03/12/2022

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Togo: décès d’Eyadema, son fils Faure désigné pour lui succéder

par John Zodzi

LOME (Reuters) – Le président togolais Gnassingbe Eyadema, doyen des dirigeants africains au pouvoir, est mort samedi à l’âge de 69 ans, au terme de 38 ans de règne, et l’armée a désigné son fils à sa succession.

« Le président de la République, Gnassingbe Eyadema, n’est plus. Il est mort samedi 5 février 2005 alors qu’il était évacué pour suivre des soins d’urgence à l’étranger », a annoncé le gouvernement dans un communiqué.

Deux heures après l’annonce de son décès, les forces armées du Togo ont nommé son fils, Faure Gnassingbe, à la présidence du pays. Cette nomination a été annoncée à la radio nationale par le général Zakari Nandja, chef d’état-major de l’armée togolaise.

La Constitution prévoit qu’en cas de décès, l’intérim de la présidence soit confié au président de l’Assemblée nationale, Fambare Ouattara Natchaba. Un scrutin présidentiel doit en outre être organisé dans un délai de 60 jours.

Mais le général Nandja a expliqué que le président de l’assemblée était « absent du territoire national » et que le pays se retrouvait de fait confronté à une « vacance totale du pouvoir » justifiant la nomination de Faure Gnassingbe.

Né le 26 décembre 1935, au pouvoir depuis 1967, Eyadema était malade depuis plusieurs années et avait dû à plusieurs reprises être hospitalisé à l’étranger.

Avec son décès, Omar Bongo, du Gabon, devient le plus ancien dirigeant africain en exercice.

FRONTIÈRES BOUCLÉES

Lisant l’annonce officielle de sa mort à la radio nationale, le Premier ministre, Koffi Sam, a précisé que les frontières terrestres, aériennes et maritimes du petit pays d’Afrique de l’Ouest étaient immédiatement bouclées par mesure de sécurité.

« Le gouvernement, les forces armées et de sécurité veilleront à ce que l’ordre, la sécurité et la paix règnent sur toute l’étendue du territoire national », a-t-il dit.

Peu après, les médias nationaux ont interrompu leurs programmes pour diffuser de la musique religieuse. Le calme régnait samedi soir dans la capitale, Lomé.

Le président français Jacques Chirac a rendu hommage à son homologue togolais. « Avec lui disparaît un ami de la France qui était pour moi un ami personnel », a déclaré le chef de l’Etat dans un communiqué diffusé par l’Elysée.

« Je suis certain que l’Afrique ressent cruellement la perte de celui qui, depuis tant d’années, consacrait ses efforts à la coopération régionale, à la médiation et à la recherche de la paix », poursuit Jacques Chirac, qui a achevé samedi une visite au Sénégal et au Congo.

DEUX VISAGES

Ancien sergent-chef, Gnassingbe Eyadema avait participé en 1963, trois ans après l’indépendance du petit Etat d’Afrique de l’Ouest, à un des tout premiers coups d’Etat du continent africain après la décolonisation.

Quatre ans plus tard, en 1967, il s’était emparé du pouvoir et, depuis lors, régnait pratiquement sans partage sur l’ancienne colonie français de cinq millions d’habitants.

Il avait survécu à plusieurs tentatives d’assassinat, à un accident d’avion et à une série de violentes manifestations contre son régime dans les années 1990.

Eyadema, qui s’était engagé à démissionner en 2003 au terme de son second mandat électif, avait finalement décidé de « se sacrifier une fois de plus » – les mots sont de son Premier ministre – et la Constitution avait été retouchée pour lui permettre de briguer un mandat supplémentaire.

Sur la scène africaine, il s’était donné un rôle de faiseur de paix, se concentrant sur la diplomatie régionale, notamment dans les tentatives de règlement du conflit en Côte d’Ivoire.

Sur la scène intérieure, l’homme aux lunettes noires était critiqué pour son autoritarisme et pour la lenteur des réformes politiques engagées.

DIALOGUE DEMOCRATIQUE DIFFICILE

En 1993, l’Union européenne avait imposé un embargo au Togo pour « déficit démocratique ». La mesure avait été levée en novembre dernier, mais le régime du président Eyadema, qui s’était engagé au printemps dernier à ouvrir un dialogue avec l’opposition et à organiser de nouvelles élections législatives, restait sous la surveillance de Bruxelles.

Car ce dialogue semble progresser avec difficulté puisque trois partis de l’opposition, dont l’Union des forces de changement de Gilchrist Olympio, ont refusé cette semaine de désigner un représentant à la Commission électorale nationale indépendante (CENI).

Dans une note au Premier ministre, l’UFC estime que la loi électorale ne répond pas aux engagements souscrits par le Togo à Bruxelles.

Faisant allusion à ce processus, le président français espère dans son communiqué que le peuple togolais « se trouvera démocratiquement rassemblé dans cette épreuve qui intervient au moment même où des perspectives nouvelles se faisaient jour pour le Togo ».

Dans son rapport 2004, l’organisation Amnesty International faisait état d’atteintes aux droits de l’homme commises tout au long de la campagne qui a précédé le scrutin de juin 2003.

Elle dénonçait notamment l’absence d’enquêtes sur des allégations de violences exercées par les forces de sécurité sur des manifestants ainsi que des cas d’exécutions extrajudiciaires, visant en particulier des opposants.

Des observateurs sur place ont laissé entendre que, dans l’ensemble, le scrutin s’était déroulé de façon libre et transparente, mais l’opposition a dénoncé pour sa part des fraudes à grande échelle.