27/06/2022

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Lettre de Dahuku PERE aux membres du directoire de la CFD.

Les Rénovateurs
Lomé, le 07 mars 2003

Aux membres du directoire de la CFD.

Monsieur le président de la CFD,
Messieurs les vice-présidents,

Il nous est apparu nécessaire de vous adresser les observations et les commentaires suivants sur les derniers événements qui ont secoué la Coalition des Forces Démocratiques et sur la manière dont ils ont été gérés. L’objectif que nous poursuivons est d’attirer fermement votre attention sur la nécessité de tout mettre en œuvre pour éviter de détruire en quelques jours ce que nous avons, ensemble, mis des mois de difficile labeur et de patience à construire. Nous présumons, en vous adressant la présente, que ce qui compte le plus aujourd’hui pour nous, leaders de l’opposition, c’est la recherche d’un sort meilleur pour nos populations asservies et rendues chaque jour plus misérables par la dictature, et non la volonté de conquérir un pouvoir personnel, situation dont nous connaissons déjà et déplorons actuellement les effets néfastes sur le peuple togolais.

1. Cinq mois pour construire, c’est peut-être désespérant
A ce jour, nous avons mis environ cinq mois de dur labeur et de négociations patientes pour parvenir à créer la Coalition des Forces Démocratiques, à la doter d’une charte constitutive qui précise clairement les règles de jeu internes, à définir les tâches majeures à mener dans le cadre de notre lutte contre la dictature, enfin à mettre en place une direction permanente de nos activités. Parmi les tâches retenues de commun accord, figure la nécessité reconnue pour la CFD de rester unie jusqu’à la fin de la dictature, de manière à pouvoir identifier, en fonction des éventualités, la stratégie appropriée qui conduira les forces unies de l’opposition à la victoire sur la dictature. C’est tout cet acquis, à la fois petit et important, que le directoire a eu mission, par sa mise en place il y a environ un mois, de capitaliser et de gérer pour le succès de la lutte commune.

2. Deux semaines pour démolir, un constat qui fait mal
Dans la deuxième moitié du mois de février, la CFD a connu deux événements majeurs, dont la gestion par le directoire a beaucoup laissé à désirer et même remis en cause les acquis des mois écoulés. Il y a eu d’abord le débat sur la désignation des représentants de la Coalition au sein de la CENI; ce débat, très mal dirigé, a provoqué le second événement, celui de la suspension par l’UFC de sa participation aux travaux de la CFD puis de son retrait.

Nous ferons l’effort de rester courtois, dans notre propos, à l’égard du vice-président de la CFD, Me Agboyibo. Mais, pour être honnêtes avec nous-mêmes, nous devons dire que, comme vice-président de la CFD et comme premier membre du directoire à en présider les travaux durant cette période, il ne nous a pas du tout aidés. Il a peut-être poursuivi et atteint des objectifs significatifs pour lui, mais sans aucun égard pour les intérêts réels de la CFD.

3. Une gestion inégale de deux dossiers d’importance comparable pour la CFD
Lorsque nous considérons le dossier de la lettre du Premier ministre relative à la CENI, nous relevons ceci dans les déclarations du vice-président faites à « LeTogolais.com »: le 13 février, il reçoit la lettre; ce jour même il convoque une réunion du præsidium. Le lendemain 14 février, il transmet la lettre au président de la CFD. Le 16 février, il reçoit la réponse du président et convoque, ce jour même, une réunion du directoire puis, le lendemain 17 février, une réunion du præsidium qui décide, par un vote majoritaire, du principe de la transmission des noms des représentants de la CFD à la CENI, à titre transitoire. Le 18 février, nouvelle réunion du præsidium pour échanger sur les personnes retenues. Le 19 février, autre réunion du præsidium qui autorise le vice-président, selon lui, à envoyer lui-même les noms au cas où le président de la CFD refuserait de signer la lettre y-relative. Soit au total huit actes posés en sept jours pour gérer le dossier de la lettre du Premier ministre, autrement dit plus d’un acte posé chaque jour.

Mais s’agissant de la lettre de l’UFC annonçant la suspension de sa participation aux travaux de la CFD, nous relevons: le 20 février, le vice-président reçoit la lettre de l’UFC. Le 21 février, des copies de la lettre sont envoyées aux membres de la CFD. Le 24 février à 17h, première réunion du præsidium sur la lettre de l’UFC: le præsidium décide d’envoyer une mission de bons offices auprès de l’UFC, alors que, ce même jour, l’UFC rend public un communiqué annonçant son retrait de la CFD. Soit au total trois actes posés en cinq jours pour gérer la crise avec l’UFC, autrement dit moins d’un acte posé par jour pour régler cette crise menaçant la survie même de la CFD.

Cette gestion très inégale des deux dossiers montre clairement combien le vice-président de la CFD s’est montré très peu empressé de rechercher un règlement rapide du problème posé à la CFD par la décision de suspension prise par l’UFC. En traitant autrement ce second dossier, notamment avec plus d’empressement et une sincère volonté de sauvegarder la cohésion de la coalition, il était possible d’aboutir à un résultat tout à fait différend de celui qui prévaut actuellement.

4. Une mémoire un peu trop sélective des événements
Le vice-président Agboyibo nous semble avoir développé une mémoire un peu trop sélective des événements. Il dit en effet avoir, à la réunion du 19 février, interrogé le præsidium sur le maintien ou non de sa décision du 17 février relative à l’envoi de quatre noms au Premier ministre, à titre conservatoire, et avoir obtenu un vote majoritaire de six contre trois, ce qui est vrai. Il insinue ensuite avoir ainsi reçu l’autorisation du præsidium de signer la lettre et d’adresser les noms au Premier ministre, ce qui, par contre, n’est pas vrai. Car il a été plutôt demandé au vice-président d’entrer en contact avec le président de la CFD pour l’amener à comprendre qu’au sein de la coalition, une majorité se dégage en faveur des partis qui souhaitent que l’opposition prenne part aux prochaines élections présidentielles et qu’il ne peut pas ne pas en tenir compte; il peut, bien sûr, apporter des modifications à la lettre ainsi soumise à sa signature, mais il lui appartient, comme président de la CFD, de la signer. Il a été indiqué au vice-président de préciser à l’attention du président que s’il refuse à la fois de signer la lettre et de suggérer des modifications, le præsidium en prendra acte. Ce sont les Rénovateurs qui ont fait cette intervention; ils ont été appuyés expressément par certains partis, tandis que les autres n’ont pas fait d’objections. Les Rénovateurs sont surpris du compte-rendu qui est fait aujourd’hui à la presse et qui escamote totalement cette situation. Le vice-président Agboyibo aurait dû faire exactement ce qui lui a été recommandé ce jour-là et en rendre compte ensuite, à temps, aux membres du præsidium, au lieu de mettre tout le monde au pied du mur en décidant seul, ce jour-là, de signer et d’envoyer la lettre au Premier ministre. Nous soulignons enfin que si le vice-président avait eu à cœur de gérer ce problème dans l’intérêt de la cohésion de la CFD, il aurait pu mettre en évidence la possibilité que la CFD offre à ses membres, dans sa charte, de contracter entre eux des alliances électorales et tenter de régler le problème par ce biais. Dans cette direction, en effet, il était possible de trouver une solution plus heureuse pour la coalition.

5. La question du mode de décision au sein de la CFD
L’accord portant création de la coalition a indiqué le consensus comme unique mode de décision au sein du præsidium. Il n’y en a pas d’autre jusqu’à nouvel ordre. Si ce mode de décision doit être changé ou même simplement corrigé, il faut convoquer une réunion spéciale du præsidium et instaurer un débat spécial à cet effet. Les membres conviendraient alors, éventuellement, d’un amendement en bonne et due forme à insérer dans la charte. Sans cette précaution préalable il ne sied pas qu’une réunion ordinaire, quelle que soit la composition des participants, décide d’une modification si engageante et la mette aussitôt en application. Refuser de le reconnaître, c’est vouloir ignorer le « respect réciproque » auquel les signataires de la charte se sont obligés ainsi que l’engagement qu’ils ont pris de « s’abstenir de toute attitude susceptible d’entamer la confiance mutuelle durant la lutte commune ».

Nous rappelons, par ailleurs, qu’en fin décembre 2002 nous avons dû, à l’occasion d’un important débat, procéder par deux fois à un vote qui nous a conduits, non pas à prendre une décision à la majorité, mais à apprécier jusqu’à quel point le consensus était atteint. Et comme il était alors loin d’être atteint, nous avons dû continuer à discuter jusqu’à aboutir à un consensus ténu qui nous a permis d’éviter de plus grandes difficultés à la coalition.

C’est donc dire que l’UFC a parfaitement raison, aujourd’hui, dans le conflit qui l’oppose à la CFD sur les conditions dans lesquelles la décision a été prise d’envoyer, à titre conservatoire, des noms de représentants de la coalition à la CENI. S’ils avaient été un peu plus patients, les responsables de ce parti auraient donné au præsidium le temps de mieux apprécier la situation et d’éviter toute prise de position irréversible. Le directoire doit donc examiner la crise actuelle avec beaucoup de sérénité pour permettre au præsidium de rendre justice à l’UFC et de rechercher la meilleure voie pour en sortir. Cette voie pourrait bien se trouver dans la facilitation du retour de l’UFC au sein de la coalition et l’exploration des possibilités qu’offre la charte de la coalition pour la constitution d’alliances électorales entre membres de la CFD. Une entente à ce niveau ne devrait pas s’avérer impossible dans la mesure où tous les partis membres de la coalition affirment le principe de la participation à des élections présidentielles en 2003, même si chacun entend la chose à sa manière.

6. L’heure de dire la vérité au peuple!
Le vice-président Agboyibo considère que « l’heure de dire la vérité au peuple a sonné » et il développe assez amplement la sienne dans son entretien avec « LeTogolais.com ». Nous ne dirons pas qu’il n’a pas raison puisqu’il s’est exprimé en conformité avec la compréhension que son esprit lui a donnée de la réalité. Nous dirons simplement qu’il a dit sa vérité et qu’il lui reste maintenant à écouter celles des autres. Voici la nôtre:

La coalition a certainement mis du temps pour se constituer, s’organiser, prendre les décisions nécessaires et entreprendre des actions efficaces sur le terrain, cela est vrai; mais chaque leader porte sa part de responsabilité dans les retards pris sur les événements, car chacun, en son temps, a eu à exprimer une ou deux exigences qui ont eu pour effet de ralentir les travaux, de remettre souvent à demain les décisions à prendre aujourd’hui et de faire toujours reporter à plus tard les actions à poser. Peut-être faut-il rappeler à cet égard le retard inutilement imposé, récemment, aux travaux du præsidium sur la question banale de la hiérarchisation des postes de vice-président? Mais, globalement, nous relevons qu’après les premières actions qui se sont heurtées aux difficultés que nous savons, nous avons tous senti un certain immobilisme guetter la coalition. Certains ont suggéré de porter l’action de mobilisation à l’intérieur du pays, ce qui nécessitait au préalable que les partis membres de la coalition donnent des instructions à leurs structures régionales pour qu’elles se fédèrent et commencent à travailler ensemble; mais aucun parti n’a manifesté une réelle disposition à le faire. Il est apparu alors, dans les échanges, que rien ne peut se faire avec efficacité, surtout à l’intérieur du pays, en l’absence d’une structure de direction permanente de la CFD clairement organisée. La mise en place de cette structure nous a pris un bon mois de discussions, entre mi-janvier et mi-février.

Dans cette structure, il est échu à Maître Agboyibo le privilège d’occuper le poste de vice-président chargé des structures décentralisées. Il lui revient donc, aujourd’hui, la responsabilité d’organiser la CFD pour les actions à mener sur le terrain en vue d’atteindre les objectifs fixés. Mais c’est paradoxalement à ce moment où la coalition attend beaucoup de lui qu’il choisit de promouvoir sa désorganisation en faisant valoir que l’heure est venue de dire la vérité au peuple. Fort bien! Mais qu’il aille donc jusqu’au bout et qu’il dise aussi, par exemple, tout ce que chaque leader, en commençant par lui-même, aurait dû faire dans la coalition et n’a pas fait, et tout ce qu’il n’aurait pas dû faire et qu’il a pourtant fait. Mais à quoi tout cela servirait-il? Quelle personne intelligente ignore que vivre ensemble n’est pas une entreprise aisée, mais plutôt une aventure pleine de risques à gérer en permanence? Et le peuple le comprend si bien, lui qui prie chaque jour pour que l’opposition reste unie jusqu’au bout! Y a-t-il une vérité plus grande que celle qui permet de chercher inlassablement à unir au lieu de diviser, à colmater les brèches au lieu de les élargir? Aujourd’hui, face aux nouvelles conditions électorales créées par le pouvoir, quelle chance réelle un leader de l’opposition a-t-il d’entreprendre de solliciter la confiance du peuple, seul et en excluant délibérément les autres? Car, en vérité, tout le monde dans le pays est fatigué de toutes les formes d’exclusion; et l’on attend des leaders du Togo de demain qu’ils bâtissent le pays, non pas en s’évertuant à exclure qui que ce soit, mais en tâchant de mettre effectivement à contribution tous ses enfants.

Il serait vraiment regrettable que, si près du but, nous ne soyons pas soucieux de prendre toutes les dispositions pour ne pas revenir au point de départ. Ensemble, espérons fortement que nous saurons avoir la volonté de sortir de la situation actuelle de la CFD qui est fort déplorable et que nous voudrons bien tout mettre en œuvre à cet effet, pour le bien de tous.

Tâchons, en tout cas, de savoir clairement, individuellement et collectivement, qui nous voulons servir: une union forte de l’opposition avec le peuple meurtri qui attend beaucoup d’elle en ce moment, ou bien l’adversaire commun qui seul tire profit de notre division et qui ne désempare pas de nourrir, sur nous et sur le peuple, les desseins les plus malveillants. Que Dieu nous vienne en aide pour que nous puissions tous effectuer le bon choix!

7. Le message des Rénovateurs
A cette étape cruciale de la vie de la Coalition des Forces Démocratiques, il nous semble nécessaire de rappeler le message que nous avions apporté aux principaux leaders de l’opposition au moment d’entreprendre notre aventure commune dans la coalition. Ce message est simple mais dit bien ce qu’il veut dire:

«Les divisions entre les partis politiques de l’opposition ne profitent qu’à l’adversaire et doivent être surmontées à tout prix pour le succès de la lutte commune. Il faut donc entreprendre absolument une démarche unitaire.
Pour que cela soit possible il faut abandonner les querelles de leadership et laisser de côté, pour un temps, les stratégies de conquête personnelle du pouvoir, et ne regarder que le sort des populations. A ces conditions nous, les Rénovateurs, sommes disposés à prendre place aux côtés des partis politiques de l’opposition pour lutter avec leurs leaders et leurs militants pour la fin du système dictatorial du parti-État.»

De ce message, nous faisons aujourd’hui presque une supplique en faveur des populations qui ont manifestement besoin de notre cohésion pour poser avec nous les prochains actes indispensables à leur délivrance.

C’est pourquoi, Messieurs les membres du directoire, nous voulons en appeler à votre bon sens et à votre amour du peuple togolais pour que, dans un dernier sursaut patriotique, vous décidiez de renoncer aux tentations actuelles de la division pour recréer une cohésion plus forte de la CFD autour de son président désigné. Seule la voie de l’union nous est favorable pour une mobilisation générale des populations en vue de mettre un terme définitif au système inique du parti-État, ainsi que nous en avons ensemble pris l’engagement.

Monsieur le président de la CFD et Messieurs les vice-présidents, voilà les quelques observations, commentaires et recommandations qu’il est apparu nécessaire aux Rénovateurs de vous faire parvenir, en espérant que vous pourrez y puiser des éléments pour une réflexion utile à une reprise en main salutaire de la gestion de la CFD. Efforçons-nous ensemble de faire la joie de notre peuple et non celle de l’adversaire commun. Notre capacité de nous tenir la main aujourd’hui, quelles que soient nos différences, déterminera le peuple à nous faire confiance pour demain. Car c’est ensemble que nous sommes appelés à réconcilier notre peuple dans toutes ses composantes pour une vraie restauration politique et économique nationale.

Veuillez agréer, Messieurs, l’expression de notre parfaite considération.

Pour les Rénovateurs
Maurice Dahuku Péré