26/11/2022

Les actualités et informations générales sur le Togo

Mémorandum des réfugiés togolais au Ghana

INTRODUCTION

CHAP I – PETIT APERÇU HISTORIQUE
CHAP II – LA TRAGÉDIE DES RÉFUGIÉS TOGOLAIS AU GHANA
CHAP III – DES EXEMPLES DE NUISANCE DE L’UNHCR-ACCRA
CHAP IV – LES PROBLÈMES D’INSÉCURITÉ ACTUELS
CHAP V – LE NOUVEAU CONTEXTE SOCIO-POLITIQUE DU TOGO ET DU GHANA
CHAP VI – DES SUGGESTIONS ET PROPOSITIONS DE SOLUTIONS D’APPROCHE
CONCLUSION

INTRODUCTION

Le Ghana a été et demeure notre première terre d’accueil, suite aux évènements tragiques qui ont marqué l’histoire de notre pays, depuis les années 90 jusqu’à ce jour. Nous saisissons cette opportunité pour exprimer notre gratitude sincère et profonde au peuple et au gouvernement ghanéens qui n’avaient ménagé aucun effort pour nous aider, et qui nous avaient réservé une hospitalité chaleureuse et fraternelle.
Mais face aux méfaits du déni d’assistance notoire et des mauvais traitements généralisés que l’UNHCR-Accra n’a cessé d’infliger à la communauté des réfugiés togolais, face à la tragédie prochaine à laquelle conduisent inexorablement toutes les stratégies et toutes les techniques d’oppression mises au point à l’UNHCR-Accra, notre communauté ne peut plus continuer à se taire. Nous ne pouvons plus nous résigner à jouer tout simplement le rôle de la victime qui attend son bourreau. Nous voulons élever notre voix contre certains fonctionnaires dont les actions sont non seulement nuisibles à la communauté des réfugiés togolais, mais aussi contraires à la mission d’assistance et de protection que les Nations Unies ont assignée à cette Institution mondiale. Nous élevons aussi la voix pour appeler au
secours toutes les Organisations de protection et de défense des Droits de l’Homme, afin que quelque chose se fasse en faveur de notre communauté, en particulier en faveur de certaines personnes doigtées par le régime despotique de notre pays, avant qu’il ne soit trop tard. Une petite récapitulation des faits marquants de l’histoire des réfugiés togolais au Ghana éclairerait mieux nos lecteurs sur le sort dramatique qui nous attend dans le contexte actuel.

Le 26 avril 1997, une fillette nommée Gnimoda Kamadaba Tomlaba, âgée de 6 ans, d’une famille de réfugiés togolais, mourut faute d’assistance de l’UNHCR. Le 20 octobre 1997, le sieur Jérôme Dazimwaï Planiteye, réfugié togolais résidant au Ghana depuis février 1993, fut sauvagement molesté par six agents de l’UNHCR-Accra, sur instruction et en présence de Monsieur Tepe-Mensah Fridolin, Responsable du Service social. En juillet 2000, Mr. Tepe-Mensah Fridolin de l’UNHCR-Accra, a menti deux fois de suite aux compatriotes réfugiés togolais, dans le but de les empêcher de prendre part normalement aux interviews de la JVA initialement prévue au camp des réfugiés de Budumburam. Le 7 janvier 2001, deux camarades militaires avaient reçu des menaces de mort et d’extradition vers le Togo, à partir de la région de la Volta-Nord, par des militaires ghanéens. En août 2001 passé, un camarade réfugié, Avousi, a dû quitter sa zone de résidence habituelle pour d’autres régions, à la recherche de sécurité, suite à des menaces de mort prononcées contre lui par des jeunes autochtones. Le 13 février 2002, un autre camarade a été arrêté et mis arbitrairement en cellule avant d’être relâché à Aflao. Le 25 mars 2002 dernier, un chef traditionnel du Ghana a conduit certains compatriotes réfugiés à Lomé 2, la résidence du dictateur que nous avons fui. Depuis leur retour parmi nous, l’atmosphère des milieux de réfugiés n’a cessé d’être polluée par des informations alarmantes et traumatisantes mettant en cause notre sécurité comme si nous étions encore au Togo. Le mercredi 17 avril 2002, l’un d’entre eux a provoqué et agressé à coups de chaises un réfugié togolais à son domicile, sous prétexte que celui-ci ne lui avait pas fait un bon accueil à son retour de Lomé 2.

Il existe des preuves réelles que de faux réfugiés sont réinstallés en Amérique, en lieu et place des vrais réfugiés togolais restés au Ghana. Nous nous interrogeons sur le rôle de l’UNHCR-Accra à l’égard de notre communauté. Depuis le 11 mai 2002 passé, une nouvelle étape dans l’évolution des relations entre le Togo, notre pays d’origine, et le Ghana, notre pays d’accueil, vient d’être franchie. Non seulement les frontières seront bientôt ouvertes 24 heures sur 24, mais encore les soldats de l’armée togolaise pourront venir opérer sur le sol ghanéen et les Ghanéens feront de même du côté togolais. Le constat, à bien des égards, d’une sorte de partenariat dans les actions des autorités de Lomé et des responsables de l’UNHCR-Accra, est un des faits les plus troublants de la politique de cette Institution vis-à-vis des vrais réfugiés togolais au Ghana. Sachant de quoi est capable en barbarie le régime politique que nous avons fui, connaissant ses habitudes et ses méthodes de gouvernement qui n’ont pas changé, ainsi que l’atteste la déclaration du député du RPT, Dahuku Pere, précédemment Président de l’Assemblée Nationale, ancien délégué National de la JRPT (Jeunesse du RPT, Parti unique du dictateur), ancien Secrétaire Général du Ministère de l’Education Nationale, ancien Proviseur, ancien Censeur de lycées, ancien Professeur de Lettres, déclaration qui se passe de tout commentaire et qui date du 24 mars 2002, nous pensons que nos vies risquent d’être abrégées par une fin tragique, si nous ne pouvons recevoir un secours d’urgence pour nous éloigner de l’actuel pays d’accueil.

C’est pourquoi le présent mémorandum doit être compris comme un dernier signal de détresse des enfants, des femmes et des hommes en grand péril. Le petit aperçu historique qui va suivre éclairera davantage les uns et les autres sur le drame de notre peuple tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du Togo.

CHAP I – PETIT APERÇU HISTORIQUE

Le 5 octobre 1990 fut le départ du mouvement populaire de contestation ontre le régime dictatorial du Général Eyadema au pouvoir depuis plus d’un quart de siècle, et le début de l’engagement de notre peuple dans la lutte démocratique ouverte. Ce fut aussi le départ d’une spirale de violences durables:

Après le drame de la lagune de Bè le 11 avril 1991,
Après les tueries de la Primature à Lomé le 3 décembre 1991,
Après les tueries de Barkoissi, de Bassar, de Bodjé et de Sotouboua en 1992,
Après l’attentat de Soudou sur la personne de Gilchrist Olympio, leader de l’U.F.C. (Union des Forces du Changement), le 05 mai 1992, attentat qui fit plusieurs morts et où lui-même fut grièvement blessé,
Après l’assassinat de Tavio Amorin, leader du Parti Socialiste Panafricain,
Après la séquestration des Hauts Conseillers de la République qui représentaient le Parlement de la Transition démocratique,
Bref après toutes les violences et assassinats dont la lutte démocratique fut émaillée jusqu’à la fin de 1992, l’escalade de la violence inouïe a franchi un seuil jamais atteint, avec les tueries des 25 et 30 janvier 1993, faisant des centaines de victimes et de morts dans la population civile.

Ces faits étaient la plupart du temps l’oeuvre d’activistes et de miliciens du R.P.T., ainsi que des militaires inconditionnels du Pouvoir baptisés par le chef de l’Etat lui-même, «éléments incontrôlés» afin qu’ils soient absous automatiquement de leurs forfaits. Ces tueries ont eu pour conséquences de provoquer en 1993 l’exode massif des Togolais vers l’étranger, en particulier vers le Bénin (Est) et le Ghana (Ouest) qui sont des Etats frontaliers. Le Ghana, pour sa part, a eu droit à la colonie togolaise la plus importante jamais rassemblée à l’étranger. Cela s’explique sans doute par des raisons géographiques (Situation de Lomé à la frontière avec le Ghana, Lomé étant la capitale togolaise, et le siège de toutes les convulsions socio-politiques et socio-culturelles), par l’appartenance à la même origine ethnique des populations de part et d’autre des frontières entre le Togo et le Ghana, enfin par la sympathie marquée des autorités ghanéennes de cette époque pour notre peuple en proie à toutes sortes de pratiques barbares. Mais les hommes, les femmes et les enfants de cette colonie sont loin de constituer un ensemble homogène quant aux motifs personnels de leurs arrivées au Ghana, bien que le contexte socio-politique qui ait déterminé la fuite vers l’étranger soit le même pour tous. C’est là que commence la tragédie des réfugiés togolais au Ghana.

CHAP II – LA TRAGÉDIE DES RÉFUGIÉS TOGOLAIS AU GHANA

La tragédie des réfugiés togolais au Ghana a trois fondements essentiels:
– La diversité des composantes de la colonie des réfugiés togolais au Ghana
– Les conséquences de cette diversité
– Et le calvaire que constitue l’UNHCR-Accra pour les vrais réfugiés

1. Les composantes de la colonie des réfugiés togolais au Ghana

Pour mieux comprendre la tragédie des réfugiés togolais au Ghana, il est essentiel de bien définir la composition de la colonie togolaise créée à l’étranger par le fait de la crise socio-politique des années 1990, avec comme point culminant l’année 1993.

Trois groupes d’importance inégale se dégagent nettement du point de vue des motifs de leurs arrivées au Ghana:

a) Ceux qui sont personnellement persécutés et poursuivis par le Régime en place à Lomé, pour leur choix politique: Ils ne sont pas les plus nombreux mais ils comprennent:
– Des civils ayant rejeté la dictature de façon radicale, ou militant activement dans un parti d’opposition démocratique; lorsqu’ils sont détectés pour leur zèle et leurs convictions incorruptibles, ils sont classés comme des «opposants farouches» et donc des personnes à éliminer d’office;
– Des soldats soupçonnés d’être des démocrates ou ayant refusé d’obéir à des ordres contraires à notre Constitution, des ordres tels que tirer dans la population et assassiner de paisibles concitoyens;
– Des miliciens de l’opposition démocratique qui sont des jeunes gens volontaires pour faire la sécurité et servir de bouclier humain aux leaders lors des meetings politiques.

b) Ceux qui fuyaient l’insécurité générale: ce sont surtout des civils. Ils sont de loin les plus nombreux. Parmi eux, on note des opportunistes de tous genres dont les actions ont été des fois aussi perverses que celles des envoyés du Pouvoir.

c) Ceux qui sont intentionnellement déversés dans la masse par les soins du Pouvoir de Lomé2. Ils comprennent:
– Des activistes et des miliciens du RPT;
– Des «éléments incontrôlés» ou certains soldats en mission spéciale;
– Des agents engagés dans des partis de l’opposition pour leur espionnage; ceux-ci ont toujours joué un double jeu. Ce sont tous des agents du Pouvoir dans différents réseaux.

Cette diversité des composantes de la colonie togolaise a des conséquences graves sur la vie de la communauté des réfugiés togolais au Ghana.

2. Les conséquences de la diversité des composantes de cette colonie

Une première conséquence, c’est l’incapacité de notre communauté à former un ensemble uni, à cause des dissensions perpétuelles qui paralysent toute initiative positive nécessitant une base de solidarité et de fraternité. De là l’émergence de toutes sortes de difficultés à élire un comité responsable. Ce comité, lorsqu’il est choisi, devra encore se soumettre à la volonté des agents du 2e ou du 3e groupe qui s’y trouvent. Faute de soumission à leur volonté, des entraves seront multipliés pour empêcher le fonctionnement normal du comité dans l’intérêt réel de toute la communauté. C’est de cette façon que bien des blocages et des échecs de la communauté sont obtenus. La deuxième conséquence importante, c’est les manipulations que favorisent ces dissensions au sein de notre communauté, en particulier au sein des deuxième et troisième groupes que nous avons définis. C’est dans cette section que se recrutent les complices des agents corrompus de l’UNHCR ou de toute autre organisation impliquée dans la gestion des réfugiés. Agissant suivant des directives précises du Pouvoir commanditaire, ces agents posent des actes de sabotage de notre communauté à des niveaux variés:
– Détournement de vivres, de matériel de l’UNHCR pour des ventes illicites sous les auspices des responsables locaux de la distribution, dont ils sont complices. L’objectif ici serait d’affamer la masse et de lui rendre les conditions de vie à l’exil excessivement difficiles, pour la pousser à rentrer au pays natal.
– Séduction de la masse et encouragement dans des actes d’indiscipline et de dérèglement moral conduisant parfois à des violences incontrôlables. Le but visé serait de cultiver à long terme, dans la population autochtone et au sein du gouvernement, des sentiments d’antipathie et de rejet systématique à l’égard des Togolais. Ces divers procédés devront aboutir tôt ou tard à l’expulsion pure et simple de notre communauté vers le Togo, selon les désirs des autorités de Lomé. Ainsi, certains faits que les autorités togolaises baptisaient d’agressions terroristes, n’auraient été le plus souvent que les résultats des activités d’éléments incontrôlés ou d’activistes du RPT, et de leurs complices. Toutes ces manoeuvres auraient été d’un moindre effet sur notre communauté si l’UNHCR-Accra ne se comportait pas comme un allié du gouvernement togolais. Cette Institution, à travers l’appui que certains fonctionnaires accordent tacitement aux revendications du gouvernement de notre pays, a fait de la vie des réfugiés Togolais au Ghana, un véritable calvaire.

3. Le calvaire des réfugiés togolais à l’UNHCR-Accra

Nous n’avons jamais su, et ne saurons peut-être jamais, les raisons pour lesquelles nos compatriotes ont toujours fait l’objet de tant de mépris dans les Bureaux de l’UNCHR-Accra. Mais une chose est sûre, en mettant en commun les expériences des uns et des autres à l’UNHCR-Accra, on peut constater que nos relations avec cette grande Institution Humanitaire est marquée par:

– La volonté de nous maintenir dans l’ignorance de nos droits les plus élémentaires afin de mieux nous exploiter et nous opprimer: Mr Thomas Pauwells voulut nous aider à sortir de cet obscurantisme entretenu dans les services de l’UNHCR-Accra. Il demanda de tirer pour nous un exemplaire d’un document indispensable, «Handbook On Procedures And Criteria For Determining Refugee Status». Mais les agents de l’UNHCR-Accra conspirèrent et déclarèrent que la photocopieuse était tombée en panne. C’est de cette façon que fut enterrée définitivement l’initiative de laisser à la disposition de notre communauté une documentation fort utile.

– Le refus de nous recevoir et d’écouter nos doléances, et y apporter des solutions appropriées, excepté ceux qui trouvaient les moyens d’être personnellement connectés à certains fonctionnaires de ce Service.

– Le refus de Mr Tepe-Mensah, dès 1995, de laisser les réfugiés togolais quitter le sol ghanéen, alléguant que leur départ pourraient porter préjudice à sa carrière.
– L’intimidation par Mr Tepe-Mensah Fridolin, déclarant qu’il avait le pouvoir de faire jeter en prison tout réfugié togolais qui oserait lever son petit doigt devant lui, parce qu’il est chez lui au Ghana, ou encore que, ne sera réinstallé que celui que lui, Tepe-Mensah, aura décidé de réinstaller.

– Le déni d’assistance, parfois meurtrier: ce fut le cas du décès tragique de la petite Gnimoda Kamadaba Tomlaba, âgée de 6 ans en 1997, dans la localité d’Akatsi où son papa est allé solliciter de l’aide, lorsque l’UNHCR-Accra lui a refusé son assistance.

– Des abus d’autorité allant jusqu’à la tyrannie qui place le fonctionnaire de l’UNHCR-Accra au-dessus de notre humanité. Par exemple pour que Mr Tepe-Mensah accepte prendre une simple demande de réinstallation au temps où le programme était encore gardé secret en 1999, un compatriote et sa femme ont dû se prosterner devant lui, et le supplier à genoux dans son bureau. Ils lui demandèrent d’avoir pitié au moins de leur petite fille dont la vie était en train d’être détruite, faute de moyens. Mais quel crime ont-ils commis, ces pauvres parents? Ils ont eu le malheur d’être des réfugiés togolais au Ghana!

– Des traitements inhumains et dégradants comme en a subis le compatriote réfugié Planiteye, molesté dans l’enceinte même de l’UNHCR-Accra en octobre 1997, lorsque celui-ci est allé pour le retrait de son Titre de voyage.

– La désinformation pour nous empêcher d’entrer en possession de nos droits: le projet de réinstallation a été pendant longtemps caché à notre communauté jusqu’en 1999, par les soins de certains fonctionnaires de l’UNHCR-Accra, qui ont toujours menti à ceux qui, ayant eu vent du programme, y sont allés pour de plus amples informations. Au compatriote dont il finit par accepter la demande de réinstallation en 1999, Mr Tepe-Mensah interdit formellement d’en parler aux autres.

– Des manoeuvres démagogiques pour diviser notre communauté et la pousser à la dérive: missions souvent confiées à des complices dans nos rangs, contre le reste de la communauté.

– Des sabotages de certains réfugiés pour mettre volontairement leur vie en danger. C’est le cas du Capitaine Ogou et du compatriote Planiteye qui ont dû fuir le territoire ghanéen par leurs propres moyens afin d’être un peu plus à l’abri des menaces du Pouvoir togolais.

– Des manipulations d’interviews afin de constituer des dossiers impropres et entraver la réinstallation de notre communauté en Amérique ou ailleurs. En effet, c’est de l’UNHCR-Accra que seraient venues les instructions selon lesquelles les réfugiés devaient démontrer qu’ils étaient des hommes d’actions, des miliciens ayant posé des actes de violences, ou des militaires, pour être qualifiés à l’interview de 1999. C’est ainsi que plusieurs compatriotes se sont compromis eux même par des déclarations mensongères. Plusieurs des compatriotes résidant au camp des réfugiés de Senzule ont connu ce triste sort. Pire, certains dossiers ont été remplis à l’UNHCR-Accra par une tierce personne, en l’absence des intéressés eux-mêmes.

– La substitution aux réfugiés Togolais connus de notre communauté, par des inconnus qu’on réinstalle en Amérique à leur place. C’est le cas des compatriotes Egli Yawo et Akogo Edem, supposés être déjà réinstallés aux Etats-Unis, alors qu’ils continuent de végéter sur le sol ghanéen.

– La mauvaise foi manifeste dans les services rendus aux réfugiés togolais. Par exemple lors des interviews, certains interprètes ont gravement déformé les messages des réfugiés au point de produire des sens contraires à la vérité. A cet égard, le rôle des interprètes Ewephones imposés lors des interviews de la JVA en octobre 2000 à Ho, a été des plus significatifs. C’étaient des ghanéens qui, au sujet des problèmes des réfugiés togolais au Ghana, avaient les mêmes positions que certains responsables de l’UNHCR-Accra. Et leurs interprétations restaient fidèles à leurs opinions personnelles. Le résultat c’est que, à la suite des interviews de Ho, presque tous ceux qui y avaient pris part étaient disqualifiés. Cinq familles seulement sur cinquante-trois (53) ont été acceptées dans les conditions suivantes:

Les familles de Messieurs Siaby Kokou et Ayah Kossi qui résidaient à Kpando, la ville natale de Tepe-Mensah Fridolin dont ils étaient devenus pratiquement des domestiques.
La famille de feu Kokoudjin qui n’a pas pu résister aux persécutions de Tepe-Mensah et est mort sur la route du retour de Budumburam qu’il n’a pas pu atteindre. Mais suite à sa mort, et peut-être en consolation à sa famille, la veuve et ses orphelins ont été réinstallés aux USA depuis près d’un an.
La famille du compatriote Dogble qui maîtrise l’anglais et s’est passé de son interprète ghanéen pour converser directement avec le jury.
La 5e famille est celle du compatriote Sessinou Komlan qui avait également la maîtrise de l’anglais pour se passer de son interprète.
Les autres n’ont pas eu la chance d’être des « domestiques » de Tepe-Mensah Fridolin, ni d’avoir laissé des orphelins et des veuves, ni de maîtriser l’anglais au point de se passer d’interprètes partisans. Leurs causes n’ont donc pas été entendues. Les cinq familles acceptées à Ho sont toutes réinstallées aux USA au cours de l’année 2001.
– Le fonctionnement d’un blocage mis en place par Mr Tepe-Mensah. En effet celui-ci aurait donné des instructions pour empêcher les dirigeants de l’U.Re.To.Gh. (Union des Réfugiés Togolais au Ghana) d’avoir accès aux bureaux des Responsables expatriés blancs. Il s’agit tout spécialement des signataires et des supporteurs ou présumés supporteurs de la lettre à Thomas Pauwells, lettre où certains agissements peu recommandables de Mr Tepe-Mensah avaient été dénoncés. C’est pourquoi lorsque ces compatriotes remplissent les fiches d’audience, pour voir les responsables expatriés Blancs à l’UNHCR, si ce n’est pas à Mr Tepe-Mensah lui-même qu’on les conduit, ce sera à Mr Patrick, son compatriote. Ainsi nos plaintes et nos sollicitations sont-elles étouffées, sans recours et sans secours. Quant à Mr Tepe-Mensah et ses collaborateurs, ils sont assurés que nos problèmes ne trouveront jamais de solutions véritables tant qu’ils seront là et que le dispositif qu’ils ont mis en place à l’UNHCR fonctionnera. Tout dernièrement nous avons été encore détournés chez Mr. Patrick. Celui-ci nous a gratifié du discours suivant: « Tout le monde est compétent, c’est pourquoi tout le monde est à l’UNHCR; tout le monde est Protection Officer; lui même, Mlle Möller Myriam et Mr Tepe-Mensah, son patron, ils sont tous solidaires. S’agissant des attestations ou pièces d’identité dont nous avons besoin dans de multiples situations dont celle de voyager dans d’autres pays à la recherche de meilleures conditions de vie, celui-ci nous répond que nous n’avons pas besoin de pièces d’identité pour voyager en Afrique de l’Ouest, que lui-même a voyagé un peu partout dans nos régions sans document. Selon ses conseils, il suffit de donner un peu de sous aux agents de contrôle des frontières, et ils vous laissent passer. Mais même si une telle conduite était réglementaire, où veut-on que le réfugié trouve des sous à distribuer pour traverser les frontières? Nous sommes tout simplement terrifiés à l’UNHCR-Accra.
Depuis que les médias avaient commencé à dénoncer la corruption et les pratiques immorales en cours dans les UNHCR en Afrique, dès les débuts de l’an 2001, bien des camouflages sont apportés dans les services de l’UNHCR-Accra. Tel est le cas de certaines affiches qu’on n’avait jamais connues auparavant, affiches disant que les services de l’UNHCR sont gratuits. La grande nouveauté aujourd’hui c’est les notes de services en français qui viennent de faire leur apparition à l’UNHCR-Accra. C’est la surprise créée par la note de service du 12 avril 2002 relative aux fraudes et irrégularités commises au niveau du programme de réinstallation. Est-ce à dire qu’il y a une réelle évolution dans la prestation des services de l’UNHCR-Accra pour les réfugiés togolais? Cette question mérite d’être posée, puisque le blocage instauré à l’UNHCR-Accra par Mr Tepe-Mensah Fridolin qui y fait la pluie et le beau temps, n’est pas encore levé. Ce blocage a encore fonctionné le mardi 23 avril 2002, empêchant des dirigeants de l’U.Re.To.Gh. (Union des Réfugiés Togolais au Ghana) d’accéder au bureau des Responsables expatriés pour exposer leurs problèmes. La même réaction a été vécue le mardi 21 mai 2002. En tout cas, l’angoisse des réfugiés togolais est encore loin d’être apaisée. Pour nous, la capacité de nuisance de l’UNHCR-Accra n’a pas de limite. Et des exemples pour l’illustrer ne manquent pas. L’UNHCR-Accra semble visiblement moins disposée à nous aider qu’à nous nuire.

CHAP III – DES EXEMPLES DE NUISANCE DE L’UNHCR-ACCRA

L’état d’esprit et l’atmosphère qui prévalent à l’UNHCR d’Accra, sont propres à pousser les réfugiés togolais à l’angoisse et au désespoir suprême. Bien des faits le montrent.

1. Le financement des projets de réinsertion locale volatilisé
A la suite des interviews organisées conjointement par l’UNHCR et le « Refugee Board » du Ghana, le statut de réfugié a été octroyé à certains compatriotes en 1997. Puis nous avons été informés de l’arrivée d’un financement de projets familiaux qui devraient permettre la réinsertion locale durable des familles des réfugiés ainsi reconnus et certifiés. Conformément aux instructions qui avaient été données, ces projets écrits par famille furent ramassés par les autorités en charge. Mais jamais nous n’avons reçu les financements les justifiant. Nous ne savons jusqu’à ce jour ce que sont devenus ces projets. Leur financement s’est tout simplement volatilisé. Nous sommes confus de voir les Autorités de l’UNHCR-Accra se féliciter des bons services qu’elles ont toujours rendus à notre communauté comme elles l’ont encore fait à travers un reportage du journal «THE STANDARD» du dimanche 9 septembre 2001.

2. L’exécution du programme de rapatriement volontaire.
Depuis 1996 la distribution de vivres et l’assistance médicale avaient été presque suspendues au profit du Rapatriement Volontaire. Les conditions accompagnant ce programme ont fait du rapatriement volontaire, un rapatriement forcé. En effet le rapatriement dit volontaire avait supprimé pratiquement tous les droits de réfugiés à ceux qui ne partaient pas. Tout laissait croire que la politique de l’UNHCR-Accra consistait à prendre des mesures pour accroître nos souffrances au Ghana et nous contraindre à retourner au Togo, pour y mourir. D’où la persistance d’un sentiment de méfiance accru vis-à-vis de l’UNHCR-Accra.

3. Le transfert des réfugiés du camp de Klikor au camp de Senzule-Krisan.
Lorsqu’il était question de faire le transfert du camp des réfugiés de Klikor au camp des réfugiés de Senzule-Krisan, vers la frontière de la Côte d’Ivoire, plusieurs de ceux qui étaient personnellement persécutés, en particulier les réfugiés politiques, avaient dû désister par crainte du pire. Il en est de même pour certains militaires qui avaient été déjà attaqués dans ce camp, sans bénéficier de l’assistance des services de sécurité, malgré leurs plaintes déposées. D’autre part un bon nombre de compatriotes n’avaient jamais vécu dans un camp de réfugiés. Le statut de réfugié leur a été cependant accordé dans leurs localités de résidence, sans aucune instruction les contraignant à rejoindre un camp de réfugiés. Comment comprendre alors la réaction de l’UNHCR-Accra qui veut aujourd’hui, faire de la non intégration du camp de réfugiés, un obstacle à la réinstallation?

4. Les mauvais traitements des agents de l’UNHCR-Accra sur le compatriote réfugié Planiteye Jérôme.
Notre compatriote Planiteye a été d’abord poussé à l’agacement par les services de l’UNHCR qui le contraignirent à faire des va-et-vient interminables et injustifiés entre le Ministère de l’Intérieur
Et l’UNHCR-Accra, pour le retrait de son Titre de voyage dont la demande de renouvellement n’avait que trop duré. Finalement, sur ordre de Mr. Tepe-Mensah Fridolin de l’UNHCR-Accra, il fut molesté en sa présence par 6 agents dans l’enceinte même de l’UNHCR, avant d’être éjecté dans la rue.

5. Les manèges de Mr Tepe-Mensah Fridolin contre notre communauté Face à la misère croissante et au lot de souffrances que partage notre communauté, bien des compatriotes ont déjà répondu au rendez-vous de la mort. Ils ne sont plus. L’instinct de survie a poussé d’autres compatriotes à de nombreux efforts de correspondance pour solliciter de l’aide multiforme auprès des organisations humanitaires. Tous ces efforts ont été finalement récompensés par Dieu, à travers le programme de réinstallation qui a vu le jour. Mais Mr. Tepe-Mensah Fridolin de l’UNHCR-Accra, va empêcher le bon déroulement de ce programme pour les Togolais. Dès le mois de juillet 2000, ce monsieur va tenter toutes sortes de manoeuvres pour détourner nos compatriotes du lieu retenu par la JVA pour les interviews en vue de leur réinstallation. En effet pour empêcher les réfugiés togolais de la région de la Volta, de prendre part aux interviews de la JVA, organisées à leur intention au camp Budumburam des libériens, Mr. Tepe-Mensah Fridolin avait d’abord donné la fausse alerte de l’hostilité des frères libériens à la venue des Togolais dans leur camp. Il recommanda aux Togolais de ne pas aller dans ce camp, parce que leur sécurité ne saurait y être garantie. A ceux qui n’avaient pas reçu cette information, et sont arrivés à l’UNHCR-Accra avant de prendre la route de Budumburam, il demanda carrément de faire demi-tour et de rentrer chez eux parce qu’il venait d’être informé par les autorités du centre de Nairobi, que l’équipe de la JVA ne pourra plus arriver comme c’était prévu. Tout cela s’est avéré faux à la vérification. En effet les réfugiés concernés qui avait déjà une longue expérience des mensonges de l’UNHCR-Accra, se sont rendus à Budumburam, contrairement aux déclarations et recommandations de ce monsieur. Là ils découvrirent que l’UNHCR-Accra avait une fois de plus menti: l’équipe de la JVA était bel et bien en place. Ils surent aussi que Mr. Tepe-Mensah Fridolin avait informé la JVA Nairobi que les Togolais n’étaient pas disposés à aller à Budumburam sous prétexte qu’ils n’en avaient pas les moyens. Il fit écrire par un compatriote togolais, au nom des Togolais, une lettre allant dans le même sens que sa déclaration. Les leaders des réfugiés durent expliquer la situation réelle au responsable de l’équipe arrivée à Budumburam. Celui-ci comprit le drame que nous vivions à l’UNHCR-Accra. Il put obtenir de leur Direction centrale à Nairobi, l’autorisation de traiter les dossiers togolais à Budumburam. Il commença aussitôt. Quand Mr. Tepe-Mensah Fridolin en a été informé par le compatriote qui avait écrit la lettre dont il s’est servi pour faire annuler le programme des Togolais sur Budumburam, sa réaction a été immédiate et brutale. Il fit arrêter immédiatement le travail de la JVA aux réfugiés togolais. Les conséquences furent meurtrières dans nos rangs. Le compatriote militaire Kokoudjin ne pourra plus jamais atteindre son lieu de résidence, avec sa famille déplacée. Déçu et découragé, il s’effondra sous le poids de la misère. Il dut mourir sur le chemin du retour. Sa mort va néanmoins favoriser la réinstallation de sa famille aux États-Unis depuis près d’un an.

Or des rumeurs persistantes faisaient déjà état d’une certaine liste de réfugiés togolais qu’il fallait à tout prix empêcher de quitter le
sol ghanéen, liste que possèderait Tepe-Mensah. Nous avons donc dû écrire à ce sujet à l’un des principaux responsables à l’UNHCR-Accra, Mr. Thomas Pauwells, chef du Service de la Protection des réfugiés, affecté temporairement à l’UNHCR-Accra. Cette lettre a été utilisée démagogiquement par Tepe-Mensah pour diviser davantage notre communauté. Aussi, n’avons-nous pu obtenir de résultats satisfaisants jusqu’à présent.

Vu tout ce qui précède et l’expérience personnelle des uns et des autres, nous avons le sentiment que notre destin est scellé au Ghana par Mr. TEPE-MENSAH Fridolin de l’UNHCR-Accra. A ces faits déjà angoissants pour nous vont s’ajouter de réels problèmes d’insécurité.

CHAP IV – LES PROBLÈMES D’INSÉCURITÉ ACTUELS

Il s’agit de cas individuels qui se multiplient de jour en jour sous des formes diverses.

1. Des agressions vécues aux camps de réfugiés de Kliklor et de Senzule Krisan

Déjà au camp des réfugiés de Klikor se posaient des problèmes de sécurité à cause de la cohabitation des trois types de réfugiés que nous avons décrits plus haut. Deux compatriotes réfugiés militaires furent agressés par d’autres réfugiés du camp de Klikor, aux motifs obscurs. Ils n’ont dû leur salut qu’en quittant le camp pour aller s’installer dans un village lointain, à Akatsi. De même, le réfugié Ahialoho Kokou fut attaqué et blessé au camp Senzule-Krisan en l’an 2000, par un inconnu qui prétendait venir du Togo. Grâce à la mobilisation des amis, l’inconnu fut appréhendé et remis entre les mains de la police.

2. Cas de deux compatriotes réfugiés à Ho en l’an 2001

Deux compatriotes militaires Eklu Koffi et Akogo Yawo Japhet avaient été contactés par un officier déserteur amnistié de l’armée ghanéenne en compagnie de son camarade en fonction, pour faire un coup d’État au Président Rawlings. Leur proposition était de les aider à conquérir le Pouvoir par la force des armes, au Ghana. Après leur succès, ils pourraient à leur tour aider nos frères à renverser le régime actuel du Togo, pour leur permettre de retourner chez eux. Devant la persistance du projet des deux camarades ghanéens, nos compatriotes avaient dû se rendre au service de sécurité d’état (BNI), et signaler le fait, afin de se mettre à l’abri de toute implication préjudiciable. Le projet ayant connu bien des fuites, les conspirateurs furent arrêtés et mis en prison avant d’être libérés peu avant les échéances électorales ayant porté le gouvernement actuel au Pouvoir. Le 7 janvier 2001, les deux amis libérés se précipitèrent sur nos compatriotes pour leur reprocher d’avoir refusé de les aider. L’officier déclara aux compatriotes réfugiés qu’avec le changement actuel portant leur homme au pouvoir, il a en charge la sécurité de toute la région de la Volta, qu’il a reçu les pleins pouvoirs de les arrêter, de les amener au Togo, et de les abattre en cas de résistance. Grâce à Dieu et à la sagesse des compatriotes, l’affaire se termina au service de sécurité (BNI) de la ville, sans avoir à déplorer un malheur.

3. Cas des compatriotes à Dénu et à Hédzranawo

Deux compatriotes, Avousi et Dodo, furent également approchés par des autochtones originaires de leur village de résidence, à Denu. Ceux-ci leur demandèrent d’acheter des armes qu’ils leur proposèrent, ou du moins, de leur trouver une clientèle pour ce trafic. Nos compatriotes repoussèrent l’offre et se déclarèrent inaptes à faire partie d’une telle connexion. Face au harcèlement de ces trafiquants et à la persistance de leurs manoeuvres, nos compatriotes durent aller les rapporter à la police. Arrêtés avec les armes, ils furent déférés en prison pour quelques temps. A leur retour, ils ne cherchèrent, avec leur famille, qu’à se venger. Provocations, menaces et mensonges étaient des armes fourbies pour les anéantir. Grâce au Bureau de la Commission locale des Droits de l’homme, les camarades ont pu être sauvés. Mais pour sa sécurité, Avousi a dû quitter la localité pour d’autres régions. Les problèmes de sécurité se posent aussi parfois à l’occasion d’incidents entre réfugiés togolais et autochtones, comme dans le cas du compatriote Aziagbe Komlan résidant à Hédzranawo. Celui-ci a été jeté arbitrairement en cellule après qu’un officier de police lui ait déclaré qu’il n’avait pas à se gêner, pour lui qui n’était même pas un ghanéen. Il sera libéré quelques heures plus tard sous caution grâce à la mobilisation de ses camarades.

En dehors de cas d’insécurité sus mentionnés, les dangers les plus menaçants nous viennent directement du pays que nous avons fui.

4. Les menaces du Pouvoir de Lomé

Certains compatriotes anciens responsables, en l’occurrence Ogou
Bonaventure, Anku Elias, etc., ont commencé à recevoir depuis l’an 2001 des visiteuses et des visiteurs insolites, porteurs de messages directs ou indirects de certains collaborateurs du dictateur de Lomé. Ce sont des messages pour séduire, mais qui dans le fond, sont destinés à entraîner dans des traquenards pour que soit terminée tôt ou tard la vie de ceux qui s’y laisseraient prendre. C’est ainsi que certains compatriotes qui avaient cru à la bonne foi de ces messagers dans le passé, et avaient répondu favorablement, furent assassinés sur le territoire togolais en se mettant au service du dictateur. Ce fut
le cas du compatriote Apetse Komi en 1998. Mais c’est le nouveau contexte socio-politique du pays qui nous a accueillis jusqu’à présent et du pays que nous avons fui, qui donne l’alarme d’insécurité pour notre communauté.

CHAP V – LE NOUVEAU CONTEXTE SOCIO-POLITIQUE DU TOGO ET DU GHANA

Ce contexte se caractérise par d’importants changements survenus dans les relations entre le Togo et le Ghana, ces dernières années. Il s’illustre à travers l’affaire des soi-disant «déserteurs et terroristes» repentis du 25 mars 2002, à travers l’arrivée d’un commando de trois personnes au domicile d’un compatriote à Ho, et à travers la nouvelle donne politique du 11 mai 2002.

1. L’Affaire des soi-disant «déserteurs et terroristes» repentis du 25 mars 2002

Un chef traditionnel supérieur d’Aflao (Ghana), après des tractations, conduisit à la résidence du président Eyadema, un groupe composé d’anciens réfugiés militaires, et civils au Ghana. Un premier voyage avait emmené un groupe plus restreint à Lomé le vendredi 22 mars 2002. Ce voyage a permis de prendre le rendez-vous du 25 mars 2002 en vue de réunir un effectif plus important à des fins politiciennes. A leur arrivée, une déclaration préalablement écrite aurait été remise par les Autorités de Lomé 2 au soldat Occansey Dosseh qui devint automatiquement le porte parole du groupe dit «des déserteurs et terroristes basés au Ghana». C’est ce que la télévision togolaise nous a montré. Cette déclaration a été reprise par les autres médias togolais.

Tout s’est passé comme si le Togo se prolongeait dans le Ghana: Un chef traditionnel Ghanéen part du territoire ghanéen avec des réfugiés togolais qu’il emmène au Président Togolais sur le territoire Togolais. C’est là un évènement totalement nouveau dans l’histoire des réfugiés togolais, évènement qui ne manque pas de susciter désormais l’inquiétude du plus grand nombre au regard de la sécurité de notre communauté au Ghana actuel. Cette inquiétude est d’autant plus fondée que déjà des informations de sources persistantes indiquent que six réfugiés togolais au Ghana doivent être éliminés ou extradés, d’une façon ou d’une autre, avec la collaboration des autorités ghanéennes. L’accomplissement de cette mission serait attendu par les autorités du Togo dans les prochains jours. Il s’agit de (Cf le journal «The Independent» du 23 mai 2002):
1) Agbavor Vincent, ancien Dentiste, Membre de l’U.Re.To.Gh.
2) Ogou Bonaventure, ancien Officier de l’armée togolaise, Conseiller de l’ U.Re.To.Gh.
3) Hodiba Innocent, Ancien Adjudant des forces aériennes, Conseiller de l’ U.Re.To.Gh.
4) Anku Kodzo, ancien Inspecteur de l’Éducation Nationale, Vice-Président de l’ U.Re.To.Gh.
5) Danklu Koffi, ancien Directeur d’Hôtel, Trésorier de l’U.Re.To.Gh.
6) Planiteye Jérôme, ancien Directeur générale de la LONATO, Fondateur du P.T.D. (Parti du Travail pour le Développement), Membre de l’U.Re.To.Gh.

La situation que nous vivons aujourd’hui est une situation alarmante où les vrais réfugiés togolais doivent s’attendre à toutes sortes de malheurs commandités par le Régime despotique du Togo. Ceux qui sont allés se déclarer «déserteurs et terroristes repentis» sont revenus reprendre tranquillement leur place, au milieu de nous, continuant à faire la navette entre Lomé et notre territoire de refuge. Mieux, devenus des alliés du dictateur et équipés maintenant de moyens adéquats, ils peuvent à loisir aller partout au Ghana comme sur le territoire togolais, au service des autorités de Lomé. Même s’ils n’étaient pas terroristes comme eux-mêmes l’ont prétendus, ils peuvent le devenir maintenant. C’est pourquoi les autres réfugiés togolais au Ghana ont à craindre pour leur vie. L’agression d’Agbangban sur un compatriote réfugié peut être situé dans cette logique. En effet, le 17 avril 2002, l’un des soi-disant «déserteurs et terroristes repentis» répondant au nom d’Agbangba, provoqua, sans aucune raison apparente, et agressa à coups de chaise le compatriote Bobdé à son domicile, sous prétexte qu’il ne lui avait pas fait un bon accueil à son retour de la résidence du dictateur. Ce sont là des faits qui remplissent les autres réfugiés de terreur, étant donné que l’agresseur a déclaré que ses compagnons et lui ont maintenant le pouvoir d’agir au Ghana comme au Togo. C’est un sentiment de panique qui a dû s’emparer de certains compatriotes réfugiés de la ville de Ho, à la vue d’un commando de trois membres de ces «déserteurs et terroristes repentis», venus leur rendre une visite inaccoutumée.

2. Un commando de trois membres des soi-disant « déserteurs et terroristes repentis » à Ho le jeudi 4 avril 2002

Le commando se compose comme suit;
– Kogue Komlan (ancien militaire)
– Adodo George dit Benson (ancien militaire)
– Un inconnu
Ce commando est arrivé à Ho, au domicile du compatriote réfugié Eklu Koffi le jeudi 4 avril 2002, après avoir passé dans la maison du compatriote Amegayibor Komlan. Selon le porte-parole du commando, Kogue, il aurait été informé par Lucien Kpodo, un autre réfugié, que le compatriote Akogo Yawo Agbessi Japhet était venu le chercher chez lui. C’est donc pour voir et entendre Japhet qu’ils étaient là. Ils étaient encore en train de discuter que le camarade cité lui-même arriva pour démentir leur déclaration. Là dessus, et pour des raisons de sécurité, nos frères décidèrent d’emmener les trois suspects à la Police et au service de sécurité (BNI) de la localité. Chemin faisant, l’inconnu dans le groupe commando s’est arrangé pour s’éclipser. Mais les deux autres furent conduits au BNI où ils ont faits des déclarations avec de fausses identités comme l’indique le tableau ci-après:
Identité connue de notre communauté Fausse identité donnée au BNI de Ho
Kogue Komlan (ancien militaire) Komlan Kodjo
Adodo George dit Benson (ancien militaire) Adote Ame Koffo
L’inconnu Atondo (nom donné par les autres membres du commando)

Connaissant profondément les habitudes du régime mis en place dans notre pays depuis plus d’un quart de siècle, nous ne pouvons nous empêcher de nous poser des questions sur notre avenir au Ghana actuel. Nous ne pouvons nous empêcher de voir notre horizon s’assombrir. Et cette visite est perçue dans les rangs des réfugiés comme un des signes précurseurs des opérations de nettoyage des réfugiés togolais au Ghana, avant l’an 2003, selon certaines informations récentes.

3. La nouvelle donne politique du 11 mai 2002

Depuis la dernière visite du Président Kufuor du Ghana au Président Eyadema du Togo à Kara, sa ville natale, le 11 mai 2002, la sécurité des vrais réfugiés togolais au Ghana semble sérieusement entamée. Les frontières seront désormais ouvertes 24 heures sur 24. Et les soldats de l’armée togolaise pourront opérer sur le sol Ghanéen comme les Ghanéens pourront le faire du côté togolais (Cf TOGOPRESSE du lundi 13 mai 2002). Comment la sécurité des réfugiés togolais pourra-t-elle désormais être assurée lorsqu’elle comportait déjà des failles du temps où les frontières semblaient être encore étanches?

Telle est la question que ne peut manquer de se poser un vrai réfugié togolais résidant au Ghana. Nous sommes d’autant plus inquiets de notre sort au Ghana, que l’actuel Président de l’Assemblée Nationale du Togo, issu de la mouvance présidentielle, Mr Ouatara Natchaba Fambaré, vient de faire savoir ouvertement dans le quotidien burkinabé « L’OBSERVATEUR PAALAGA » du 13 mars 2002, que le régime que dirige le Général Eyadema au Togo est un régime despotique. Et il a même ajouté qu’ils peuvent aujourd’hui aller chercher au Ghana celui qu’ils veulent comme il l’avaient déjà fait en 1977. Or un frère réfugié, Djido Komlan, résidant au Ghana depuis 1992, arrêté dans son taxi le 13 mai 2002, vient d’être extradé ce 28 mai dernier pour des raisons qui nous paraissent encore obscures. N’est-ce donc pas là le coup d’envoi de la satisfaction aux desiderata des autorités togolaises par les nouvelles Autorités ghanéennes? A qui le prochain tour? Telles sont les questions qu’on ne peut s’empêcher de se poser. Le malheur de bien des compatriotes, c’est de ne pas avoir officiellement le statut de réfugié, faute d’avoir pu prendre part aux interviews de 1997, par ignorance ou tout simplement parce que le Jury n’est pas revenu achever son travail, comme il l’avait promis. Et notre frère Djido fait partie de ce lot. A partir du moment où les autorités togolaises peuvent tout obtenir des autorités ghanéennes, alors il est temps qu’une solution définitive soit trouvée à la détresse de la communauté des vrais réfugiés togolais au Ghana.

CHAP VI – DES SUGGESTIONS ET PROPOSITIONS DE SOLUTIONS D’APPROCHE

En considérant tous les faits ci-dessus rapportés, un constat s’impose:

1. L’UNHCR-Accra et les Autorités de Lomé ont des positions similaires
vis-à-vis des réfugiés togolais au Ghana;

2. L’UNHCR-Accra est singulièrement défavorable à la communauté des
vrais réfugiés togolais au Ghana;

3. La détresse actuelle des Togolais est le résultat d’actions concertées et planifiées de longue date par les ennemis de notre communauté;

4. La sécurité des réfugiés togolais est gravement menacée dans le contexte socio-politique du Ghana actuel.

Nous avons eu à nous adresser dans le passé à des organisations de défense des droits de l’homme telles que la Commission locale des Droits de l’Homme et Amnesty International, sans obtenir de résultats satisfaisants. Nous avons écrit aux autorités de l’UNHCR-Accra, en particulier à Mr. Thomas Pauwells, provisoirement affecté au Service de la Protection des Réfugiés. Cette lettre dont nous joignons une copie au présent Mémorandum, a été photocopiée par Mr. Tepe-Mensah Fridolin et remise à certains compatriotes en liaison avec lui, à des fins de manipulation contre le bureau de notre association. Depuis lors, les signataires et les supporteurs de cette lettre sont devenus des cibles particulières que la vengeance de Mr. Tepe-Mensah Fridolin veut anéantir à tout prix.

C’est pourquoi l’U.Re.To.Gh voit l’implication de l’UNHCR-Accra, en particulier de ce Mr Tepe-Mensah Fridolin, dans tout malheur qui pourrait désormais arriver aux vrais réfugiés togolais encore présents sur le territoire ghanéen, s’ils tombaient sous le pouvoir du Gouvernement de Lomé, s’ils venaient à mourir assassinés ou empoisonnés, s’ils venaient à être extradés ou à être enlevés!

L’U.Re.To.Gh. demande également que des mesures spéciales et urgentes soient prises par les autorités compétentes, par toutes les organisations humanitaires, par toutes les organisations de défenses et de protection des Droits de l’Homme, par toutes les organisations de protection de la vie des réfugiés à travers le monde entier, pour sauver notre communauté en détresse.

Nous demandons également que tous les Gouvernements défenseurs de l’Etat de droit, accrédités au Ghana, interviennent pour que soit préservée la vie des 6 réfugiés désignés.

Enfin nous demandons que des dispositions spéciales soient prises pour assurer la sécurité générale de l’ensemble de notre communauté et permettre notre réinstallation ailleurs.

CONCLUSION

La démocratie est certainement le système de gouvernement le plus avancé de notre planète. Elle favorise l’épanouissement des citoyens et l’harmonie entre les Nations. Voilà pourquoi tous les Etats s’engagent dans cette voie. Au Togo, la démocratisation est bloquée par les dirigeants du régime ancien, qui refusent de changer comme l’attestent les déclarations de l’ancien et du nouveau Président de l’Assemblée Nationale, issus tous deux de la mouvance Présidentielle. Trop de sang a coulé dans ce petit pays. L’on ne peut trouver le salut que dans les compromissions, la résignation ou dans la fuite en exil. C’est ce que beaucoup de Togolais ont dû faire massivement depuis les débuts des années 90. Au Ghana, la quiétude et la paix ont très tôt fui à nouveau les réfugiés togolais persécutés par l’Institution qui est censée les protéger, l’UNHCR à Accra. Non seulement nous sommes persécutés mais encore nous sommes devenus prisonniers du territoire ghanéen par la volonté des Responsables de l’UNHCR-ACCRA qui ont décidé de nous priver de tout document de voyage. Au Ghana actuel, nous sommes comme des poulets gardés dans un poulailler pour les autorités Togolaises. Notre intention n’est pas de faire du mal à qui que ce soit. Mais c’est un cri d’angoisse à l’endroit de tous ceux qui peuvent avoir de la compassion pour des personnes en détresse. Ce cri d’angoisse s’adresse aussi à toutes les organisations humanitaires du monde entier, laïques ou religieuses dont la mission concerne les opprimés, les persécutés, des femmes et des enfants désespérés; notre cri s’adresse enfin à tous les États démocratiques désireux d’aider des réfugiés de notre pays dont l’avenir reste toujours incertain quant au relèvement du défi socio-politique actuel.

Nous implorons la grâce et la bénédiction de Dieu sur toutes les personnes, toutes les organisations humanitaires et tous les États qui se sentiraient concernés par la détresse des Réfugiés togolais au Ghana, et qui prendraient la décision d’agir en notre faveur.

Que Dieu les comble de bénédictions mémorables!

Ghana, 6 juillet 2002
Des réfugiés togolais