07/12/2022

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Mort du président togolais, Gnassingbé Eyadéma

Mort du président togolais, Gnassingbé Eyadéma / l’opposant Gilchrist Olympio réclame des élections et envisage de se rendre au Togo
(Le Monde 05/02/2005)

Doyen des chefs d’Etat africains et figure de la « Françafrique », considéré par beaucoup comme un dictateur patenté, Gnassingbé Eyadéma est mort samedi 5 février dans la matinée, a annoncé samedi soir le gouvernement togolais.
« Le Togo vient d’être frappé par un grand malheur. Il s’agit d’une véritable catastrophe nationale. Le président n’est plus », indique le texte publié par le gouvernement togolais, samedi 5 février dans la soirée. « Il a rendu l’âme ce samedi matin 5 février alors qu’il était évacué d’urgence pour des soins à l’extérieur du pays », précise le texte.

Le gouvernement togolais a ordonné, samedi soir, le bouclage immédiat des « frontières terrestres, maritimes et aériennes » du pays, a-t-on appris de source officielle.

« Ce deuil cruel dont est victime notre pays à une période de notre vie commune doit nous inciter à préserver la paix et l’unité nationale qui sont nous atouts les plus précieux », poursuit le communiqué du gouvernement.

« Le gouvernement, les forces armées et de sécurité, veilleront à ce que l’ordre, la sécurité et la paix règnent sur toute l’étendue du territoire national », assure le communiqué. Ce texte a été lu à 19 heures locales (20 heures à Paris) à la radio nationale par le premier ministre, Kofi Sama.

En vertu de la Constitution, l’intérim présidentiel sera assuré par le président de l’Assemblée nationale, Fambare Ouattara Natchaba.

38 ANS D’UN POUVOIR SANS BORNES

Le général Eyadéma avait dirigé le Togo d’une main de fer pendant 38 ans, avec le soutien indéfectible de la France, après avoir pris le pouvoir le 13 janvier 1967 par un coup de force.

Né le 26 décembre 1935, il était malade depuis plusieurs années et avait dû à plusieurs reprises être hospitalisé à l’étranger.

Doyen des chefs d’Etat en Afrique (sur la scène internationale, seul Fidel Castro était plus ancien que lui), absous par Paris malgré toutes ses dérives, le chef de l’Etat avait pu briguer un troisième mandat en 2003 à la faveur d’une modification de la Constitution.

« L’ARBITRAIRE COMME NORME »

Ancien sergent-chef de l’armée coloniale française, passé par l’Indochine et l’Algérie, Gnassingbé Eyadéma avait participé en 1963, trois ans après l’indépendance du petit Etat d’Afrique de l’Ouest, à l’un des tout premiers coups d’Etat du continent africain après la décolonisation, qui avait coûté la vie au père de l’indépendance du pays, Sylvanus Olympio.

Quatre ans plus tard, en 1967, il s’était emparé du pouvoir et, depuis lors, régnait pratiquement sans partage sur l’ancienne colonie français. Il avait survécu à plusieurs tentatives d’assassinat, à un accident d’avion et à une série de violentes manifestations contre son régime dans les années 1990.

En 1993, l’Union européenne avait imposé un embargo au Togo pour « déficit démocratique ». La mesure avait été levée en novembre dernier, mais le régime du président Eyadéma, qui s’était engagé au printemps dernier à ouvrir un dialogue avec l’opposition et à organiser de nouvelles élections législatives, restait sous la surveillance de Bruxelles.

« Une longue période au pouvoir n’est pas une mauvaise chose dans la mesure où le peuple vous fait confiance. Et quand le pouvoir change de mains, ce n’est pas toujours un signe de succès », déclarait-il en avril 2001 dans une interview au magazine Jeune Afrique.

« Togo : l’arbitraire comme norme et 37 ans de dictature », résumait de son côté un rapport de la Fédération internationale des ligues des droits de l’homme (FIDH), publié en 2003. Après une visite dans le pays, la FIDH dénonçait « la torture systématique dans les commissariats en toute impunité, la justice aux ordres du pouvoir, les prisons surpeuplées et les élections truquées ».

Exilé en France, l’opposant Gilchrist Olympio réclame des élections et envisage de se rendre au Togo

Le principal opposant au président Eyadéma, Gilchrist Olympio, a déclaré, samedi soir dans une déclaration à l’AFP, souhaiter que la mort du président togolais permette que le « Togo se mette sur le chemin de la démocratie ». « Je souhaite des élections transparentes et libres dans les deux, trois prochains mois », a-t-il ajouté dans un entretien téléphonique à Paris, où il vit en exil depuis une tentative d’assassinat contre lui en 1992. Gilchrist Olympio a l’intention de se rendre au Togo « après en avoir parlé avec son parti », l’Union des forces du changement (UFC). – (AFP)

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