les éléments de la Police, de la Gendarmerie et de l’armée à leur solde pour tuer, violer et blesser les participants ainsi qu’ils l’avaient fait à l’occasion de certaines manifestations de ces dernières semaines, telles celles des 12 et 27 février 2005 (marche des femmes en rouge) dont les exactions font actuellement l’objet de dénonciations précises d’Amnesty International et de la Ligue togolaise des droits de l’Homme (LTDH).

Une étrange panne d’électricité retarda le meeting. On soupçonne une malveillance des sommets dirigeants de Togo Electricité, la compagnie nationale d’électricité qui a été privatisée essentiellement au profit du groupe français Elyo dont les responsables sont, de notoriété publique, à la solde du régime RPT. Ce temps mort fut mis à profit par les chorales, fanfares, groupes folkloriques traditionnels et l’ensemble des participants pour égayer l’atmosphère – ainsi chauffée à blanc – par des chants patriotiques, religieux ou traditionnels de circonstance, le tout, sous la direction de l’incomparable maître de cérémonie Me Dodji Apevon, un des responsables du CAR. Un groupe électrogène ayant été ramené de toute urgence, le meeting put alors commencer.

Me Yawovi Agboyibo, le président du CAR, eut la charge de souhaiter la bienvenue à Gilchrist Olympio, à la délégation qui l’accompagnait ainsi qu’à l’assistance avant de préciser les raisons pour lesquelles ce meeting avait été convoqué, à savoir, pour l’essentiel, l’intronisation du candidat unique de la coalition de six partis politiques de l’opposition : ADDI, CAR, CDPA, PSR, UDS-Togo, UFC. Ensuite, Antoine Foly, le premier responsable de l’UDS-Togo, intervint pour exposer les conditions du bon déroulement de l’élection présidentielle du 24 avril 2005 pour laquelle la coalition de 6 partis allait combattre et demandait le soutien de la population. Puis, Me Yawovi Agboyibo du CAR présenta le candidat unique de la coalition dans une longue intervention où il usa de tous ses artifices de vieux routier de la politique pour tenir la foule en suspens, le temps d’expliquer les raisons pour lesquelles la coalition a mis du temps à choisir son candidat unique. Ce dernier, selon ses propos, aurait été avalisé non seulement par toutes les composantes de ladite coalition, mais aussi par l’armée togolaise au sein de laquelle une consultation aurait été faite (tonnerre d’applaudissements, chant religieux : « Fofo si nu sè lé ! » « C’est à Dieu qu’appartient la force ! » et, finalement par Dieu, lui-même, bien qu’il n’expliqua pas comment. Il expliqua également que c’est à l’UFC que la coalition de six partis a confié le soin de désigner son candidat unique parce qu’il était le parti arrivé en tête parmi ceux de l’opposition démocratique lors des élections présidentielles de 1998 et 2003. Puis, il mit fin au suspens en lançant le nom de Bob Akitani, responsable, comme candidat unique de la coalition, ce que tout le monde savait déjà. C’est que tout était mis en œuvre pour donner au spectacle de cette cérémonie d’intronisation son caractère à la fois solennel et festif.

Ce fut alors une ovation monstre, chants patriotiques, intense ferveur populaire dans tout le stade où, à la tribune, toute l’assistance se leva, alors que Bob Akitani s’avançait vers le micro, suivi peu après par les représentants des quatre autres partis de la coalition en dehors du CAR qu’on appela en nommant tour à tour leur premier responsable : Kampatibe pour l’ADDI, Léopold Messan Gninnivi pour la CDPA, Me Abi Tchessa pour le PSR, Antoine Foly pour l’UDS-Togo. Ce fut à ce moment là que l’absence de Léopold Messan Gnininvi, le premier responsable de la CDPA, se fit le plus remarquer. « Où est Gnininvi ? Où est Gnininvi ? » entendait-on crier dans la foule. Pourtant, de source bien informée, il était bel et bien à Lomé. Pourquoi alors n’avait-il pas fait le déplacement pour une cérémonie d’une telle importance ? Mystère… On a aussi remarqué que Martin Aduayom, le « numéro 2 » de la CDPA qui représentait son parti à cet événement ne semblait pas être à la fête tout au long du meeting.

Bob Akitani se présenta à l’assistance dans une allocution où il insista sur les idéaux de paix et de justice qu’il entendait défendre dans la campagne à venir. Insistant tout particulièrement sur le fait que « Le Togo est en ruine », il s’attacha, dans le bref bilan qu’il fit de la situation nationale et des propositions qu’il formula, à relever que son action aurait essentiellement pour objectif de le reconstruire. Il eut une adresse toute particulière, un peu moralisatrice sous certains rapports, à l’endroit de la jeunesse qu’il appela à se ressaisir pour s’atteler avec les autres générations, à cette gigantesque œuvre de reconstruction du pays. Puis la parole échut à Gilchrist Olympio qui, avant son intervention, chargea Patrick Lawson, un des membres du Bureau national de l’UFC, de faire observer à toute l’assistance une minute de silence. Celle-ci était adressée à la mémoire de tous les martyrs du peuple togolais et victimes de la répression et, tout particulièrement, à la mémoire du vieux et regretté Martin Sankarédja, une des grandes figures du combat pour l’indépendance nationale. Ce dernier, récemment décédé, devait être enterré, au moment même où se tenait le meeting, dans sa ville natale de Dapaong où une délégation de la coalition avait été envoyée pour prendre part aux obsèques.

Gilchrist Olympio prit enfin la parole pour renouveler sa détermination à poursuivre son engagement dans le combat pour le changement démocratique, engagement pour lequel il a apporté son plein soutien à Bob Akitani dont il releva les qualités. Il surprit, une fois encore, comme à l’accoutumée, toute l’assistance par sa remarquable maîtrise de la langue mina ou éwé dans laquelle il s’exprimait. Recourant à nombre de proverbes et surtout d’expressions idiomatiques de circonstance, il émerveilla l’assistance au point où celle-ci en réclama la répétition, ce à quoi il se prêta de bonne grâce. Il eut ce mot de la fin qui clôtura fort bien symboliquement le meeting : « Le Togo doit revenir aux Togolais ! »

La rédaction Le Togolais.com