30/06/2022

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Togo : Derrière le crépitement des flammes, l’écran de fumée électoral…

On va voter prochainement au Togo. L’histoire bégaie. Le décor est pourtant celui d’un cafouillis de cendres encore vivaces, témoin des dernières incendies qui ont récemment frappé le pays. Mais le contexte politique anxiogène et un processus électoral mené au pas de charge ravivent les craintes d’un marché de dupes. Etat des lieux.

Par Franck Essénam EKON

Des dates ont été annoncées dans une discrétion peut-être voulue. Dans les lueurs des flammes qui s’éteignent paresseusement, s’il y a une institution qui marche à merveille et qui « avance stoïquement », c’est la Commission électorale nationale indépendante (CENI). Pragmatisme des membres, élections des cendres… Un site internet dédié à la propagande officielle n’y va d’ailleurs pas par quatre chemins « tout roule à la CENI », dégaine-t-il en manchette. A Lomé la capitale, les lamentations des revendeuses et négociants du grand marché se confondent à la fureur des militants de l’opposition qui sentent l’entourloupe…Les premiers ont vu la quasi-totalité de leurs moyens d’existence partir en fumée lors des incendies qui ont ravagé leur lieu de travail. Pour nombre d’entre eux, c’est non seulement un moyen de subsistance, mais aussi un patrimoine culturel et un mode de présence traditionnel au cœur de la société togolaise que les flammes ont emportés. Le ressentiment est d’ailleurs explicite à ce propos : « ceux qui ont fait ça savaient très bien ce qu’ils visaient », analyse Emma S., représentante inconsolable d’une deuxième génération de revendeuses de pagne de sa famille. La thèse d’une « allumette nomade » qui s’enflammerait de manière fortuite (et néanmoins synchronisée) au dessus des principaux centres commerciaux a du mal à prospérer…En l’absence d’une enquête digne de ce nom et face aux nombreux dysfonctionnements des pouvoirs publics lors des événements, la colère des sinistrés porte désormais une couleur : le rouge…Ce même rouge dont s’étaient parées plusieurs commerçantes en été dernier pour grossir un impressionnant contingent de « femmes en colère » contre le pouvoir togolais.

« Ceux qui ont fait ça, savaient très bien ce qu’ils visaient »

Armées de casseroles et autres ustensiles de cuisine, elles avaient investi les rues des grandes villes du pays et sonné le tocsin pour crier leur ras-le-bol d’un régime sourd aux revendications de la population. Certaines se souviennent même de « s’être exposées dans le plus simple appareil » pour exprimer une détermination comparable au jusqu’au-boutisme d’amazones prêtes au combat. « Pour certaines d’entre nous, c’est la rançon d’un engagement », décrète Renata pour laquelle les jeux sont faits et les coupables connus, même s’ils ne seront jamais traduits devant les tribunaux. Le jugement est expéditif et la sentence lapidaire, mais les autorités togolaises n’ont jamais fait mystère de leur défiance vis-à-vis d’un secteur de l’économie togolaise considéré comme un vivier de recrutement et une source de financement de l’opposition togolaise. Situé en plein centre ville de Lomé, le grand marché d’Adawlato a aussi la particularité d’être à quelques pas de la plage où se tiennent les messes hebdomadaires des contempteurs du régime. De là à prononcer le verdict d’une machination vengeresse, il n’y a qu’un pas que beaucoup de ces « femmes en colère » n’hésitent pas à franchir.

L’opposition, de son côté n’ose pas encore franchir la limite du coup monté. Pour l’heure, on en est au regret de la tragédie et à la posture compassionnelle. Et pourtant des langues se délient : « Tout ceci me semble trop bien ficelé pour être accidentel », ne peut, s’empêcher de persifler Thomas, enseignant à l’Université de Lomé et secrétaire à l’organisation d’un parti de l’opposition. Deux jours plus tôt, c’est une véritable razzia qui a été opérée dans les rangs de sa formation politique, à coups d’arrestations et de convocations inopinées à la gendarmerie nationale. Le motif est invariable : les incendies des centres commerciaux.

Marketing de la peur et industrie de l’effroi

Sans le début du commencement de la moindre preuve, le « marketing de la peur » est remis à jour avec son lot de mises à l’index fantaisistes. Témoin de ce rouleau compresseur, des avocats dépêchés sur les lieux de détention pour assister des opposants sont eux-mêmes pris à partie et priés de « vider les lieux » sans autre forme de procès. Les leaders de l’opposition ne mettent pas longtemps à déchiffrer le message… « C’est un peu comme si on nous disait : les incendies tombent bien ! Vous vous tenez à carreaux et on fait nos élections tranquillement, ou vous faites les malins et c’est le chef d’accusation de pyromanie qui vous pend au nez », nous explique un Thomas de plus en plus persuadé d’avoir aussi son nom dans les petits papiers de la gendarmerie.

Elections…Le vocable draine irrémédiablement dans son sillage les relents d’une implacable industrie de la terreur au Togo. Les têtes changent, mais le fil conducteur reste gravé dans du marbre. En amont, ourdir une tension de l’effroi ponctuée de menaces, de répressions et de violences ; au milieu enfoncer le clou avec un dialogue sans contenu et un chronogramme-surprise qui donne des envies de boycott ou d’abstention à l’opposition, et finaliser le tout, en aval, par le biais d’un scrutin ultra-sécurisé dont l’issue entretient le statu quo. Pour l’opposition, l’équation se résume désormais à un dilemme bien connu dans rangs : y aller ou pas ? Le curseur des spin-doctors du pouvoir est fixé sur cette problématique récurrente parmi les opposants… « Il faut se dire que cette querelle est historiquement contre-productive et se mobiliser dès maintenant pour déjouer ce piège », suggère l’un d’entre eux après l’annonce des dates par la CENI. Si son point de vue l’emporte, ses camarades et lui pourront compter sur des troupes de réserve en ordre de marche : « les femmes en rouge » résolues à renaitre de leur cendres…

La rédaction letogolais.com

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