27/06/2022

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Message de la CDPA-BT à la l’UFC

CONVENTION DEMOCRATIQUE DES PEUPLES AFRICAINS – BRANCHE TOGOLAISE
CDPA-BT
BP 13963 Lomé * Togo
E-mail : cdpa-bt@cdpa-bt.org
Site internet : http://www.cdpa-bt.org

L’oppression se nourrit du silence… et de l’inaction

Message de la CDPA-BT à la rencontre organisée par l’UFC à Paris le 8 Novembre 2003

Cette rencontre organisée par l’UFC aujourd’hui est une excellente initiative. Dans la lutte que nous menons pour la fin du régime despotique et l’instauration de la démocratie dans notre pays, il importe de s’arrêter de temps en temps, souvent pour regarder le chemin parcouru et l’apprécier. Cet arrêt indispensable sur l’image est d’abord une manière de se ressourcer dans les aspirations du peuple et dans la volonté populaire avant de poursuivre la marche. Sans cette exigence, toute la lutte devient une fuite en avant qui nous écarte fatalement de l’objectif poursuivi, à savoir la fin de la dictature pour permettre l’instauration et le respect des libertés démocratiques au Togo.
Cet arrêt sur image aujourd’hui ne peut pas être autre chose qu’un moment de réflexion. Après les élections de 1998, après cet aboutissement prévisible du fameux dialogue intertogolais, après les «lois scélérates » et la mascarade électorale de juin 2003, l’objet d’une rencontre comme celle-ci se résume forcément à une question : que faire pour poursuivre la lutte avec des chances de succès ? Tous les Togolais devraient se retrouver à cette réunion pour réfléchir ensemble à cette question. Ne pouvant malheureusement pas être présent, je me permets d’apporter la contribution de la CDPA-BT à travers ce message.

L’objectif évident de la modification du texte électoral rendaient parfaitement inutile et dangereux pour l’opposition toute participation aux élections présidentielles. Inutile parce que les jeux étaient déjà faits. Dangereux parce que non seulement la participation des partis d’opposition pouvait permettre de dire que les élections étaient démocratiques mais surtout, la participation était l’acceptation de facto des « lois scélérates ».

Ce que Gil était allé dire à Agoué le 13 janvier 2003 était donc d’une lumineuse justesse politique : Ne pas aller aux élections dans les conditions des « lois scélérates », se battre au contraire pour que le pouvoir revienne sur la modification de la Constitution et du Code électoral. A la CDPA-BT, nous avons applaudi, d’autant plus qu’une bataille contre les « lois scélérates » au lieu d’une participation aux élections, était un excellent moyen d’amorcer une remobilisation responsable de la population.

Nous n’avons pas compris le changement brutal de l’UFC par rapport à cette position. Nous avons pris contact avec la Direction du Parti dans l’espoir d’une harmonisation possible des positions. Nous devions nous revoir, cela n’a pas été possible : nous avons compris que l’UFC était irréversiblement engagé dans la logique électoraliste.

Et maintenant que pouvons-nous faire dans la situation créée par les présidentielles de juin 2003 ? Le temps nous a montré que l’idée d’un gouvernement parallèle n’était pas opérationnelle. Un gouvernement de transition ? Eyadéma a déjà trouvé le sien. Et puis, un vrai gouvernement de transition n’est pas possible dans le gouvernement RPT, l’expérience Kodjo en 1994 nous en a donné la leçon. Des groupes d’autodéfense ? Ce n’est pas un programme politique.

Toutes ces propositions sont un constat de l’échec de la politique d’opposition que nous avons conduite jusqu’à présent. Et elles démontrent du même coup la nécessité d’une autre politique si nous voulons poursuivre la lutte pour la fin du régime.

Ce qui fait en réalité la grande faiblesse de la politique d’opposition conduite jusqu’à présent, c’est l’orientation électoraliste exclusive qu’elle a prise depuis 1992. Ce faisant, nous avons mis la masse de la population à la marge de la lutte en réduisant son rôle à celui d’une clientèle électorale potentielle. Toute la lutte pour la fin de la dictature est devenue ainsi l’affaire de quelques leaders de partis d’opposition qui ont du mal par ailleurs à s’entendre entre eux sur une base minimale commune.

Ce qu’il nous faut aujourd’hui, c’est de réintroduire la masse de la population dans le rôle historique qui lui revient dans toute lutte contre l’oppression et pour la liberté. Cela suppose une remobilisation de la population sur des bases claires, pas pour en faire une clientèle électorale possible mais pour en faire un acteur politique réel. C’est tout un programme politique alternatif.
C’est dans ce sens que la CDPA-BT avait proposé depuis deux ans l’idée de l’émergence d’une Force Alternative d’Opposition Togolaise. Nous sommes heureux de constater que l’idée fait son chemin. Maintenant que les partis d’opposition sont dégagés de leurs préoccupations électorales, nous les invitons à nouveau à se pencher plus attentivement sur cette proposition.

La politique alternative susceptible de permettre d’atteindre l’objectif de la fin du régime passe nécessairement par une remobilisation massive de la population en un vaste mouvement d’opposition capable d’exercer la pression nécessaire pour mettre un terme au régime.

Cette idée d’un vaste mouvement d’opposition où tout le monde se retrouve pour combattre la dictature est une proposition minimale commune. Tous ceux qui veulent la fin du régime devraient pouvoir s’y retrouver. La proposition n’est donc pas une affaire de la CDPA–BT. Elle n’est pas ficelée à l’avance ; elle reste ouverte à tous et elle attend d’être enrichie par les apports de tout un chacun.

Paris, le 6 Novembre 2003

Pour la CDPA-BT,
Le Premier Secrétaire,
Prof. E. Gu-Konu