28/06/2022

Les actualités et informations générales sur le Togo

Le Groupe PPE-DE s’opposera à la levée des sanctions de l’UE contre le Togo

Contrairement aux affirmations du gouvernement togolais

A l’occasion du dernier voyage de Koffi Sama à Bruxelles pour plaider en faveur de la levée des sanctions décidées par l’UE contre le Togo il y a dix ans, le site Internet officiel du gouvernement togolais avait parlé d’une « solide perspective de reprise de la coopération ». Selon l’article gouvernemental, un anonyme député européen aurait donné l’assurance au Premier ministre togolais que le président de la Commission européenne annoncera à M. Koffi Sama à l’issue de son séjour bruxellois, la reprise prochaine de la coopération entre Bruxelles et Lomé. L’eurodéputé aurait expliqué à Koffi Sama que le Groupe des Partis populaires européens (PPE, droite), le plus important du Parlement européen, présenterait un rapport soutenant la reprise de la coopération avec le Togo au cours de la session de l’Assemblée paritaire ACP-UE, prévue du 13 au 15 octobre à Rome en Italie.

Le député européen aurait soutenu que ce rapport positif sera approuvé par les Parlementaires ACP et UE et qu’ainsi, la Commission européenne aura le feu vert pour annoncer le rétablissement de la coopération avec le Togo. Selon ce député, les responsables européens auraient pris conscience de la détérioration de la situation sociale au Togo à cause de l’interruption, pendant plus de dix ans, de l’aide européenne. L’article du site Internet conclut en affirmant que, selon ce député, l’image de l’Union Européenne se dégrade au Togo au point que récemment des véhicules appartenant à la délégation européenne à Lomé ont été attaqués par des manifestants.

Un haut responsable de la Commission de l’Union Européenne que nous avons contacté avant la parution de notre édition de la semaine dernière avait été catégorique dans sa condamnation du caractère mensonger des propos du gouvernement togolais et nous a assuré que ces écrits ne correspondaient ni à la lettre, ni à l’esprit des institutions européennes.

Quant au rapport à charge que présenterait le groupe des PPE à la prochaine assemblée paritaire ACP-UE, tous les responsables de PPE que nous avions interrogés nous ont déclaré ne pas être au courant de l’inscription du problème togolais à l’ordre du jour de la prochaine assemblée paritaire ACP-UE.

Au début de la semaine dernière, le président national du CAR (Comité d’Action pour le Renouveau – Opposition) Me Yawovi Agboyibo, a saisi par lettre datée du 3 octobre 2003, M. Konrad SCHWAIGER, Coordinateur du groupe PPE / DE au Parlement Européen au sujet de l’information publiée par le site Internet officiel du gouvernement. Voici en intégralité, le contenu de cette lettre :

« Nous venons de lire sur le site Internet du Gouvernement togolais, une dépêche comportant le passage ci-après :

« Le Groupe Pari Populaire Européen ( PPE, droite), le plus important du Parlement européen, pourrait présenter un rapport soutenant la reprise de la coopération avec le Togo au cours de la session de l’Assemblée paritaire ACP-UE, prévu du 13 au 15 octobre à Rome en Italie.
Un rapport positif qui pourrait être approuvé par les Parlementaires ACP et UE.
Ainsi la Commission européenne aurait le feu vert pour annoncer le rétablissement de la coopération avec le Togo.
Il semble que les responsables européens ont pris conscience de la détérioration de la situation sociale au Togo à cause de l’interruption, pendant plus de dix ans, de l’aide européenne ».

Or à ce jour, le Gouvernement n’a fait le moindre effort dans le sens des changements recommandés par l’Union Européenne.
Je compte sur votre dynamisme pour déjouer la manœuvre et inciter les représentants du Gouvernement togolais à Rome à œuvrer pour un accord politique avec l’Opposition avant la reprise de la coopération ».

Répondant pour le Groupe Parlementaire PPE – DE au Parlement européen à cette correspondance du CAR, MM. Konrad Schwaiger, Bashir Khanbhai et John CORIE, respectivement, Coordinateurs du Groupe parlementaire PPE – DE à l’Assemblée paritaire ACP – UE et Coordinateur du Comité de Coopération et de Développement ont été plus que clairs sur la position de leur groupe sur le cas du Togo.

« Le Groupe parlementaire PPE – DE rejette fermement l’insinuation contenue dans une article publié sur le site officiel de la République togolaise, daté du 05 octobre 2003 et selon laquelle il appuierait une motion demandant à l’Union Europénne de reprendre sa coopération avec le Togo, gelée depuis 1993, lors de la prochaine assemblée paritaire ACP – UE prévue pour se dérouler du 11 au 15 octobre à Rome.
Bien au contraire, le Groupe parlementaire PPE – DE s’opposera vigoureusement à une telle proposition, étant donné la situation actuelle du Togo, en particulier vu l’absence de progrès dans le processus de démocratisation. », ont-ils répondu dès le 8 octobre à la correspondance de Maître Yawovi Agboyibo.

Renseignements pris, il semblerait que l’article paru sur le site Internet du gouvernement n’était rien d’autre qu’un grossier montage destiné à la consommation personnelle du chef de l’Etat. Ce qu’il faut savoir, c’est que la question des sanctions de l’UE contre le Togo constitue un véritable lobby dont vivent grassement les nombreux parasites vivant aux crochets du « timonier » ; il fallait justifier la mission de Koffi Sama et de sa horde de « budgétivores » ; il fallait surtout justifier la distribution de commissions occultes aux nombreux intermédiaires disant travailler en faveur de la reprise de la coopération de l’UE avec le Togo.

Convaincu désormais que la ballade bruxelloise de son Premier ministre de service a été un véritable échec, le Général Président togolais fidèle à ses habitudes, donne dans la démagogie politicienne en s’en prenant à l’opposition. Lors du dernier conseil des ministres de son « gouvernement d’union familiale », le Général Président Eyadema a déclaré que « la suspension de la coopération économique avec l’Union Européenne était intervenue à la demande expresse de l’opposition togolaise ».

« Fustigeant » ce qu’il appelle « l’antipatriotisme de certains compatriotes », Eyadéma dit s’étonner que les opposants « n’hésitent pas, pour promouvoir leurs ambitions personnelles, à exiger des sanctions contre leur propre pays, leurs frères, bref le peuple qu’ils aspirent pourtant à diriger ». « Depuis une dizaine d’années, en effet, certains partis d’opposition font du maintien des sanctions européennes une arme politique. En fait, la seule à leur disposition faute de disposer d’un programme et d’un accord, même minimum, avec les autres formations politiques. Au départ, certains membres de l’opposition étaient convaincus que l’imposition d’un embargo économique allait provoquer, à terme, une révolte populaire, des émeutes pour s’achever par un départ du pouvoir du président Eyadema. Certains parlementaires européens en étaient également convaincus. Dix ans plus tard, cette politique de sanction est un échec. Elle n’a pas favorisé le dialogue politique ; au contraire. Elle fait souffrir la population qui paye le prix fort d’une stratégie absurde menée de concert par quelques leaders d’opposition et leurs soutiens au sein des instances européennes », pouvait-on lire sur le site Internet officiel du gouvernement.

Ces propos sont tellement incongrus qu’aucun des leaders de l’opposition que nous avons interrogés n’a voulu perdre son temps à y répondre. « Lorsqu’un fou prend un bâton pour te battre et que toi aussi tu prends un bâton pour te défendre, quelqu’un qui vous regarde de l’extérieur, dira à juste titre : voilà deux fous qui s’amusent », nous a déclaré sous forme de boutade un responsable de l’opposition pour expliquer le dédain de la classe politique pour les propos irresponsables et ridicules du chef de l’Etat.

Dans notre édition de la semaine dernière, nous avons exposé les raisons objectives qui conduisent l’Union Européenne à maintenir ses sanctions contre notre pays. Ce n’est pas l’opposition qui a commis les odieux massacres de populations civiles au Jardin Fréau en présence d’officiels français et allemands venus en mission de bons offices au Togo. Ce n’est pas non plus l’opposition qui s’évertue depuis dix ans à organiser des coups d’Etat électoraux et à refuser l’implication de l’Union Européenne dans l’organisation au Togo, d’élections véritablement dignes de ce nom.

Selon un haut responsable de l’Union Européenne, Bruxelles est convaincu depuis longtemps du fait que les autorités togolaises et leurs soutiens extérieurs n’ont aucune envie de faire ce qu’il faut pour que soient levées les sanctions contre le Togo. « Tout le reste n’est que racontars et manœuvres politiciennes ; le jour où le Président Eyadéma sera décidé à coopérer sincèrement avec nous pour la levée des sanctions, les choses iraient très vite », nous a déclaré ce haut responsable de l’UE. Comme c’est le cas depuis 1993, la balle est toujours dans le camp du général président Eyadéma.

Marie-Ange de FANTI
MOTION numéro 247 du 13 Octobre 2003