08/12/2022

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Togo-Arrestation d’Agbéyomé Kodjo : Chronologie d’une persécution programmée

Depuis sa fracassante démission du poste de Premier ministre en 2002 et ses révélations sur l’architecture du pouvoir-RPT, le sort d’Agbéyomé Kodjo semble avoir été scellé. Exil, emprisonnement, acharnement policier, tracasseries politiques et juridiques…rien ne lui aura été épargné jusqu’à sa sordide implication dans des incendies de marché au Togo. Entre mise à prix et avis de recherche, retour sur une chasse à l’homme.

Par Franck Essénam EKON

Juin 2002 : la publication d’un texte au vitriol sur le système-Eyadéma et ses dérives multiformes provoque un véritable séisme dans les allées du pouvoir. Gnassingbé-père s’étrangle de rage devant visiteurs, collaborateurs et journalistes médusés. [« Il est temps d’espérer »->http://www.letogolais.com/article.html?nid=85], (le titre du texte incriminé) met à nu l’archaïsme d’une gestion patrimoniale du pays et sa responsabilité personnelle en tant qu’ordonnateur d’un système taxé d’être globalement « monarcho-despotique ». L’auteur, Gabriel Agbéyomé Kodjo, est une espèce d’étoile filante, tant son parcours au sein de l’équipe qui dirige alors le Togo laisse pantois. Plusieurs fois ministre sous la tutelle du défunt président, il dirige quelque temps le très convoité port autonome de Lomé avant de lancer une OPA sur l’Assemblée nationale et d’accéder au perchoir de l’institution. Etape suivante, il est nommé chef du gouvernement togolais et il se murmure de plus en plus que la fulgurance d’une telle ascension ne peut que mener cette « formule 1 » sur la première marche de l’Etat.

Des sicaires sur la piste du « traitre »

C’est là que tout se gâte. Au sein de l’appareil d’Etat, la pilule coince. Sa tête est mise à prix et aux prémices d’un printemps 2002 mémorable, il doit se résoudre à quitter in extremis le pays…de justesse, parce qu’il connait la froide efficacité des sicaires du régime et que les nouvelles du Château ne sont pas très rassurantes…La cohorte de légionnaires aux ordres du chef de l’Etat mène la charge de l’anathème à la télévision et lors de meetings où les noms d’oiseaux fusent : traitre, menteur, ennemi de la nation, voleur…Ce dernier qualificatif est justement le réceptacle de fantasmes populaires sur une supposée fortune personnelle. Il devient l’angle d’attaque d’un pouvoir décidé à faire de lui un Don Corleone, parrain de tous les trafics et de tous les assassinats dans le pays. Malheureusement pour ses détracteurs la mise au ban fait pschitt, car l’auteur d’« il est temps d’espérer » a pris soin de décrypter dans son pamphlet les nervures du dispositif de la corruption et de l’assassinat politique au Togo et dévoilé les circuits par lesquels une immense toile d’araignée oligarchique s’est tissé dans le pays. Mieux, il enfonce le clou en inondant la presse de données précises, de documents et de preuves accablantes pour le clan au pouvoir depuis son exil parisien. Dans son pays, où il n’est plus prophète, il est l’homme à abattre et la tête de gondole d’un pouvoir ébranlé ; à l’extérieur on lui ouvre les portes de prestigieuses conférences et séminaires, tandis que les rédactions de journaux se pourlèchent les babines d’avoir un client de ce gabarit.

Homme à abattre et cabale internationale

C’est plus que ne peuvent en supporter le Général Eyadéma, sa descendance et leurs suppôts. En brûlant la politesse aux sbires lancés à ses trousses à Lomé, Agbéyomé Kodjo se doutait qu’il n’en avait pas fini avec eux. Plaintes à l’international pour malversations financières et crimes économiques, rien n’y fait, tout est classé sans suite et arguments contre arguments, il s’avère que la motivation politique est en toile de fond de la cabale à l’encontre de l’ancien Premier ministre. En France, il doit surveiller ses arrières, filtrer ses contacts et garder l’œil ouvert : « ces gens ont la détente facile, la rancune tenace, les bras longs », expliquait-il après avoir publiquement pris à partie en mai 2003, un individu à la mine patibulaire qu’il suspectait de trop coller à ses basques. Le pouvoir-RPT s’oppose à son retour au pays lors du décès de ses parents et multiplie les provocations à l’égard de sa famille. Le statut de réfugié politique en France n’est vraiment pas sa tasse de thé, et à la mort du général-président en 2005, c’est à la stupeur générale qu’il décide de rentrer au Togo, estimant qu’une page de l’histoire nationale venait d’être tournée. Des proches lui déconseillent la démarche, allant même jusqu’à lui fournir des preuves tangibles d’un projet d’élimination physique contre lui. Peine perdue, car en plus de mal vivre les contraintes de l’éloignement, le personnage est convaincu qu’il a une partition à jouer dans les enjeux importants en cours dans son pays. Jeté sans ménagement en prison dès qu’il foule le sol togolais en avril 2005, il subit alors la hargne d’un clan décidé à en finir avec le seul chef de gouvernement qui a eu l’outrecuidance de démissionner du vivant du tout-puissant Gnassingbé Eyadéma. Sévices et brimades seront au menu d’un chemin de croix pour lui et sa famille tout le long d’une saga judiciaire qui aboutit à sa libération le 8 juin 2005. Il s’investit alors pleinement dans la lutte politique au sein de l’opposition, au point d’en être la première voix à reconnaitre la victoire de Jean-Pierre Fabre aux présidentielles de 2010. Principal cheval de bataille de son discours, la dénonciation de « l’esprit de cour » qui règne actuellement dans la conception du pouvoir au Togo.

Sévices, brimades et tracasseries administratives

Ce combat non plus ne sera pas le dernier. En dépit de ses demandes répétées, les successeurs du feu-président refusent obstinément de le rétablir dans ses droits d’ancien haut responsable de l’Etat.

L’Organisation pour bâtir dans l’union un Togo solidaire (OBUTS) le parti politique qu’il a crée en est la cible d’un feu nourri de tracasseries administratives pour l’obtention d’un simple récépissé du ministère de l’intérieur. Pour cela, un homme de main, Gaston Vidada, est coopté au sein de la jeune formation et sert de cheval de Troie au pouvoir jusqu’à une récente mort tragique. Le nouveau parti politique connaît alors une traversée de désert dont un des points culminants est la pose de scellés sur les portes de son siège. Autre exemple parlant de cet acharnement qui frise quelques fois l’obsession, en janvier 2011, un congrès national du parti est prévu à Eda ObA un hôtel de Lomé ; tout est bouclé depuis des semaines et la direction de l’hôtel a donné son feu vert. La veille de la rencontre, Agbéyomé Kodjo reçoit un message ahurissant : l’hôtel n’est plus disposé à louer ses locaux au parti. Renseignements pris, un coup de fil des services du ministère de l’intérieur a changé la donne…Le parti a pu finalement organiser son congrès…mais dans un autre hôtel de la capitale. Le domicile du président du parti est entre temps devenu une adresse prisée où descentes policières alternent avec de ridicules interventions musclées d’éléments « incontrôlés ».

Depuis, l’indice du contrat mis sur la tête d’Agbéyomé semble connaitre une hausse vertigineuse. Des ballons d’essai fleurissent régulièrement dans l’opinion et dans une certaine presse, voyant sa signature dans d’improbables projets de coup d’Etat contre le fils du père, ou encore des transactions relatives à l’acquisition d’armes visant à transformer le Togo en Far West tropical. La dernière trouvaille fait de lui le maitre d’œuvre des incendies qui ont détruit des centres commerciaux dans le pays. Le paradoxe de la persécution, c’est qu’elle peut générer et entretenir l’absolu contraire des objectifs poursuivis. Au lieu de déboucher sur l’extinction d’une voix, elle renforce plutôt son retentissement et amplifie sa portée. C’est alors que ses commanditaires voient leur basse-besogne leur revenir en pleine figure…

La rédaction letogolais.com

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[Togo : Derrière le crépitement des flammes, l’écran de fumée électoral->http://www.letogolais.com/article.html?nid=7555]
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