27/09/2022

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Togo: bilan flou de la visite contreversée de Faure en Europe

Malgré le visa pour une légitimation que lui a accordé les hommes politiques togolais en signant avec légèreté un accord politique dit global, la tournée en Europe du 5 au 8 septembre de Faure Gnassingbé, n’a pas permis de dissiper le flou qui entoure la situation politique au Togo. L’Union européenne a réaffirmée ses exigences, la France semble très prudente, la diaspora togolaise est resté fidèle à ses revendications en manifestant sans équivoques son rejet du système RPT. Comme satisfécit, Faure Gnassingbé devrait se contenter de l’atermoiement et l’allégeance de certains des nos compatriotes fraichement convertis dans le combat pour la démocratisation du Togo.

Cette visite qui est une promesse faite par Jacques Chirac à son jeune homologue Togolais, est devenue depuis lors, une invitation politiquement controversée et diplomatiquement encombrante. Il lui fallait avant la rentrée parlementaire en France, évacuer en toute discrétion ce boulet pour ne pas trop faire de vagues. Renforcé par l’Accord Politique Global de Ouagadougou signé à Lomé le 20 août 2006, Faure Gnassingbé a obtenu grâce à l’opposition togolaise, à Blaise Campaoré et le Président Chirac, son passeport pour une tournée officielle en Europe dans le but de légitimer son pouvoir aux yeux des grandes institutions internationales et des décideurs économiques.

C’est ainsi qu’à Bruxelles, le 6 septembre 2006 au siège de l’institution européenne, après avoir évité de justesse la descente musclée de la diaspora togolaise, toujours hostile à cette transmission héréditaire du pouvoir présidentiel au Togo, il a été question sans complaisance de la détermination des échéances et du processus électoral (dates et organisation des élections législatives). C’est ainsi qu’à sa sortie de l’Elysée, et sous la pression des journalistes, Faure Gnassingbé avait annoncé la date de juin 2007 pour les élections législatives, violant ainsi les lettres de l’accord politique global qui donne au gouvernement que sera formé le mandat de décider et de mettre en place le processus électoral. En somme, il est le maître du jeu et décide seul ; le message devrait être un peu plus clair pour les signataires de l’accord politique dit global. “Cet accord, c’était le minimum pour éviter le pire. Mais il est comme le lait sur le feu: au premier accroc, tout sera fichu », commente François Boko, ancien ministre de l’intérieur passé dans l’opposition. M. Boko s’indigne du maintien de la disposition constitutionnelle qui dispense le chef de l’Etat de choisir un premier ministre parmi la majorité parlementaire.
(Extrait Le Monde datée du 8/09/06)

Il est important de revenir sur la conférence de presse qui a eu lieu à Paris devant l’aréopage de décideurs français ; la prestation de Faure Gnassingbé était en deca ce que l’on pouvait attendre d’un promoteur du savoir faire des Togolais ; il n’a pas beaucoup marqué les esprits. Les auditeurs n’ont pas eu des assurances sur la sécurité ni des indications probantes sur les potentiels économiques du Togo. A hôtel HYATT à Paris, Faure Gnassingbé a reçu en audience le vendredi 8 septembre, Gilchrist Olympio, leader de l’Union des Forces de Changement et Kofi Yamgnane, ancien Secrétaire d’Etat à l’intégration de François Mitterrand.

M. Gilchrist Olympio, le Président de l’UFC était accompagné de son chef de cabinet Isaac Tchiakpé. Selon M. Olympio, interviewé par RFI, cette rencontre a été «cordiale» et qu’elle s’inscrit dans la logique de la concertation en vue de la formation du gouvernement d’union nationale recommandée par les accords d’Ouagadougou. M. Gilchrist Olympio voulait s’enquérir sur l’évocation de l’article 66 de la constitution dans la lettre d’appel à candidature au poste de Premier Ministre adressée aux partis. Interrogé sur la nature de l’entretien, M. Olympio a reçu de Faure une double réponse : l’usage de l’évocation de l’article 66 pour désigner le PM est de pure forme mais les prérogatives et la mission de ce gouvernement sont cadrées par la feuille de route. Il est à noter que Jean-Pierre Fabre, le Secrétaire Général de l’UFC qui se trouvait également à Paris ne faisait pas partie de la délégation. Est-ce une indication de la prudence de l’UFC vis à vis de cet accord ? Les bonnes dispositions de M. Olympio sur l’accord politique global ayant favorisée le compromis seront-elles payée en retour ?

L’accolade était chaleureuse entre Kofi Yamgnane et Faure Gnassingbé au dîner offert à son honneur au Quai d’Orsay avec comme maître de cérémonie le délégué aux personnes âgés et aux handicapés. Interrogé, Eric Fabre, le porte parole de Yamgnane nous précise que le Président de l’association Sursaut –Togo était invité par le Ministère des Affaires Etrangères au titre «d’ancien ministre français d’origine togolaise». Alors que l’audience que lui a accordée M. Faure le 8 septembre à l’hôtel HYATT, relève des conséquences de l’accord politique signé par les partis politiques togolais. M. Kofi Yamgnane aurait réitéré au pouvoir togolais le besoin de paix et de liberté des Togolais. Dans communiqué publié sur son site internet de SURSSAUT-TOGO, M. Kofi YAMGNANE confirme qu’il ne revendique, en aucune manière, pour lui, le poste de Premier Ministre. Il souhaite s’exprimer à ce sujet le 23 septembre lors des assises de l’association à Paris.

Interrogés sur cette visite de Faure et le pas-de-deux avec les différents acteurs de la vie politique togolaise, «Wait and see» nous dit Isidore Latzoo, le responsable du CTR, l’une des organisations togolaises de la diaspora en France qui ont manifesté contre la présence de Faure à Paris. Mouta Gligli l’un des organisateurs de la manifestation au siège de l’union européenne à Bruxelles ( en Belgique), nous rappelle « que le peuple togolais ne se bat pas pour servir la dictature des Gnassingbé» et que « tout accord qui le contraint à cette servitude sera combattu ».

Le bilan de cette visite de Faure en Europe est que le flou est persistant; ils bruissent chez les observateurs de la vie togolaise et dans les officines occultes, qu’il nous faudrait avant tout un pédagogue pour dissiper les malentendus. Après 40 ans de dictature du clan Gnassingbé, on aura beau leur expliquer tout ce que l’on veut mais les Togolais savent maintenant qu’«un prophète sans armes est un prophète vaincu » (Machiavel).

La rédaction letogolais.com