28/09/2022

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Togo: Devoir de vigilance, l’UE met des garde-fous

Par Yves Ekoué Amaïzo

Suite aux « arrangements politiques partiels », plus connus sous le nom d’« accord politique global » de Ouagadougou du 20 août 2006 et avec la décision récente de l’Union européenne de reconnaître des avancées notables dans le dossier électoral du Togo, Bruxelles vient de répondre à l’une des préoccupations majeures de la société civile et de la Diaspora togolaises. En effet, depuis que les élections usurpées d’avril 2005 au Togo n’ont pas été reconnues officiellement par la communauté internationale et une partie de la communauté africaine, c’est bien la première fois qu’il y a consensus parfait entre la présidence, la commission et le parlement européens sur la voie à suivre au Togo pour enrayer les astuces, les retards, les entourloupettes du pouvoir togolais pour conserver le pouvoir, avec le soutien indéfectible d’une partie de l’armée non républicaine. Toutes les chances d’une alternance politique et pacifique restent pourtant hypothéquées si la sécurité et la transparence ne sont pas garanties avec un appui désintéressé de l’Union européenne.

L’Union européenne, sous l’impulsion de l’Autriche et aujourd’hui de la Finlande et certainement demain de l’Allemagne, a opté pour le retour de la transparence, de l’éthique et de la démocratie au Togo suite à un embargo financier datant de 1993 consécutif à la rupture de la coopération avec l’UE. En effet, avec l’Europe à 25, les règles de gouvernance en Afrique sont en train de changer. Il faut de plus en plus convaincre les 25 pays de l’UE et obtenir un consensus fort pour soutenir des régimes souffrants de déficits démocratiques. Mission quasi-impossible lorsque le consensus est parfait entre le parlement, la présidence et la commission de l’UE.

Ainsi avec beaucoup de diplomatie, l’UE a notifié au Président Faure Gnassingbé, lors de sa tournée en Belgique en ce début de septembre 2006, qu’il faudra nécessairement proposer une date pour la tenue d’élections législatives anticipées pour avoir une quelconque chance de voir l’UE envisager la normalisation de ses relations avec le Togo avec à la clé, une reprise de l’aide au développement. Les montants seront d’ailleurs débloqués par tranches avec une première partie estimée sous la forme de deux enveloppes de 20,8 millions d’Euros chacune si tout se passe bien. Le calendrier électoral du pouvoir en place au Togo prévoyait des élections en octobre 2007. Aujourd’hui, apparemment « volontairement », même le Président contesté, Faure Gnassingbé, souhaite vivement la tenue de ces élections avec un calendrier précis : « Plus tôt, nous allons aux élections, mieux ce sera ! », a-t-il rappelé lors d’une interview avec TV 5 Afrique. Il faut saluer ce progrès et attendre de voir dans les faits.

L’union européenne vient de mettre les premiers garde-fous que réclamaient les partis d’opposition de l’alternance et la Diaspora togolaise à savoir un contrôle écrit du processus qui mènera aux premières élections libres, transparentes et sécurisées au Togo. Ces élections devront se dérouler sous contrôle des communautés internationales et africaines qui devront auparavant, si l’on souhaite réellement voir émerger un nouveau paysage politique crédible du pays, museler la partie de l’armée non républicaine qui a tendance à croire que les mots démocratie, justice et liberté au Togo riment avec la « fin des avantages acquis ». Le devoir de vigilance de l’UE doit se traduire par des garde-fous précis et transparents pour éviter de subir le sort des 12 précédents dialogues inter-togolais, dont la mise en œuvre relève de la fumée sans feu.

Ce n’est qu’à cette condition qu’un Gouvernement d’union nationale de transition pourra prendre fonction en douceur et aura les coudées libres pour mener sa mission de pacification et de refondation démocratique et économique du Togo au bénéfice de tous. Le travail sera difficile car il faudra nécessairement résoudre l’épineux problème de la sécurité et de l’impunité, renforcer le cadre électoral pour assurer des élections transparentes et procéder à des modernisations en profondeur en harmonie avec les traditions héritées des aïeux. La bonne volonté de tous ne sera pas de trop afin de tourner la page, sans faire preuve d’amnésie, d’une hérésie historique, que les médias politiquement corrects ont presque fini par nous faire croire que celle-ci était naturelle et relevait de la fatalité. Il ne s’agit pourtant que d’actions et de gouvernance humaines sous un certain « leadership »…

A quand le Togo réconcilié avec lui-même ? A quand le retour de la confiance mutuelle dans une société où les droits humains et le respect de l’autre retrouveront leurs lettres de noblesse ?

Par Yves Ekoué Amaïzo
* Directeur du groupe de réflexion, d’action et d’influence « Afrology »
Economiste à l’Organisation des Nations Unies pour le développement industriel (ONUDI). Il s’exprime ici à titre personnel.