30/06/2022

Les actualités et informations générales sur le Togo

Togo: Aller au bout du combat

Faure Gnassingbé a fini par démissionner du poste indûment occupé. Abass Bonfoh est juste un trompe œil : la réalité du pouvoir reste dans les mains de la clique qui a fomenté le coup d’état. L’ordre constitutionnel demeure donc violé dans les faits. Ce tour de passe-passe a été mis en place pour « bluffer » certains observateurs qui ont fait de la démission de Faure Gnassingbé, le point central de leurs revendications. Dans leur grande majorité, les démocrates réclamaient certes la démission de l’apparatchik mais également l’organisation d’élections libres, équitables, transparentes et démocratiques. Couper la revendication en deux n’a pas de sens. A l’heure actuelle, il n’est pas convenable de parler de victoire.

En outre, les membres de la dynastie Eyadéma tentent par cette sordide mise en scène de faire apparaître l’opposition comme une entité irresponsable jouant de la surenchère sans arrêt et ne sachant pas vraiment où elle va. En communion avec la majorité de la population togolaise, l’opposition doit maintenir la pression sur ce régime en bout de course mais encore dangereux et nocif pour que des consultations libres et démocratiques soient organisées. Seule la voie politique pourra préserver l’intégrité de la communauté togolaise et éviter l’enlisement de la situation voire l’avènement d’un conflit sanglant. Que faire concrètement pour rendre le Togo à son peuple ?

DE L’UNION DE L’OPPOSITION

Le RPT et ses dignitaires tablent sur les divergences de l’opposition pour se maintenir au pouvoir. Leur intérêt est donc de tout faire pour semer la zizanie dans l’opposition en essayant de jouer les intérêts supposés des uns contre ceux des autres. Voir l’opposition nationale se présenter la plus divisée possible aux élections est la meilleure configuration pour Faure Gnassingbé et ses acolytes. L’opposition doit faire preuve de maturité pour contourner cet écueil : les querelles d’appareil doivent rester sous le boisseau ou être rejetées aux oubliettes. C’est un front uni et bien compact qu’on doit opposer aux magouilles du RPT pour optimiser nos chances de battre sans contestation le régime en place depuis plus de 38 ans. Sans verser dans le simplisme le plus banal, il nous semble opportun de limiter la question initiale à sa plus rudimentaire expression : est-on pour ou contre le régime totalitaire mis en place par Eyadéma et que veut faire perdurer Faure Gnassingbé ?

Par ailleurs, il paraît sain que l’opposition désigne son candidat dans un délai raisonnable pour que ce dernier apparaisse comme celui que nous voulons porter à la plus haute fonction de l’état. Peu importe qu’il s’appelle X, Y ou Z. Ce qui compte à ce niveau, c’est que la majorité de la population ne se retrouvant pas dans les pratiques du RPT ou rejetant les choix de société de ce parti, considère ce candidat comme le sien et le soutienne quoi qu’il arrive et où qu’il soit. Nous voyons au moins deux avantages à une sélection d’un candidat unique de l’opposition : le premier vient du fait que la population a besoin de mettre un visage et un nom sur la personne qui va la défendre contre le totalitarisme instauré par Eyadéma et ses amis ; le deuxième avantage est lié au fait que la communauté internationale aura ainsi un interlocuteur unique et privilégié. Nous réduirons ainsi le risque de cacophonie, de désordre et de flottement vis-à-vis de la population et de la communauté internationale. S’il faut retenir un mot d’ordre ici, il devrait être : l’union de l’opposition contre vents et marées !

DU REPLI STRATEGIQUE

L’opposition doit agir vite mais pas dans la précipitation. Le RPT et ses membres ne veulent qu’une seule chose, pousser l’opposition à la faute pour ensuite la discréditer, en évoquant en particulier son absence de sens des responsabilités. La manœuvre est cousue de « gros » fil blanc ; l’opposition peut la déjouer en s’y prenant avec méthode et intelligence et en sachant opérer, si nécessaire, des replis stratégiques sur certains points.

Organiser des élections libres, transparentes, équitables et démocratiques exige un préalable : la non exclusion de certaines personnalités de la compétition sur des bases fallacieuses. Eyadéma avait mis en place un système pour empêcher un seul homme, Gilchrist Olympio, de se présenter aux dernières élections présidentielles. Il va de soi que cette procédure est inacceptable et doit être rejetée. On ne peut pas reprocher aujourd’hui au leader de l’UFC de n’avoir pas séjourné au Togo alors que sa vie y était en danger. Sur la base de l’Article 3 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme (Tout individu a droit à la vie, à la liberté et à la sûreté de sa personne) ou en se référant à l’Article 26 du Pacte International Relatif aux Droits Civils et Politiques (Toutes les personnes sont égales devant la loi et ont droit sans discrimination à une égale protection de la loi. À cet égard, la loi doit interdire toute discrimination et garantir à toutes les personnes une protection égale et efficace contre toute discrimination, notamment de race, de couleur, de sexe, de langue, de religion, d’opinion politique et de toute autre opinion, d’origine nationale ou sociale, de fortune, de naissance ou de toute autre situation.), G. Olympio pourrait intenter un procès contre les autorités togolaises chargées de la sécurité des citoyens sur le territoire national ! La candidature de G. Olympio est légitime et ne souffre d’aucune contestation valable.

Toutefois, pour ne pas se laisser embarquer dans de longues procédures judiciaires et administratives qui risqueraient de pénaliser l’opposition et en tenant compte des circonstances actuelles, G. Olympio ne devrait pas se présenter à ces élections présidentielles. En revanche, notre candidat commun devrait être choisi dans les rangs de l’UFC par les responsables de ce parti. Cette option permettra d’éviter l’un des pièges tendus par le RPT et une personnalisation excessive du débat tout en préservant le fait que l’UFC est, sans doute, le parti de l’opposition le mieux placé aujourd’hui pour gagner des élections présidentielles libres et démocratiques. En outre, cette solution permettra de rendre hommage mais également justice à l’UFC et à son président pour leur sens du devoir et de la responsabilité.

Nous appelons donc à mettre de côté nos problèmes d’ego et à soutenir sans faille le candidat désigné par l’UFC à la confrontation avec Faure Gnassingbé. Ce candidat de l’opposition devrait juste intégrer le fait qu’il nous représente tous et pas seulement son parti d’origine. Il pourrait aussi prendre l’engagement de ne pas briguer un second mandat et de tout faire pour que sa mandature soit celle de la mise en place d’une véritable nation démocratique. Par ailleurs, les diverses composantes de l’opposition devraient retrouver leurs marges de manœuvre pour les élections législatives afin que l’on puisse retrouver les différentes tendances politiques à l’Assemblée qui servirait de contrepoids à l’exécutif.

DE L’ORGANISATION DES ELECTIONS LIBRES ET DEMOCRATIQUES

Le repli opéré sur la question de la candidature de G. Olympio ne signifie pas un recul sur toutes les revendications. Au contraire, l’opposition, animée par tous ses leaders, doit rester solidaire et inflexible sur un certain nombre de points :

a) la sécurité des citoyens, en particulier celle des candidats doit être garantie sur tout le territoire. Le candidat de l’opposition doit être en mesure de faire campagne où qu’il veut du nord au sud de l’est à l’ouest sans avoir peur pour sa vie. Pour cela, la présence d’une force internationale d’interposition entre les forces de l’ordre et la population doit être exigée ;

b) la neutralité des forces armées togolaises est un point primordial dans l’organisation d’élections libres, transparentes et démocratiques. Elle doit être exigée et acceptée par tous ou imposée par la communauté internationale, via la présence d’une force internationale d’interposition ;

c) les membres de la CENI doivent être désignés de manière indépendante sous l’égide de l’UA, de la CEDEAO et de l’ONU. Seules des personnalités dont l’honnêteté intellectuelle, le courage et le respect de la chose publique sont révélées doivent être cooptées par les différents partis pour siéger dans cette commission. La lettre « I » du sigle CENI retrouvera ainsi tout son sens ;

d) les listes électorales doivent être actualisées et débarrassées des scories et des manipulations introduites par Eyadéma pour une réélection plus aisée. Cette opération tout comme la distribution des cartes électorales doivent être menées sous la surveillance et la responsabilité des experts internationaux en vue de garantir la transparence des élections ainsi que la liberté aux électeurs ;

e) les divers candidats doivent avoir un libre accès aux médias officiels et aux moyens d’état facilitant la conduite de la campagne. Si l’un des candidats utilise les transports officiels (voitures et avion présidentiels, etc.), l’autre doit également en bénéficier ! Il s’agit d’imposer, à l’aide de la communauté internationale si besoin est, l’égalité de chances des candidats ;

f) la communauté internationale (l’UA, la CEDEAO, l’ONU, l’UE) doit mettre en place un système précis et rigoureux de contrôle des élections. De fait, des superviseurs étrangers doivent être mis à disposition des autorités togolaises pour suivre le bon déroulement des élections et réduire au maximum voire éradiquer les fraudes ;

g) pour éviter toutes tentatives de coup de force, après les votes, les urnes doivent être convoyées par les membres de la force internationale d’interposition jusqu’à un lieu unique de dépouillement comme cela a été le cas en Irak. Le dépouillement doit être effectué en présence des experts internationaux voire par ces derniers. Ce sont également ces experts qui devraient superviser la proclamation des résultats ;

h) pour ce qui concerne les élections législatives qu’il convient d’organiser dans la foulée des présidentielles, le découpage électoral doit être très largement révisé. Là aussi, on devrait faire appel à la communauté internationale.

Ces conditions paraissent minimales mais nécessaires pour garantir l’organisation d’élections libres, transparentes, équitables et démocratiques. L’opposition ne doit pas y renoncer si elle veut se donner les moyens de se mettre en diapason avec le peuple qui, dans sa majorité, ne veut qu’une chose : le retour d’un régime démocratique dans lequel les libertés fondamentales seront garanties pour tous et pour toutes. Rendre ces conditions effectives est, à notre sens, une manière convenable et respectueuse de rendre hommage au peuple, aux martyrs de notre cause ainsi qu’aux leaders indûment écartés de la compétition.

Eyidi Clara et Agou Wood
agou_eyidi@hotmail.com

PARIS, LE 1 MARS 2005