29/09/2022

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La Commission européenne met en garde: «Nous ne cautionnerons pas des élections législatives…»

La Commission européenne met en garde: «Nous ne cautionnerons pas des élections législatives tant que les conditions d’une transition ne seront pas définies»

Le Commissaire européen à la coopération et à l’action humanitaire, Louis Michel a été clair ce mardi 21 février 2006 en fin de matinée sur la situation politique qui ne cesse de se dégrader au Togo. Le pouvoir RPT doit garantir les conditions minimales pour la tenue du dialogue intertogolais.
Avant de s’envoler pour une tournée en Afrique australe qui s’achèvera le 1er mars prochain, le cabinet du diplomate européen que notre rédaction a contacté, a tenu à expliquer l’échec du pré dialogue qui devrait se tenir à Ouagadougou au Burkina-Faso par le fait que les parties au dialogue refusent toujours de s’entendre sur les conditions minimales de la tenue de celui-ci, dans la mesure où il leur est difficile de trouver un consensus sur la facilitation ou la médiation et de poser également les jalons des sujets qui seront à l’ordre du jour.

Si l’UE rejette la responsabilité sur l’ensemble des partis politiques, elle relève cependant que les autorités togolaises en portent une plus lourde responsabilité du fait qu’il leur appartient de garantir ces conditions minimales à travers une volonté politique qui doit être clairement affichée. «L’UE et les Nations unies ont fait des efforts ces dernières semaines pour relancer le dialogue politique au Togo, affirme le porte-parole de Louis Michel, Amadeu-Altafaj Tordio. Nous pouvons suivre et accompagner le dialogue sans nous substituer aux parties prenantes. Nous avons proposé une facilitation qu’une partie au dialogue essaye de refuser. C’est un préalable très important pour le démarrage des négociations. Dès qu’un compromis sera trouvé sur la facilitation, on pourra accélérer les discussions sur le fonds, notamment la question de la réforme de l’armée, la nécessité de la séparation des pouvoirs et l’amorce d’une transition politique».

Pour Louis Michel, il n’est pas pour l’instant question d’organiser une quelconque élection tant qu’une feuille de route ne sera pas définie au sortir d’un dialogue politique qui rassemble l’ensemble des forces vives du Togo. Cette feuille de route passe par une transition qui va réformer l’Etat et créer le cadre d’une réconciliation, d’un apaisement, d’un retour des réfugiés et de l’installation d’une démocratie dans le pays. Voilà pourquoi dit-il, «l’Union européenne n’acceptera pas des élections législatives tant que les conditions d’une transition ne seront pas définies». «Il n’y a pas pour l’instant une transition au Togo, ajoute-t-il, car comment entamer une transition si les bases de cette transition ne sont pas définies», se demande-t-il? «Le dialogue est un élément central, car sans dialogue, il n’y a pas de transition et de facto pas d’élection». Tous ces aspects sont intimement liés.
Sur la polémique concernant une complaisance du Commissaire européen vis-à-vis du pouvoir RPT, celui-ci affirme que sa commission ne roule ni pour le pouvoir, ni pour l’opposition, mais travaille dans l’intérêt des Togolais. «Nous sommes dans la logique des 22 engagements pris à Bruxelles par le pouvoir togolais. Même s’il faut admettre qu’ils doivent être revus pour inclure certaines nouvelles donnes politiques, ils demeurent un axe autour duquel l’UE prendra ses décisions concernant le Togo».

A quand alors le démarrage effectif du dialogue? «Pour l’instant, nous n’avons pas de réponse des autorités togolaises», dit le porte-parole de Louis Michel. Mais ajoute-t-il, «nous pouvons prendre des sanctions si rien ne se fait, mais elles ne sont pas encore à l’ordre du jour». Et de rajouter : «Il faut faire vite pour sortir le Togo de cette situation, afin que la justice togolaise joue efficacement son rôle sur les violations systématiques des droits de l’homme établis par la commission d’enquête de l’ONU. C’est un jugement trop sévère de croire en une complaisance ou en une duplicité de la commission européenne sur les différents rapports établis sur les violences liées au scrutin d’avril 2005. La commission exige toujours qu’une enquête éclaircisse la situation liée aux droits de l’Homme et nous y travaillons».

Depuis 1993, l’Union européenne a suspendu son aide au Togo pour manque de démocratie et pour cause de violations systématiques des droits de l’homme. Cette suspension économique se ressent dans tous les secteurs économiques du pays. D’ailleurs l’Europe en est consciente puisque la commission de M. Michel atteste que: «le pouvoir au Togo sait qu’il y a des montants importants qui sont gelés et qui permettront le décollage économique du pays dans le cadre du 7è, 8è et du 9è FED (Ndlr: Fonds européen de développement) déjà en cours». Mais ces fonds ne seront pas décaissés tant que des signes clairs ne seront pas donnés du côté des autorités de Lomé à travers une ouverture politique. Néanmoins, nuance-t-on, des micro-projets liés à l’éducation, à la santé, aux droits de l’homme et au recensement de la population seront financés, afin que celles-ci ne subissent pas trop durement les conséquences de l’entêtement des politiques.

Que comprendre de ce changement de position de Louis Michel

Depuis le sommet de Bamako début novembre de l’année passée qui a consacré la rencontre entre Faure Gnassingbé et le Commissaire européen, rencontre qui avait provoqué le report d’une mission d’évaluation de l’UE au Togo, beaucoup de critiques ont suivies, condamnant la duplicité du diplomate belge, aidé en cela par le parrain françafricain Chirac. Est-ce ces critiques, particulièrement provenant de la presse togolaise, qui ont fait fléchir M. Michel? Nul ne saurait le dire avec exactitude.

Mais l’enquête de notre rédaction au sein du département Coopération et action humanitaire, nous a fait découvrir le rôle déterminant joué par le Secrétaire général de l’Onu ces derniers mois dans la résolution de la crise togolaise. Le fonctionnaire de l’Onu, qui est originaire du Ghana, a clairement affiché sa position qui est celle de voir les choses changées au Togo, pays voisin de son pays dont les populations souffrent le martyr de ployer sous une dictature héréditaire, tare qu’il entend corriger au plus pressé avant la fin de son mandat.

M. Anaan, qu’on nous a dit qu’il ne cesse de téléphoner à M. Michel et à M. Alpha Omar Konaré, le président de la Commission de l’Union africaine pour qu’une pression efficace soit faite sur le régime RPT afin de le pousser à lâcher du lest, pense que la stagnation de la crise togolaise, ajoutée aux méfaits du pourrissement de la situation ivoirienne, ralentissent les progrès en matière économique de la sous-région ouest africaine et partant du continent.

Un autre détail intéressant qu’un diplomate européen a affirmé à notre rédaction, concerne l’attitude et l’arrogance des héritiers du dictateur Eyadèma. Il en ressort ainsi que Faure ne prête pas une oreille attentive aux conseils que ne cessent de lui prodiguer Louis Michel pour redresser la barre, ce qui agace le Belge qui de facto, aurait compris que les enfants Gnassingbé jouent une partition identique à celle de leur défunt père, jouer sur la lassitude de la communauté internationale.

Les Togolais doivent-ils donc comprendre à travers le changement d’attitude de Louis Michel, un signal fort de la communauté internationale de prendre la dictature héréditaire du Togo à sa mesure et la traiter à sa juste manière?
La suite des événements nous éclaircira davantage, car comme l’a affirmé à notre rédaction ce mardi matin une conseillère de la Commission «Coopération et Action humanitaire», celle-là même que préside Louis Michel, à situation exceptionnelle, mesure exceptionnelle.

Par Innocent SOSSOU