03/12/2022

Les actualités et informations générales sur le Togo

Togo, que faire ?

Axes prioritaires d’action pour l’avènement de la démocratie au Togo dès 2005

A l’attention des responsables politiques et des démocrates sincères

Par Olivier Bocco

Depuis le 5 février 2005, suite au décès de Monsieur Eyadéma, après 38 ans de règne, le Togo est entré dans une nouvelle phase de son histoire. Cette phase est caractérisée par un soutien massif de la communauté internationale à la lutte du peuple togolais pour la démocratie, les droits de l’Homme et l’Etat de droit. Pour la première fois depuis 1958, date de l’indépendance réelle du Togo, les exigences maintes fois formulées par les démocrates togolais, ont reçu la reconnaissance unanime de la Communauté internationale qui peut lui permettre désormais de faire progresser les valeurs démocratiques au Togo et amorcer, enfin le développement du pays.

Dès lors, pour que l’étape qui s’ouvre puisse s’inscrire dans le cadre d’un processus irréversible, le peuple togolais a besoin de l’appui sans réserve de la communauté internationale. C’est la condition sine qua non d’un changement véritable au Togo.

1. Contribution de la communauté internationale

L’opposition et les démocrates sincères doivent pouvoir compter pleinement et effectivement sur l’appui de la communauté internationale à travers deux exigences : sa présence continue au Togo et l’action de surveillance intégrale en tant que véritable partenaire au processus. Il s’agit bien d’une surveillance intégrale et non d’une simple observation, le cas togolais, l’exige, comme il exige aussi la ligne de fermeté de la part de la communauté internationale tout au long du processus.

1.1. La présence effective et continue sur le terrain

L’opposition et les démocrates sincères doivent négocier et obtenir la présence effective, massive et continue sur le terrain :
· des représentants de la communauté internationale : CEDEAO, Union Africaine, Organisation internationale de la Francophonie, Union européenne, ONU ;
· des représentants des partenaires bilatéraux : Allemagne, France, Canada, USA, Suisse, etc ;
· des représentants des Organisations internationales non gouvernementales (OING), notamment celles qui sont compétentes en matière électorale ;
· des représentants des défenseurs des droits de l’Homme.

L’opposition et les démocrates sincères devront insister sur une présence effective et continue dans toutes phases du processus électoral : en amont, pendant et après. La longue et douloureuse expérience vécue en la matière par les Togolais invite à une très grande vigilance. Depuis l’ère du parti unique, depuis 1990, aucune élection n’a été libre et transparente au Togo et le pouvoir togolais appuyé par ses juristes mercenaires et autres aigres fins internationaux, dispose de mille artifices pour détourner les scrutins et leurs résultats. Le coup d’Etat du 5 février 2005, les bidouillages de la Constitution, les décisions et contre décisions du pouvoir ont confirmé à suffisance les capacités de ruse d’un pouvoir illégitime.

1.2. Action de surveillance intégrale du processus électoral

L’opposition et les démocrates sincères devront négocier et obtenir l’implication de la communauté internationale dans les opérations de surveillance intégrale des élections. A cet égard les conditions suivantes doivent être remplies :

· En amont : installation par la communauté internationale de tout l’équipement nécessaire à l’établissement et à la vérification des listes électorales, à la fabrication des cartes électorales non falsifiables, à l’équipement des bureaux de vote, à l’installation des instruments informatiques.

· Pendant les élections : présence massive des observateurs dépêchés par la communauté internationale sur tout le territoire. Le Togo, faut-il le rappeler, c’est 600 Kms de long sur 100 Kms de large.

· En aval : participation de la communauté internationale à la comptabilisation des votes dans les bureaux, à l’opération de centralisation des résultats au quartier général des élections, à la veille technique (pour éviter les coupures de réseaux électronique, téléphonique et électrique, etc.), à l’annonce des résultats par les autorités désignées à cet effet.

1.3. Le Conseil électoral

Les structures nationales chargées d’organiser les élections et les représentants de la Communauté internationale doivent constituer un organe de surveillance qui peut s’appeler « Conseil électoral ». Cet organe souverain sera responsable de l’ensemble du processus électoral. La Communauté internationale ne doit pas se tromper sur la vraie nature du pouvoir, qui peut, à tous moments, opérer des revirements dont les Togolais ont été témoins et victimes pendant des décennies.

1.4. La question de l’armée

Pour garantir la transparence et la liberté des élections à venir, l’opposition et les démocrates sincères devront négocier et obtenir le cantonnement de l’armée togolaise avant, pendant et après les élections, en s’inspirant de la jurisprudence des Comores où l’armée Sud africaine sous mandat de l’Union Africaine, a effectivement assuré le maintien de l’ordre, permettant ainsi aux élections de se dérouler dans le calme et la sécurité.

Personne ne doit oublier que la situation de crise que traverse le Togo depuis 1963 et plus récemment depuis le 5 février 2005 a été générée par un groupe d’officiers togolais allié à des civils qui n’ont toujours pas compris que le monde a changé et que le Togo n’est la propriété d’aucune corporation.

L’ère où l’armée et un seul parti détiennent tout le pouvoir et ont tous les droits doit être définitivement révolue. La CEDEAO devrait mettre à la disposition du Conseil électoral un contingent de militaires, sous mandat de l’Union africaine, en nombre suffisant pour couvrir toute l’étendue du territoire national. Ce contingent sera chargé de garantir la sécurité des populations et le bon déroulement des scrutins.

2. Mise en place d’une Alliance large pour la démocratie et les libertés

Pour que l’étape qui s’ouvre puisse s’inscrire dans le cadre d’un processus irréversible, le peuple togolais doit pouvoir s’appuyer sur une structure large, politique et associative, représentative de toutes les sensibilités qui se battent depuis quatre décennies pour l’avènement de la démocratie au Togo. C’est aussi une condition sine qua non d’un changement véritable au Togo. Cette structure pourrait s’appeler :

Alliance pour la démocratie et les libertés au Togo (ADL) ou
Alliance démocratique (AD)

2.1. Composition

L’Alliance pourrait se composer :
· des 6 partis de l’opposition déjà réunis dans un collectif : ADDI, CAR, CDPA, PSR, UDS, UFC et de tout autre parti politique désireux d’apporter sa contribution loyale au processus démocratique
· des syndicats indépendants des travailleurs
· des organisations des femmes et des jeunes
· des représentants de la diaspora togolaise de France, d’Allemagne, des USA, etc.
· des organisations non gouvernementales (ONG) et des organisations de la société civile (OSC)
· des organisations de défense des droits de l’Homme
· des démocrates sincères disposés à s’engager dans le processus, y compris en provenance de la Communauté internationale.

L’Alliance constitue un réservoir de ressources humaines diverses au sein duquel seront puisées les compétences, notamment pour les prochaines échéances électorales présidentielles, législatives et locales. L’Alliance doit se préparer à ces différentes échéances en étant pleinement consciente de l’importance des enjeux que représente chacune des étapes électorales. Elle doit en effet gagner non seulement les présidentielles, mais également les législatives et les locales. Ceci lui permettra de s’enraciner solidement partout et de pouvoir ainsi compter sur l’engagement massif et déterminé dont elle aura besoin pour asseoir durablement les idéaux de la démocratie et lancer le vaste chantier de reconstruction du pays, ruiné par 40 années d’autocratie et de gâchis à tous égards.

2.2. Perspectives immédiates après les élections

Dès à présent, l’Alliance doit mettre en place son état major composé de toutes les forces vives qui souhaitent voir le Togo s’engager dans la voie de la démocratie et de la reconstruction du pays. L’Alliance doit demeurer une structure ouverte y compris pour les militaires togolais qui sont dans leur grande majorité en attente de changements profonds au sein de la société togolaise. L’Alliance doit engager, dès à présent, le dialogue en vue de la mise en place d’une plate-forme consensuelle de gouvernement transitionnel.

Dans un pays, qui a vécu 40 années de pensée unique, de culte de la personne, d’arrogance, de brutalité, de distorsions de tout genre, de marches de soutien, etc., pour réussir la transition, l’Alliance aura besoin de toutes les bonnes volontés, même les plus modestes. La transition devra marquer une rupture nette avec ces pratiques anachroniques et s’attacher à lancer les vrais chantiers de construction nationale : éducation, agriculture, économie, santé, culture, médias, routes, défense nationale, sécurité des populations civiles, relations internationales, droits de la personne, etc. L’Alliance doit confier à des personnes-ressources la mission de préparer les dossiers permettant de lancer ces différents chantiers dès la sortie des élections.

Assez de temps perdu ! Le Togo doit se remettre vite au travail pour se remettre debout comme le commande la « Terre de nos Aïeux ».

Fait le 9 mars 2005