01/07/2022

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Paupérisation des paysans de Notse

Une enquête réalisée sur la dégradation de l’écosystème dans les régions de Notse, Mono-Est et Moyen-Mono, prévoit un risque de catastrophe humanitaire dans les dix ans à venir, si rien n’est fait pour améliorer les conditions de vie des paysans locaux. La déforestation et la disparition de la faune les ont totalement appauvris.

Les statistiques sont effarantes. En 1993, les massifs forestiers couvraient une superficie de 1.396.200 hectares; seulement 1000 hectares ont été reboisés contre 15.000 hectares détruits. Les zones protégées, à savoir les forêts classées, les réserves de faunes et les parcs nationaux, qui couvraient une superficie de 800.000 hectares en 1990, soit 14% du territoire national, ont été envahies par les populations avec un taux d’occupation en augmentation de 30 à 100% dans certaines régions. A Notse-Sud, Asrama, le Mono-Est, le Moyen-Mono, les domaines forestiers se comptent sur les doigts de la main , «les deux ou trois que vous trouvez sont les forêts classées de l’Etat. Mais ils sont aussi en voie de disparition car surexploités par l’Etat ou saccagés par les riverains» dit M. Edou Metohoun, directeur de CAR-Naolo( Centre d’animation régionale), une ONG spécialisée dans le reboisement et la lutte contre la pauvreté.

Des facteurs humains et économiques, la culture de coton itinérante, la production du charbon de bois et du bois de chauffe sont les causes essentielles de la disparition de la forêt . Le bois est tellement rare que, dans les villages d’Agbati, Alatikpota et de Atikpota, « certaines femmes font une dizaine de kilomètres pour récupérer le bois indispensable pour la cuisine » a noté un responsable de l’ONG CAR-Naolo.

Les atteintes sur l’environnement sont beaucoup plus ressenties au niveau de la production agricole. La forte dépendance des populations à la culture de coton a entraîné une surexploitation du sol. Aujourd’hui, une culture intensive sans l’utilisation d’engrais est impossible dans ces régions. Les paysans abandonnent les productions vivrières peu rentables. Cette situation est due à une forte immigration des populations d’origine kabyè, losso et moba qui se sont spécialisées dans la culture cotonnière et dans la production du bois de chauffe et du charbon de bois.

Pour la faune, le constat est aussi catastrophique. Dans ces zones où le gibier abondait il y a une vingtaine d’année, les paysans ont tout chassé, au point de se rabattre sur les serpents nous rapportent les experts de CAR-Naolo. « Si les choses continuent à cette allure, notre région sera déclarée zone sinistrée»

Néanmoins, les bénévoles des Ong d’agroforesterie ne baissent pas pour autant les bras. Un peu partout à Notse et Asrama, de petites exploitations forestières voient le jour. En 1999, 132.000 tecks, 195.000 eucalyptus et des milliers de neems, ont été plantés par CAR-Naolo. Ces bénévoles ont formé entre 1988 et 1993 plus de 850 planteurs qui ont reboisé de nombreux espaces autrefois déserts.

Malgré la prise de conscience des populations et leur bonne volonté à rectifier le tir, les mesures de la bureaucratie togolaise empêchent les paysans de reboiser et de vivre de leur propres exploitations. Ainsi, les textes réglementant les plantations fixent les droits d’exploitation et de commercialisation à 2.500FCFA par exploitation. Mais dans les faits, l’administration dans la région des plateaux fixe les droits à 15.000FCFA. Ce qui décourage tout volontaire malgré l’aide de CAR-Naolo qui livre gratuitement les plants aux paysans.

La rédaction