28/06/2022

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Les promesses d’ Eyadèma : «Je ne veux pas rester un seul jour si je finis mon mandat en 2003 »

Interview accordée à la presse internationale le 23 juillet 1999 à Lomé
Extrait d’interview repris le 22/05/03 par la rédaction letogolais.com

«Je ne veux pas rester un seul jour si je finis mon mandat en 2003 » « J’ai tenté de me retirer depuis 1969 et c’est le destin qui a voulu que je sois à la tête de ce pays malgré moi »

Alors que son homologue français, Jacques Chirac était en visite au Togo, en pleine négociations intertogolaises, le Général Eyadèma accordait une interview à la presse internationale. De l’avis de nombreux observateurs, cette interview qui devenait du coup un élément foncteur du dialogue en cours, ne serait pas sans conséquences favorables à l’avancée des négociations. Nous étions le 23 Juillet 1999. En quatre ans, les données ont évolué. Malheureusement. Et le Général renia effrontément sa « parole de militaire » !

M. le Président, vous êtes au pouvoir depuis 32 ans. C’est l’un des plus longs règnes en Afrique. L’un de vos opposants vous a même traité de dinosaure de la politique. Comment réagissez-vous à ça ? Il n’est peut-être pas temps de penser à une alternance au Togo ?

Président Eyadèma : La démocratie, comment ça se passe chez vous ? Si Kohl (ndlr, ancien chancelier allemand qui a passé 15 ans au pouvoir) n’avait pas été battu la dernière fois, vous allez lui demander de partir ? J’ai tenté de me retirer depuis 1969 et c’est le destin qui a voulu que je sois à la tête de ce pays malgré moi. En 1969, j’avais adressé un message à la nation pour dire que l’armée a fini sa mission et se retire. La réponse a été prompte. Un refus catégorique par rapport à ce qui s’est passé lorsque le pays était à feu et à sang et s’acheminait vers une guerre civile. La présente Constitution dit que le président est élu pour un mandat de cinq (5) ans renouvelable une seule fois.

Qu’est-ce que vous allez faire dans un avenir proche ; est-ce que vous allez changer la Constitution pour vous présenter de nouveau ? Ou irez-vous jusqu’au bout de votre mandat ?

Eyadèma : Je ne toucherai pas à la Constitution, car si je le fais, on dira que c’est pour prolonger mon mandat comme la plupart des chef d’Etat. Je ne veux même pas rester un seul jour si je finis mon mandat en 2003.

Est-ce à-dire qu’en l’an 2003, il y aura un nouveau président du Togo ?

Eyadèma : Bien sûr. Il sera librement choisi conformément à la Constitution par le peuple.

Est-ce que d’ici là, il y aura des législatives anticipées suite aux législatives de cette année qui
ont été boycottées par l’opposition ?

Eyadèma : Le président Chirac a dit que le débat, ce n’est pas dans les rues, mais c’est à l’Assemblée
nationale chez vous les Français. Nous importons la démocratie des pays occidentaux. Mais nous avons beaucoup déploré que l’opposition, malgré tout ce que nous avons fait, a refusé de participer aux législatives. La Constitution dit que le président de la République ne peut pas dissoudre l’Assemblée Nationale avant un an. J’ai toujours dit que je suis militaire. Une guerre, qu’on l’ait perdue eu qu’on l’ait pas perdue, il y a toujours des critiques. J’ai dit que j’étais contre le pari unique et qu’il faut le multipartisme. Ce sont les mêmes politiciens qui ont refusé le multipartisme depuis 1968. C’est pour vous dire que nous n’avons pas attendu le vent de l’Est. Nous avons commencé très tôt.

Vous disiez que la Constitution peut vous autoriser à dissoudre l’Assemblée Nationale à partir de l’an 2000. Est-ce que si le dialogue inter togolais vous demande de dissoudre l’Assemblée Nationale vous accepterez ?

Eyadèma : Le dialogue, en vertu de quoi, peut me demander de dissoudre l’Assemblée Nationale ? Il y a la Constitution. Je suis légaliste. Je respecte strictement la Constitution. Si le dialogue inter togolais dit qu’il faudrait voir comment nous allons faire pour modifier la Constitution d’un commun
accord. Mais je ne veux pas prendre le risque de violer la Constitution. Nous avons déploré le fait que nos partenaires de l’opposition n’aient pas pris part à ces législatives. Je suis prêt à dissoudre l’Assemblée Nationale comme le dit la Constitution. Mais pas avant un an. Après un
an, je la dissoudrai en application de la Constitution, même si on ne me le demande pas. Je le fais en mars 2000. Je veux que tout le monde participe ; chacun n’a qu’à tenter sa chance et on va travailler
ensemble. Ne penser pas que nous sommes contents qu’il y ait un seul parti à l’Assemblée Nationale. Il y aura bien sûr les élections législatives au Togo en l’an 2000.

C’est un engagement que vous prenez aujourd’hui ?

Eyadèma : je ne suis pas un politicien. Je suis un militaire et ma parole m’engage. Donc je vous dis ce que je ressens et non le contraire.

Interview accordée à la presse internationale le 23 juillet 1999 à Lomé.
Extrait d’interview repris le 22/05/03 par la rédaction letogolais.com