03/12/2022

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Meeting et affrontements à une semaine de la présidentielle

La campagne pour l’élection présidentielle du 24 avril prochain est bel et bien lancée. L’opposition tient un meeting à Lomé, tout en laissant planer le doute sur la tenue réelle du scrutin. Mais à l’issue du rassemblement des échauffourées ont éclaté faisant de nombreuses victimes.

L’Union des forces du changement (UFC), le principal parti de l’opposition a pris l’initiative d’un meeting à Lomé, animé par son leader, Gilchrist Olympio, alors que le doute sur la bonne tenue du scrutin s’installe dans les esprits. Venu du Ghana voisin, le leader de l’UFC qui n’est pas candidat, exclu par une disposition de la constitution, est venu soutenir la candidature de son numéro 2, Emmanuel Bob Akitani, candidat unique de la coalition de six partis de l’opposition. «Nous venons d’entamer la campagne électorale et le 24 avril nous allons gagner les élections», a lancé Gilchrist Olympio qui prédit la fin de «l’ancien système» et l’émergence du renouveau dans son pays.

Mais au-delà des slogans et autres pancartes de propagande, ce sont les affrontements dans les rues de Lomé qui retiennent l’attention. En effet, des sympathisants du pouvoir, regroupés au sein du mouvement des Jeunes du rassemblement du peuple togolais (JRPT), ont organisé une «caravane électorale» qui, selon eux, aurait été pris à partie par des militants de l’UFC. Les échauffourées auraient fait sept morts et plus d’une centaine de blessés parmi les militants de la JRPT, annoncent les sympathisants du parti au pouvoir. Côté opposition, on déplore un mort et cinquante-cinq personnes blessées. Les deux parties s’accusent mutuellement de provocation et se rejettent la responsabilité des premiers coups portés.

Les affrontements entre camps rivaux vont probablement servir d’arguments pour tous ceux de l’opposition qui réclament le report du scrutin. Ils dénoncent des fraudes dans la révision des listes et la distribution des cartes d’électeurs. Yawovi Agboyibo, le coordinateur de l’opposition accuse la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’ouest (CEDEAO) d’avoir échoué dans sa mission au Togo. L’opposition qui reconnaît la qualité du travail fournie par la CEDEAO dès l’annonce de la mort du président Gnassingbé Eyadéma et la succession organisée en faveur de son fils, déplore aujourd’hui la complaisance de cette organisation face au pouvoir togolais. Un fort courant de l’opposition soutient aujourd’hui la thèse du report de l’élection présidentielle. «Nous avons écrit à l’Union européenne, aux Etats-Unis, au président Olusegun Obasanjo (président en exercice de l’Union africaine) , et nous leur avons demandé de prendre le dossier togolais en main. Nous verrons les jours à venir ce qui va se passer», a précisé Yawovi Agboyibo.

«Risque de déflagration»

La question du report de l’élection présidentielle a mobilisé, la semaine dernière, l’archevêque de Lomé Philippe Kpozro, des religieux, des avocats et des personnalités de la société civile qui se sont rendus à la présidence de la République pour demander au président par intérim, Abass Bonfoh, le report du scrutin. Il leur a laissé entendre qu’il est désormais trop tard pour envisager une telle éventualité. Par ailleurs, le gouvernement se réfugie derrière la «stricte application des textes de la Constitution» pour justifier le maintien du scrutin. Mais pour l’association [Initiative 150->http://www.initiative150.org], qui regroupe des intellectuels et de nombreux cadres togolais, pour la plupart vivant à l’extérieur, il y a une autre lecture des textes «si seulement on se donne la peine de faire les choses dans les règles de l’art et avec du bon sens». Pour cette association qui s’exprimait devant la presse internationale au Centre d’accueil de la Presse étrangère (CAPE) à Paris, le 14 avril, les mêmes textes (Constitution) évoqués par le pouvoir « ne font l’objet que d’une lecture partielle ».

Initiative 150 cite pêle-mêle des articles de la constitution togolaise «qui obligent» à repousser dans le temps la tenue du scrutin. Elle prévient « contre un risque de déflagration » au Togo si la date du 24 avril est maintenue. Mais devant la montée en puissance des militants du report de la date du scrutin et malgré ses propres réserves sur l’organisation du scrutin, Gilchrist Olympio, leader du principal parti de l’opposition, précise que la coalition ne boycotterait pas les urnes «à moins que les choses ne se dégradent cette semaine».

Didier Samson
Article publié le 17/04/2005
Dernière mise à jour le 18/04/2005 à 08:55 (heure de Paris)