03/12/2022

Les actualités et informations générales sur le Togo

Pour une auto-critique de l’opposition au Togo

Le processus démocratique du Togo est en panne et personne de bonne foi ne saurait le tolérer. Les élections présidentielles du 1er Juin 2003 sonneront la fin d’un processus pacifique de rapports sociaux et nous entrerons dans une autre alternative faite de bruits de bottes ou de désobéissance civile dans tout le pays.

De la responsabilité de l’opposition

Il est souvent facile pour notre opposition du moins les soi disant « opposants » de toujours jeter la responsabilité de tous les blocages du processus démocratique au pouvoir en place. Soit, ils sont de mauvaise foi ou alors ils rêvent debout ou encore et plus grave, ils se moquent du peuple togolais. Que de vies perdues ou blessées à jamais, que d’exilés politiques ou de jeunes à la quête de lendemain meilleur, ou des hommes et femmes plus pauvres à cause de la suspension de la coopération avec l’Union Européenne et avec les institutions internationales. Leur responsabilité est grande et ils le prouvent en allant à cette élection présidentielle en rangs dispersés. Une élection présidentielle à un tour contre une dictature qui dure depuis trente- six ans et nos aînés opposants ne peuvent s’entendre sur une candidature unique. Devant la communauté internationale et surtout des millions de togolais en quête de liberté démocratique et une alternance depuis trente-six ans, cette opposition ne peut et ne pourra jamais se réunir autour d’un nom (d’un des leurs) et apporter un vent nouveau sur le Togo.

Nous avons raté plusieurs occasions de rompre avec le système et ces hommes nous ont retardé à cause de leurs ambitions personnelles. Nous comprenons qu’ils aient investi de leurs temps et richesses dans cette aventure politique mais cette raison n’est pas suffisante pour présenter cette image devant l’opinion.

1- Au lendemain de la conférence nationale souveraine d’ Août 1991, ils font élire Koffigoh à la primature pour se préparer aux joutes électorales. Mal leur en a pris, quand celui ci affaibli par ses amis d’hier facilitent la reconquête du pouvoir par Eyadema. Première erreur stratégique : sous estimer l’adversaire. Ceux qui étaient clairvoyants avaient préconisé un leader politique pour faire face à Eyadéma qui allait s’appuyer sur l’armée pour reconquérir le pouvoir laissé aux mains de la rue. Ils ont eu raison.

2- Lors des législatives de Mars 1994, Edem Kodjo et Agboyibor réunissent la majorité au Parlement. Ils se disputent le poste de Premier Ministre et donnent la victoire du peuple au RPT.Deuxième erreur stratégique : sous estimer son allié politique. En effet, croire que nous sommes tous de l’opposition et ne pas jouer cartes sur table et discuter de toutes ses appréhensions et perceptions conduisent à ces échecs. Le RPT remporte les sièges manquants pour asseoir son pouvoir et persécuter les militants proches de l’opposition.

3- Lors de l’élections présidentielle de juin 1998, le pouvoir lâche du lest et favorise un processus électoral plus ou moins transparent sous la pression internationale. Gilchrist Olympio gagne au premier tour mais laisse Eyadema se proclamer vainqueur devant les observateurs européens abasourdis. Quatrième erreur stratégique : Ne pas avoir la politique de ses moyens. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, nos opposants croient fermement que la dictature prendra fin à travers les urnes et n’ont rien prévu en cas de tripatouillage des résultats. On appelle plutôt au calme et on se lance dans des négociations « accord cadre de Lomé » qui reconnaissent de facto le régime mal élu d’Eyadema.

4- Eyadema reçoit Chirac en juillet 1999 et lui promet son retrait de la vie politique en 2003 sans rien négocier. Toute l’opposition s’apaise et croit aux paroles du dictateur pendant que la mouvance présidentielle ralentit les pourparlers de « l’accord cadre de Lomé » .Eyadema modifie le code électoral et la constitution. Il organise les législatives tout seul et les gagne au coté d’une opposition constructive qu’il vient de mettre sur pied. Cinquième erreur stratégique : croire qu’un dictateur peut tenir parole.

5- Le pouvoir en place s’effrite : deux hommes clés du régime Dahuku Peré et Agbéyomé Kodjo et les plus jeunes du RPT organisent la fronde et annoncent une rénovation car ils en ont marre de voir leurs frères et sœurs croupir dans la misère. Ils sont exclus du parti et prennent attache avec l’opposition. Suspicions, craintes, inquiétudes, mea-culpa déguisés…Toutes sorts de sentiments naissent au sein de l’opposition à leur encontre et nos amis de l’opposition leur barrent la route car ils prétendent qu’ils manquent de légitimité. Sixième erreur stratégique : refuser de s’allier avec un dissident qui vient des rangs de son adversaire de toujours.

Nous n’avons retenu que quelques exemples historiques des erreurs de l’opposition. Toutes ces erreurs ne sont que des illustrations de l’incapacité de notre opposition à engager un véritable rapport de force avec Eyadema et le RPT. Sans ce rapport de force, la dictature sera présente encore pour longtemps au pays de nos aïeux.

De l’émergence d’une autre opposition

Tous les togolais y compris ceux de l’opposition savaient à l’avance ce qui allait se passer aux lendemains des élections de 1998 :
– Les modifications du code électoral et de la constitution
– Les élections législatives avec le boycott de l’opposition
– Le rejet de la candidature de Gilchrist Olympio
Et surtout l’élection pour un autre mandat de 5 ans du Général Gnassingbé Eyadema le 1er juin 2003.

Nous le savons tous et l’opposition le sait. Mais ils ne feront rien pour contrecarrer cette stratégie élaborée et exécutée par EYADEMA.Faut-il encore croire en une telle opposition ?
Une opposition se détermine aussi par sa capacité à pouvoir anticiper sur le plan de son adversaire. Cette opposition doit repositionner sa lutte pour libérer le peuple togolais ou se retirer au lendemain des élections du 1er juin. Tous sans exception y compris Gilchrist Olympio pour faire émerger d’autres hommes politiques dans l’arène.

Nous sommes conscients que nos propos peuvent choquer plus d’un et nous donner une étiquette mais nous pensons que s’il n’y a pas de débat démocratique au sein de ceux qui veulent l’alternance au Togo, nous rentrerons dans une autre dictature.

Comment comprendre aujourd’hui que notre opposition qui vit à l’intérieur et à l’extérieur du pays ne soit pas uni à travers des réseaux de solidarité et de soutien humain, matériel et financier de manière formelle ? Comment comprendre que l’on veut être président du Togo sans avoir un minimum de relations avec Compaoré, kérékou, kuffor, Obasandjo, Wade et Mbeki ? Comment comprendre que l’ arrivée de Gilchrist Olympio à Lomé le 26 Avril 2003 redonne espoir aux populations et que ce dernier retourne le même soir au Ghana et quelques jours après à Paris pour appeler les togolais au calme ? Comment comprendre le montage d’une coalition des forces démocratiques sans les organisations de la société civile, les syndicats et le secteur privé ? Comment comprendre qu’une opposition démocratique maintient toujours à sa tête et son bureau politique les mêmes hommes sans renouveler ses instances de décisions ? Comment comprendre qu’une opposition aussi essoufflée ne puisse pas saisir la dynamique créée par les jeunes de la NDP pour mobiliser la population ?

Toutes ces questions sans réponse pour nous montrent les lacunes de notre lutte politique à tous et si elles ne sont pas comblées dans les jours à venir , elles contribueront à maintenir le statu quo au Togo.

Il faut rebâtir notre opposition et lui redonner un autre souffle de vie. La rebâtir en lui donnant d’autres hommes, femmes, jeunes intégrer les instances mais aussi lui donner les moyens. Car la politique suppose aussi des assises financières et matérielles. Et enfin, lancer le rapport de force avec le régime. L’exemple malgache, ivoirien et kenyan sont là pour nous édifier. Le pouvoir d’une dictature ne se gagne pas mais s’arrache.

Des pistes pour l’alternance au Togo dès juin 2003

Nous pensons que pour notre pays, nous avons deux alternatives :

– Une mobilisation générale comme celle de Madagascar pour faire triompher le candidat unique de l’opposition et créer un rapport de force en récupérant tous les attributs du pouvoir.
– Une option armée est à envisager car elle sera rapide. Elle ne durera pas comme car elle sera soutenue par la population et l’armée togolaise qui aspire au changement. Car ils sont les plus démunis dans notre société togolaise et souffrent. Cette lutte sera contre Eyadema et une centaine d’hommes politiques et d’officiers.

Cela suppose des préalables et des signes forts à l’endroit du peuple togolais et de la communauté internationale et de la France. Nous mettons la France en dernier lieu, car nous sommes conscients qu’elle prend fait et cause pour Eyadema mais une fois que la révolution est en marche, elle rejoindra les patriotes.

Voici ce que nous estimons comme signes forts :

– la désignation d’une candidature unique avec toutes les forces vives du pays et de l’extérieur autour d’elle avec des manifestations de rue jusqu’aux élections y compris avec les exclus du RPT pour montrer que seul l’alternance démocratique compte pour le pays

– le retour de Gilchrist Olympio au pays et sa protection par des togolais comme bouclier humain et son engagement à soutenir le candidat s’il n’est pas désigné

– une tournée des leaders ou du candidat unique dans les capitales africaines et européennes en mobilisant les autorités locales et les ressortissants togolais à Dakar, Cotonou, Ouagadougou, Accra, Bruxelles, Berlin, Londres, Paris.., mais aussi pour persuader les interlocuteurs de la nécessité du départ d’Eyadema et proposer un programme alternatif

– la mise en place d’un système financier de collecte de fonds de la diaspora, des institutions et de la population

– la mise en pace d’un système d’information et de communication performante pour mobiliser les populations.

Il ne faut surtout pas que l’on nous dise que cela n’est pas possible au vu du temps qui reste avant le 1er Juin. Ceci est réalisable si nous croyons que Eyadema doit partir et si nous taisons nos ego pour une fois en pensant à la souffrance du peuple. Car ce qui est prévu par le RPT, c’est la reprise de la coopération avec les institutions internationales au lendemain des élections du 1er juin 2003. Et les occidentaux auront raison de le faire face à une opposition divisée et manquant de vision claire pour le pays

Quelque soit l’alternative préconisée, ces éléments sont essentiels pour nous persuader de croire encore que le Togo sera démocratique en 2003 avec une alternance au pouvoir. Dans le cas contraire, nous prierons nos leaders de l’opposition de prendre leur retraite politique sinon la colère du peuple se déchaînera contre eux. A bon entendeur salut !

Sopi TOGO
sopitogo@yahoo.fr
Dakar, SENEGAL