08/12/2022

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La nécessaire clarification d’Edem Kodjo: allié ou adversaire?

TRIBUNE LIBRE de Etienne DONI

Après son constat d’échec aux présidentielles du 1er juin 2003, M. Edem Kodjo, candidat de la Convergence Patriotique Panafricaine (CPP), annonce, mardi 10 juin 2003, son retrait momentané de la vie politique togolaise. Le leader du parti dit charnière, qui a plus d’un tour dans son sac, joue la partition de l’«incompris» tout en fuyant ses responsabilités. Au passage, il a omis de prendre position pour Bob AKITANI, candidat de l’UFC, victorieux des élections. Pour qui roule-t-il?

Ce retrait peut surprendre, désoler ou ravir certains. D’autres diront qu’il s’est mis en réserve de la nation. Il faut rappeler qu’il y a déjà longtemps qu’une grande frange de la jeunesse estime que les dirigeants politiques de l’opposition ont globalement failli et qu’ils doivent s’effacer pour permettre l’émergence d’une nouvelle classe politique, plus déterminé. Mais ce n’est sûrement pas pour ou à cause d’eux que M. Edem KODJO se retire. Si c’était le cas, ce retrait aurait été définitif, sans ambiguïté. Bien entendu, les supporteurs du leader de la CPP, doivent être énormément déçus. Déçus du « colossal » gâchis que constitue le parcours de cet homme ambitieux : Secrétaire Général du RPT, Ministre de l’Economie et des Finances, Ministre des Affaires Etrangères, Secrétaire Général de l’OUA, Premier Ministre, qui dit mieux ? Et pourtant, l’énarque n’a jamais eu la confiance véritable du peuple. Ce départ annoncé quelque peu précipité à de quoi surprendre, M. Edem Kodjo s’est dépensé sans compter pendant une décennie pour prendre la relève d’Eyadéma. Alors que doit-on penser de cette volte-face! Adieu ambition, compromission et pouvoir ? Nous savons que les résultats publiés par le Conseil Constitutionnel aux ordres d’Eyadema sont totalement farfelus. Mais avouons que les 0,95% de suffrages attribués à M. Kodjo « ça fait désordre » sur un CV.

Dans tous les cas, ce retrait pose un problème qui exige une mise au point urgente. En France, même retiré de la vie politique, on a demandé, exigé et obtenu de Lionel Jospin une prise de position publique sur la défense des valeurs démocratiques en appelant à voter Chirac contre Le Pen. De même, M. Edem KODJO ne peut pas se retirer « subrepticement » sans dire ouvertement qui a remporté la victoire aux élections présidentielles du 1er juin 2003. Le silence sur cette question sera interprété avec raison comme une trahison de la famille démocratique dont il se réclame. Un homme politique a des convictions qu’il doit défendre sans honte. Déjà en 1998, M. Kodjo était parmi ceux qui n’ont pas reconnu la victoire de Gilchrist Olympio (aux dépens d’Eyadema), ceux qui ont préféré pour leur égo se fourvoyer dans des négociations et autres promesses de deux parias « Chirac et Eyadema » qui n’ont malheureusement aucune parole et aucune considération pour le peuple togolais. Dans l’intérêt supérieur du Togo, pour un retrait honorable et si possible sans retour, on ne peut pas faire l’économie d’une nécessaire clarification. M. Edem Kodjo, qui a gagné les élections auxquelles vous avez participé : Eyadema ou Bob Akitani ? En cas d’embarras, voici une indication pour faciliter votre choix.

Au Togo, nous sommes quasiment en présence de deux camps: celui de la dictature et celui de la liberté. Le camp de la dictature, des assassins sans foi ni loi, fraudeurs invétérés, falsificateurs de l’histoire du Togo depuis quatre décennies, à la tête duquel se trouve Eyadema. Le camp de la liberté et de la démocratie, celui du vaillant peuple qui se bat pour s’affranchir du joug de la dictature et qui a placé sa confiance dans Bob Akitani. Alors Edem Kodjo, entre Eyadéma et Akitani, pour qui votre cœur balance?

Etienne DONI
PARIS FRANCE

15/06/03 LETOGOLAIS.COM