25/06/2022

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Togo: Dépouillement à hauts risques

La fermeture des bureaux de vote a marqué le début des graves affrontements entre militants du pouvoir et ceux de l’opposition d’une part et avec les forces de l’ordre d’autre part. Au moins trois morts ont été relevés en fin de soirée à Lomé alors que plusieurs dizaines de blessés sont signalés dans les hôpitaux de la capitale togolaise.

Selon des témoins, les forces de l’ordre ont tiré à quatre reprises, dans la soirée du 24 avril, à balles réelles en direction des manifestants. A l’hôpital de Bè, quartier réputé comme l’un des bastions de l’opposition, treize blessés ont été enregistrés et prétendent tous avoir essuyé des tirs de l’armée qui « cherchait à récupérer des urnes dans certains bureaux de vote », affirment-ils. Ailleurs, gourdins et machettes ont été les armes des jeunes militants de l’opposition qui encadraient le dépouillement des urnes. Confiants dans les résultats, ils les inscrivent sur les tableaux au fur et mesure et crient victoire. Bien entendu, dans un fief de l’opposition un score de 95 % pour le candidat Emmanuel Bob Akitani n’est pas surprenant. Sauf que les jeunes militants croient que cette tendance est générale et ne sont pas disposés à accepter un résultat inverse.

Or, les mêmes écarts en faveur de Faure Gnassingbé sont possibles dans le nord du pays, d’où est originaire la famille du défunt président Gnassingbé Eyadéma, et père du candidat. Le secrétaire général du Rassemblement du peuple togolais (RPT), parti au pouvoir, Drama Dramani, ne doute pas de la victoire de son clan et fait les mêmes reproches que ceux du camp adverse. Il dénonce « des fraudes massives organisées par l’opposition ». Les jeunes du RPT exhibent aussi une liste de 11 blessés et condamnent des agressions dans les bureaux de vote dont leurs représentants auraient été victimes. Du coup, de part et d’autre on regrette des irrégularités graves qui ont entaché le bon déroulement du scrutin.

Mais, seuls la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’ouest (CEDEAO) et le secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan se sont dit satisfaits du bon déroulement du scrutin. L’envoyé spécial de la CEDEAO au Togo, Boukar Mai Manga refuse de se prononcer sur les irrégularités et se satisfait tout simplement du pari relevé d’organiser à date prévue le scrutin, comme si cela relevait d’un défi personnel. Les conséquences passent au second plan et les réalités politiques du Togo, qui a vécu sous un régime autoritaire depuis une quarantaine d’années, semblent tomber dans le domaine du banal. Tout aussi surprenant est le communiqué du secrétaire général de l’ONU qui « loue le sens des responsabilités politique et civique manifesté par les dirigeants et la population » et salue « la manière pacifique et ordonnée dont les Togolais ont participé en nombre à l’élection ». Curieuses appréciations, lorsque les Togolais eux-mêmes, dans les deux camps, dénoncent la pagaille générale, des urnes violemment soustraites à leurs gardiens, certaines brûlées et des interventions musclées des forces de l’ordre qui font des morts et des blessés.

Par ailleurs, le secrétaire général de l’ONU et le représentant de la CEDEAO à Lomé appellent les Togolais à respecter le verdict des urnes. Mais déjà, et toujours dans les deux camps, on s’accuse mutuellement de « fraudes massives » et de « bourrage d’urnes » comme pour avertir qu’il serait difficilement acceptable de se conformer à un résultat qui ne serait pas en sa faveur. La Commission électorale nationale indépendante (Céni) qui affirme n’avoir traité que 14% des résultats, se donne au moins 48 heures pour collecter les différents résultats des Commissions locales indépendantes (Céli) installées dans les chefs-lieux des cinq régions administratives du pays.

Didier Samson
Article publié le 25/04/2005
Dernière mise à jour le 25/04/2005 à 13:28 (heure de Paris)